Les migrants de Guyane au musée de la porte Dorée à Paris
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Les migrants de Guyane au musée de la porte Dorée à Paris

FXG (agence de presse GHM)

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Les étrangers représentent officiellement 37 % de la population de la Guyane, pour 109 nationalités recensées. Haïtiens, Surinamiens, Brésiliens... Tous tentent ici de « chercher la vie » (chèché lavi), expression qui désigne à la fois l’exil individuel et la recomposition volontaire dans l’ailleurs, la prise en main de son destin.

Une exposition et un ouvrage s’intéressent à l’existence de ces migrants et à leur contribution au creuset guyanais.

Géographe, Frédéric Piantoni travaille depuis quinze ans sur les circulations migratoires et les réseaux transnationaux en Guyane française. Il est aujourd’hui accueilli en délégation au centre IRD de Cayenne. Les résultats de ses recherches sont largement diffusés dans le milieu scientifique mais ses portraits de migrants n’avaient encore jamais été exposés ni publiés.

C’est Katia Kukawka, co-commissaire de l’exposition et conservateur du musée des cultures guyanaises, qui a, par hasard, ouvert une boîte de photos dans le bureau de Frédéric Piantonni… « Je m’intéressais aux mouvements migratoires en Guyane parce qu’on a trop longtemps cantonné nos musées dans l’artisanat… Passionnant mais insuffisant pour parler de la Guyane contemporaine. Il nous fallait un point d’accroche et, en ouvrant ces boîtes, j’ai tout de suite compris qu’on avait là un magnifique point d’accroche, sensible, intelligent avec un vrai propos scientifique derrière. »

« Nous avons affaire, a déclaré M. Colardel, Drac de Guyane, à un géographe qui travaille sur des chiffres et des données quantitatives qui se livre à un travail de contact traduit par la photographie. »

Plus simplement, Frédéric Piantoni considère cette exposition comme un « hommage aux hommes et aux femmes « qu’il a photographiés : « Je les connais tous de façon individuelle et intime bien que nous ne soyons pas amis. »

L’exposition montée par le musée des cultures guyanaise est accueillie par le musée de l’Immigration au palais de la porte Dorée à Paris.

« Frédéric Piantoni donne un visage et une image humaine, intime, individuelle, personnelle à ces migrants », a salué, lundi soir lors de l’inauguration, le président du musée de l’Immigration, Jacques Toubon, devant un parterre où l’on a pu voir Fabienne Mathurin-Brouard, maire et conseillère régionale de Saint-Georges, l’ancienne députée Juliana Rimane ou encore, à la tête de la délégation guyanaise, Christian Porthos, conseiller général de Montsinéry-Tonnegrade.

L’exposition est en escale à Paris jusqu’au 20 mai après avoir été vue à Angoulême et La Rochelle. Elle sera ensuite visible en Guyane, fin juin, à Saint-Laurent d’abord, puis en fin d’année à l’Encre, à Cayenne. Après, ce sera au tour du Brésil et du Suriname de l’accueillir.
3 questions à Frédéric Piantoni
« La Guyane invente un modèle d’intégration inédit »
• Comment passe-t-on de la science à l’art ?
J’avais en face de moi des attitudes dont je ne pouvais qualifier les intonations dans la façon de présenter des cohérences de vie, des parcours migratoires. J’ai finalement trouvé que la photographie peut rendre une forme d’humanité à tous ces processus migratoires. Plus que donner corps et chair, ces photos ne catégorisent pas selon la nationalité, la communauté, l’appartenance ethnique. Plus que cette sémantique qui ne tient pas, particulièrement en Guyane, ces photos révèlent un concept dont Lévy-Strauss est le père, celui de bricolage.
• Un bricolage ethnique ?
Confrontés à un modèle dit européen et un autre plutôt issu de la coutume migratoire, amérindienne ou maron, ces migrants s’ingénient à trouver des stratégies d’intégration dans aucun de ces deux modèles. On est dans une logique de bricolage, dans un entre-deux permanent. Je suis persuadé que la Guyane est en train d’inventer un modèle d’intégration inédit dans un contexte marqué par des contraintes économiques et sociales.
Que peut-il en sortir ?
Personne ne sait ce qu’il en sortira, mais ce modèle de bricolage irradie la culture et aussi fortement la démographie dans la capacité des migrants à se projeter dans leur descendance. La Guyane est en train de se projeter dans un processus de mondialisation avec un réseau diasporique mondial dans lequel elle devient un pivot.
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