Marie-José Pérec : « C'est un truc de fou d'avoir vécu ce moment »
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Marie-José Pérec : « C'est un truc de fou d'avoir vécu ce moment »

Propos recueillis par Alfred JOCKSAN
Marie-José Pérec et Teddy Riner à l'allumage de la vasque olympique, la semaine dernière en ouverture des JO à Paris.
Marie-José Pérec et Teddy Riner à l'allumage de la vasque olympique, la semaine dernière en ouverture des JO à Paris. • D.R.

La triple championne olympique est toujours sur son petit nuage depuis qu'elle a eu le grand honneur d'allumer la vasque olympique avec Teddy Riner. Les deux légendes du sport ont été choisies pour être les derniers relayeurs et allumeurs de la vasque olympique aux Jardins des Tuileries. Depuis, elle enchaîne les émissions de télévision, de radios et les pages de magazines. 

[Cet article est extrait de notre Hebdo France-Antilles France-Guyane édition Hexagone. Un journal gratuit à télécharger retraçant l'actualité des Antillais et des Guyanais de l'Hexagone : Pour télécharger L'HEBDO, cliquez sur ce lien]

 

Pour la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, vendredi 26 juillet, ils étaient quatre Guadeloupéens, la chanteuse des voix des Outre-mer, Axelle Saint-Cirel, le styliste Vincent Frédéric-Colombo, et pour la finale, le couple uni, Marie-José Pérec et Teddy Riner. Ils ont ainsi hissé la Guadeloupe tout en haut de l'Olympe pour ces 33ᵉ Olympiades. Ils ont fait vibrer les cœurs des Ultramarins et montré que les territoires d'Outre-mer sont des terres d'excellence, des terres de champions. Pour vous chers lecteurs, Marie-José Pérec revient sur cette journée incroyable dès l'instant où elle a reçu le coup de fil du président du COJOP, Tony Estanguet le matin à 9 h 40. Elle a encore des étoiles dans les yeux. Elle partage ses émotions encore palpables. Heureuse, joyeuse et comblée. Un geste qu'elle a fait pour la Guadeloupe, pour les siens et pour la jeunesse.

À quel moment apprenez-vous que vous allumerez le chaudron olympique ?

Je découvre en fin de journée que nous sommes deux, Teddy et moi, et que nous serons ceux qui allumeront la vasque aux Jardins des Tuileries. C'est un truc de fou. Il faut savoir que tous les athlètes avaient un numéro et personne ne savait dans quelle position, ils étaient. Moi, je l'ai appris le matin. À 9 h 40, Tony Estanguet m'appelle et il m'annonce que nous sommes deux pour allumer la vasque, sans me donner le nom de l'autre personne. Je ne lui pose DE question. Dès la réception de son appel, je suis en larmes. J'attendais cela depuis longtemps. C'était une attente insupportable de savoir si ce serait moi, si on sera deux, trois ou quatre. On avait tous fait des scénarios dans nos têtes. C'était un moment vraiment délicieux et insupportable en même temps. Ce matin-là, il a eu une fuite dans les médias et tout le monde m'appelait. J'ai eu énormément d'appels. J'avais reçu comme consigne de ne rien dire. Même mon garçon de 14 ans ne le savait pas. Je voulais qu'il vive cette surprise comme tous les Français. Seul mon mari était au courant. Nous avons réussi à garder le secret. Ce n'était pas facile.

Qu'avez-vous pensé quand vous découvrez votre partenaire, l'immense champion du judo, Teddy Riner ?

De se retrouver deux Guadeloupéens pour allumer la vasque des Jeux Olympiques de Paris 2024, c'est quelque chose de grandiose. Ça unit notre parcours, notre courage, notre travail. C'est le fruit du travail de tout ce que l'Outre-mer à apporter au sport français. Sur le plan personnel, c'est bien pour nous. Mais, c'est aussi bien pour la jeunesse. C'est le message fort. C'est un moment qui va rester gravé. Il y avait une telle énergie ! J'avais le sentiment que le palmarès de tous ces athlètes amenait quelque chose d'irréel dans ce lieu. Nous étions seuls. Quand je regardais Alain Bernard, Laura Flessel-Colovic, Charles Coste qui a 100 ans, et tout le monde, ils irradiaient tous dans ce Jardin. Charles Coste, le dernier pistard, était digne, heureux, fier de vivre ça quand il nous fait le dernier passage. C'est un super cadeau.
Il nous a transmis la Flamme et nous sommes partis tous les deux. Je sentais qu'il y avait une telle émotion, une telle énergie. Un moment, j'ai pris la main de Teddy pour avancer. Quand je revois ces images, elles sont belles, beaucoup de douceur, de bienveillance, de bonheur. C'est joyeux, un moment suspendue dans le temp. Je vous confirme que rien n'a été préparé. Je trouve que c'est très beau de nous voir avec la flamme en se donnant la main. C'était fabuleux.

