Les habitants de la Réno bloquent un directeur de la Siguy
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CAYENNE

Les habitants de la Réno bloquent un directeur de la Siguy

R.F.
Des locataires de la Siguy ont pris à partie le directeur du patrimoine (en chemise claire) (RF)
Des locataires de la Siguy ont pris à partie le directeur du patrimoine (en chemise claire) (RF)

Très remontée, exigeant des réponses aux difficultés rencontrées dans leurs logements de la Rénovation urbaine, une vingtaine de personnes a investi le siège de la Siguy hier matin. Certains ont houspillé l'un des directeurs, l'empêchant de partir.

Le ton est très vite monté hier matin, à la Siguy, rue XIV-Juillet à Cayenne.
Soutenue par l'association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV), une vingtaine d'habitants de la Rénovation urbaine s'est installée à l'accueil du siège, un peu après 8 heures, exigeant d'être reçue par le directeur du patrimoine (qui pilote les opérations de construction de logements et locaux, le service accession, ainsi que tout le gros entretien du patrimoine locatif).
Face à leur insistance, Hendry Shivbaran finit par descendre. Il invite les locataires à se réunir la semaine suivante. Hors de question pour eux. Le volume sonore n'a de cesse de grimper par la suite. Certains font barrage au directeur, devant différentes portes. Il tente alors de partir, rejoindre sa voiture. Là encore, il est encerclé, parfois bousculé. Des insultes et propos racistes fusent.
« ON EST INONDÉ! ON EST INONDÉ! »
Le directeur du patrimoine répète inlassablement ne pas pouvoir les recevoir dans ces conditions tumultueuses ; ne pas disposer non plus de toutes les informations dans l'immédiat. « Ce ne sont pas des méthodes constructives. Ce n'est pas quelque chose que je peux décider de suite. Les travaux d'entretien courant ne relèvent pas de ma compétence, c'est pour ça que je propose une réunion la semaine prochaine, avec tous les acteurs. »
Les habitants - visages marqués par le ras-le-bol et la fatigue, transformés en colère - n'en ont que faire : « Mais là tout de suite, on veut une réponse. C'est la saison des pluies, qu'est-ce qu'on fait ? » Une locataire répète : « On est inondé! On est inondé! » « Il y a eu trop de réunions, ça n'a jamais abouti à rien » , s'emporte un autre. La scène (1) dure une bonne vingtaine de minutes.
Chahuté, Hendry Shivbaran crie depuis l'extérieur, en direction de l'accueil : « Appelez la gendarmerie! » La police arrive rapidement. Après s'être muré dans un silence quelques instants, le directeur accepte finalement de recevoir un petit comité de quatre locataires. La réunion (lire ci-contre) aurait duré près d'une heure et demie.
REPÈRES - Une réunion stérile
Au sortir de l'entretien, la colère n'est pas redescendue. Alain Chrétien, qui y a assisté, estime que le directeur les fait « tourner en bourrique » .
Les habitants restent mécontents face aux réponses apportées : « Ça ne date quand même pas d'aujourd'hui! Ça fait des années » , peste l'une d'elles. « Il nous a dit que d'ici une quinzaine de jours, une équipe viendra diagnostiquer les problèmes pavillon par pavillon. Mais on n'en est plus là! » s'agace Alain Chrétien, qui ne comprend pas qu'une administration en difficulté financière « gaspille encore de l'argent avec des diagnostics, alors même qu'il y a un an et demi, une entreprise a déjà été payée pour tout relever. Pourquoi est-ce qu'on ne s'appuie pas sur ce dossier ? Le directeur a aussi dit que des travaux vont commencer début 2017. Vous imaginez! Et entretemps, on fait quoi ? Il y a urgence! »
Les locataires devraient recevoir un courrier avant le 15 mai, a ajouté le président de la CLCV, qui promet de revenir à la Siguy « encore plus durement, avec les habitants de Zéphir et des Alizés, confrontés aux mêmes problèmes. » Il les invite d'ailleurs à une réunion mercredi, à 17 heures, à la Réno.
Le directeur du patrimoine n'a pas répondu à nos sollicitations.
« J'ai perdu beaucoup de choses! »
Les habitants de la Rénovation urbaine réclamaient hier « des réponses concrètes, nettes et une programmation des travaux. Aussi, que des solutions immédiates leur soient apportées face à la situation urgente » . À commencer par les inondations. « Dès qu'il pleut, dans les deux minutes qui suivent il y a des écoulements, comme sous une douche » , se désespère Maxime, dont la maman vit dans un des pavillons depuis près de cinquante ans. « Ça vient de la toiture complètement vétuste. » Et sa mère de compléter : « L'électricité non plus n'est pas aux normes. Avec l'eau, c'est un danger. Il y a eu des petits travaux par-ci par-là mais jamais de mises aux normes. » Ils s'inquiètent aussi de leur relogement annoncé depuis des années, mais pour lequel ils n'ont pas de nouvelles. « On dit qu'on va nous reloger, comme pour nous calmer, que ça va s'arranger. Mais au fil des années, on est toujours là et dans les mêmes conditions » , corrobore Maxime.
INVASIONS DE TERMITES
Une centaine de locataires serait concernée par les mêmes problèmes, estime le président de la CLCV. Joséphine, trente-huit ans de Réno, a déjà dû remplacer des meubles, détruits par l'eau. « J'ai perdu beaucoup de choses! Il y a de l'eau dans toutes les pièces » , précise-t-elle, pointant un doigt bien au-dessus de sa cheville, pour indiquer la hauteur de l'eau. La locataire de la Siguy dénonce également la présence d'amiante dans son logement. « Il y a aussi les portes pas sécurisées, les jalousies martiniquaises d'un autre temps, les plafonds pourris, les invasions de termites » , surenchérit Alain Chrétien.
(Rosane Fayet)
(Rosane Fayet)

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