Antoine Othily, cœur battant du football guyanais à Paris
Co-fondateur en 1968 et président depuis du FC Guyane, l'octogénaire mananais, Antoine Othily cherche à passer la main.
Certains gestes ne trompent pas. Le ballon d'un match fonce en touche vers le banc du FC Guyane : un petit monsieur de 80 ans passés l'arrête net de sa chaussure de ville. Grégory Alexander, entraîneur-joueur du club, le taquine : « Tu ne saurais même pas faire deux jongles ! » Le monsieur lui répond : « Jeune homme, je compte deux sélections avec la Guyane ! » Ce petit monsieur, c'est Antoine Othily, président du FC Guyane, l'amour incarné du football associatif.
Deux sélections avec la Guyane en 1965
Il n'est plus très souvent présent aux matchs des Guyanais de Paris. Antoine Othily réside désormais à Toulouse. La pose de son pacemaker, plus tôt dans la semaine, s'est bien passée. Il porte des aides auditives et des lunettes. Mais Antoine Othily reste inchangé depuis les photos de ses deux sélections en 1965. Il n'a pris l'accent ni de Paris ni de Toulouse et glisse dès qu'il le peut un dolo du péyi : « Gidi-gidi pa ka maré pagra » (Rien ne sert d'aller trop vite).
Né dans l'ouest guyanais, à Mana, Antoine est éduqué par son père, Léo Othily, dont toute une génération loue les qualités.
Comme l'ancien photographe guyanais Marius Roselet, Francilien depuis 40 ans : « Antoine est important pour nous parce que son papa Léo est important pour nous. Il nous a légué un fonds intellectuel. » Antoine Othily chérit aussi ce que le scoutisme lui a appris : la connaissance de son pays, « malgré le côté paternaliste que ça peut avoir. »
« Les Guyanais sont obligés de venir dans l'Hexagone »
C'est surtout balle au pied qu'il se fait un nom. Technique irréprochable.
Milieu de terrain donc visionnaire. Des qualités qu'il transfère dans ses activités par la suite. La rupture avec la Guyane a lieu en 1968. Sans sembler éprouver de regret, le Mananais se fait philosophe : « On peut parler tant qu'on veut, le Guyanais est obligé de venir dans l'Hexagone. Pour la santé, étudier, travailler. »
Fondation du FC Guyane
À peine arrivé à Paris, Antoine Othily co-fonde le Guyane FC Paris (FC Guyane) et en est depuis le président. C'est la plus ancienne association guyanaise de France hexagonale.
Il voit des barricades, mais Mai 68 est fini. Antoine Othily travaille avec le premier préfet de Guyane, Robert Vignon.
Surnommé « Grand chef blanc » sur le Maroni, Vignon aide les Guyanais arrivant « en France » à se loger et à trouver du travail. Résumé sec d'Othily : « C'était aussi un business. »
Il croise la route de grands indépendantistes guyanais à Paris : Michel Kapel, Alain Michel... « Je n'ai jamais été politisé ! » insiste-t-il. « Mon cousin Georges est devenu sénateur de Guyane. Moi, mon dada, c'est l'associatif. »
Création de Tropiques FM
Co-fondateur de Tropiques FM dans les années 2000, Othily découvre l'appât que sont les radios, mais se refuse à ferrer le gros poisson. Air France vient pourtant y déverser ses billets pour faire passer ses premières publicités radio sur les vols vers les Antilles. Des divers postes qu'il occupe, Antoine Othily n'en fera jamais des forteresses de pouvoir ni de profit. Aucun regret là non plus. « Je dis parfois à ma femme que ma naïveté m'a préservé ! »
Un déménagement dans l'Est de la France
Rien de naïf pourtant dans l'œil d'Antoine Othily. L'ancien numéro 10 du FC Guyane, au temps où l'équipe évoluait à Bir-Hakeim, au pied de la tour Eiffel, fait ses choix. Dernier en date : il veut déménager de Toulouse pour l'Est de la France, afin d'être plus près de Paris et donc du FC Guyane, car, de tous les responsables actuels du club, aucun n'ose prendre sa suite à la présidence.
Par peur, sans doute, de ne pas être à la hauteur de ce grand petit monsieur. En attendant la relève, Antoine Othily s'astreint à faire ses 5 000 pas par jour, pour le bien de son cœur passionné.

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