La ligne d'écoute pédocriminelle en alerte : +300% d'appels en cinq ans
Le numéro d'aide destiné aux personnes attirées sexuellement par les mineurs, a enregistré une explosion des appels en 2025. Ce triplement en cinq ans révèle à la fois une libération de la parole inquiétante et l'urgence d'une politique de prévention en amont des passages à l'acte.
Le constat est brutal. Le Service téléphonique d'orientation et de prévention (Stop), géré par la Fédération française des centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (FFCRIAVS), vient de fêter ses cinq ans avec des statistiques qui font froid dans le dos. En 2025, la ligne a reçu 4 577 appels, un chiffre qui a triplé depuis sa création. Parmi eux, 447 conversations ont duré plus de cinq minutes, indiquant une détresse profonde et un besoin réel d'accompagnement. L'analyse des appelants dresse un profil type : il s'agit à 90% d'hommes, d'un âge moyen de 37,4 ans. Dans 84% des cas, il s'agissait d'un premier contact, un chiffre qui montre que la ligne commence à être identifiée comme un recours. Surtout, 64% des personnes ont appelé pour elles-mêmes, en raison d'une attirance sexuelle envers les enfants. Les autres appels concernaient des proches ou des demandes d'information.
"Une zone grise, un risque réel" : prévenir le passage à l'acte
Face à cette vague, les autorités et les experts insistent sur la mission première de ce numéro vert (0806 23 10 63) : la prévention. " L'objectif est d'éviter le passage à l'acte en facilitant l'accès à une information fiable, à une orientation adaptée et, le cas échéant, à des parcours de soins ", explique la Fédération dans son communiqué.
La Haute commissaire à l'Enfance, Sarah El Haïry, appuie ce dispositif et en élargit la portée : " Le numéro s'adresse également à ceux qui les entourent et détectent des signaux de risque ". Son message est clair : " Il faut les accompagner pour protéger nos enfants. Toutes les personnes attirées sexuellement ne passeront pas à l'acte mais il y a une zone grise, un risque réel ". Le slogan de la nouvelle campagne résume cette approche : " Vous êtes attiré sexuellement par les enfants ? Stop ! Appelez-nous ".
Un fléau de masse : un enfant victime toutes les trois minutes
Cette initiative de prévention ciblée prend tout son sens à l'aune des chiffres accablants de la pédocriminalité en France. Selon les rapports, un enfant est victime d'inceste, de viol ou d'agression sexuelle toutes les trois minutes. Des " chiffres alarmants " qui, comme le rappelle l'Unicef, " témoignent de la violence et de l'ampleur d'un fléau qui touche des millions de filles et de garçons ".
L'explosion des appels vers la ligne Stop est donc à double tranchant. Elle révèle l'ampleur d'une pulsion pédocriminelle jusqu'alors largement invisible et non prise en charge. Mais elle représente aussi une lueur d'espoir : une partie des personnes à risque cherche de l'aide avant de commettre l'irréparable. Le défi est désormais de donner à ce dispositif les moyens de sa mission, pour transformer cet appel au secours en un rempart concret pour la protection des mineurs.

La radio 100% Caraïbes

- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters