Racisme judiciaire : l'ONU dénonce une discrimination systémique contre les personnes noires
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Racisme judiciaire : l'ONU dénonce une discrimination systémique contre les personnes noires

Christophe VERGER
Selon les enquêteurs indépendants onusiens, la discrimination à l’égard des Africains et des personnes d’ascendance africaine commence dès les premières étapes du processus pénal.
Selon les enquêteurs indépendants onusiens, la discrimination à l’égard des Africains et des personnes d’ascendance africaine commence dès les premières étapes du processus pénal. • SHUTTERSTOCK - COPYRIGHT (C)

Un rapport accablant de l'ONU publié mercredi révèle la persistance du racisme systémique dans les systèmes judiciaires à travers le monde. Les experts indépendants pointent du doigt la surreprésentation des personnes d'ascendance africaine dans les prisons.

Le Mécanisme international d'experts de l'ONU établit un lien direct entre le racisme actuel dans les systèmes judiciaires et l'héritage historique. "Les origines historiques de nombreuses institutions juridiques créées pendant la domination coloniale ou ancrées dans des systèmes d'oppression raciale continuent de façonner les pratiques contemporaines", note le rapport. Cette analyse trouve un écho particulier dans les Antilles, où la mémoire de l'esclavage et de la ségrégation reste vive.

Le document détaille comment les préjugés raciaux influencent l'ensemble de la chaîne pénale :

- Profilage racial et contrôles policiers abusifs

- Usage disproportionné de la force

- Détention provisoire systématique

- Inégalité d'accès à la libération sous caution

Au Canada, les personnes noires sont surreprésentées dans les arrestations pour infractions mineures. En Suède, plus de la moitié des citoyens d'origine africaine déclarent avoir été contrôlés en raison de leur apparence.

Des stéréotypes qui perpétuent l'injustice

Le rapport fustige particulièrement les "stéréotypes raciaux" qui dépeignent les personnes noires comme "criminelles par nature". "Cela influence non seulement les décisions individuelles de la police, des juges et des procureurs, mais fausse également l'ensemble des systèmes judiciaires", affirment les experts.

Face à ce constat accablant, l'ONU propose douze mesures concrètes dont notamment :

- Abolition du profilage racial

- Égalité d'accès à la libération sous caution

- Utilisation de données ethniques pour mesurer les discriminations

- Meilleure représentation des personnes afro-descendantes dans les institutions judiciaires

- Formation anti-raciste des forces de l'ordre

Un risque d'aggravation dans le contexte mondial actuel

Akua Kuenyehia, présidente du Mécanisme d'experts, alerte : "Toutes ces violations risquent fortement de continuer à s'aggraver dans le contexte mondial actuel". Les experts craignent une recrudescence des discriminations avec la montée des tensions géopolitiques.

Ce rapport historique, qui sera présenté officiellement le 1er octobre 2024 au Conseil des droits de l'homme à Genève, appelle à une refonte profonde des systèmes judiciaires. Il représente un appel à la reconnaissance officielle du racisme structurel et à la mise en place de politiques correctives concrètes. Pour les territoires comme les Antilles, héritiers directs de l'histoire coloniale, ce document offre une base solide pour repenser une relation souvent conflictuelle avec les institutions judiciaires.

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