À qui pensez-vous en regardant le ballon prendre de la hauteur et monter dans le ciel parisien ?

Je n'ai plus mes parents. A ce moment-là, j'ai pensé à ma famille. Je me dis, ma mamie, ma maman, mon papa, mon oncle, tous mes proches qui sont partis, là-haut, ils doivent être trop fiers. J'ai aussi une grande pensée pour les parents de mon père qui sont des centenaires, ma mamie 103 ans et mon papy 101 ans, qui sont en Guadeloupe. Pour eux de me voir. C'est un truc de fou de vivre ce moment pareil, de voir leur petite fille allumer la vasque.

Vous êtes-vous projetée aux JO d'Atlanta où vous aviez été touchée par l'allumage de la vasque par Mohamed Ali, l'idole de votre mamie maternelle ?

Forcément, c'est pour cela que j'ai porté cette dernière torche pour faire honneur à ma mamie qui était fan du boxeur Mohamed Ali (1942- 2016). Lui qui avait allumé la vasque aux JO d'Atlanta. Je pense à elle et je me dis « Elle est là-haut et elle me voit. Elle regarde sa petite Mohamed Ali au féminin ». Je suis heureuse, remplie de bonheur.

Quel regard portez-vous sur votre parcours, de la piste du stade Félix-Eboué à Basse-Terre aux Jardins des Tuileries à Paris ?

Je suis vraiment fière de ce parcours. Je suis fière du combat que j'ai porté. Aujourd'hui, ma vie a réellement un sens. Au début de ma carrière, j'ai fait des choses pour ma communauté, puis c'est devenu bien plus grand que ça. C'est très beau. J'ai déjà passé une bonne partie de ma vie a donné de l'émotion et du bonheur aux gens. Que vouloir de plus dans la vie ? Moi, je suis heureuse et fière de ce que j'ai réalisé, de la femme que je suis devenue. Pourtant, quand j'étais adolescente, personne ne pouvait prédire mon avenir. Je n'étais pas une gamine à l'aise, pas bonne à l'école. J'ai la conviction que personne ne pensait que je pouvais faire un parcours d'excellence, comme celui-là. Ce qui démontre en suivant ses rêves, en se donnant les moyens, en donnant un sens à ce qu'on fait dans sa vie, on peut accomplir de belles choses. C'est ce message que je veux faire passer à notre jeunesse. C'est ce message que j'ai fait passer longtemps sans parler. En agissant, je pensais que c'était plus important. Aujourd'hui, ma parole s'est libérée. Je suis dans la transmission. La boucle est bouclée. Je reprends un proverbe de ma mamie, « Tant qu'on est sur terre. On a toujours des choses à faire ». Il faut avoir confiance En soi. 

Avez-vous pris la dimension de votre geste en allumant cette vasque olympique ? Pensez-vous avoir rendu fier le peuple de Guadeloupe, des Antilles, et des Outre-mer ?

Au début, c'était pour mes compatriotes. Mais, cette communauté a grandi. Je suis fière parce que je transmets de l'espoir aux jeunes qui arrivent et du bonheur à tous. Il faut que ça donne des ailes aux gamins et qu'ils se disent : « Moi aussi, je peux le faire. Je veux être un grand. Je veux réussir ma vie. Qu'ils se disent que c'est possible, même si je viens de la Guadeloupe ». Avant, on avait tendance à penser négativement. De plus en plus, je vois que les jeunes font des choses extraordinaires, ils avancent. Ils ont beaucoup de potentiel. Ils sont talentueux. Ça fait plaisir. Un parcours comme le mien donne de l'énergie aux autres pour avancer et se dépasser. 
Marie-Jo Pérec, les étoiles plein les yeux.
Marie-Jo Pérec, les étoiles plein les yeux. • Alfred Jocksan

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