EDITORIAL - Une femme est morte
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

La radio 100% Caraïbes
Éditorial

EDITORIAL - Une femme est morte

Annick FABRICE

À 27 ans, sa vie s'est terminée brutalement. Un homme qu'elle a sûrement aimé a décidé de lui ôter la vie. C'était mercredi dernier, à Capesterre Belle-Eau. Un faits divers relaté par les médias mais qui n'a suscité aucune réaction ni des politiques (hommes et femmes), ni des associations, ni de celles qui se disent féministes. Quelle indifférence ! Comme si, sur nos latitudes, une femme qui est violentée par son conjoint jusqu'à en mourir était un fait banal. Comme si, même nous les femmes, nous acceptions l'idée que l'homme, le mari, le compagnon, le concubin avait droit de vie et de mort sur sa petite amie, sa compagne, son épouse.

 

Un silence assourdissant

Notre silence est assourdissant. Où sont ces femmes debout dont notre société s'enorgueillissait, il y a de cela quelques années ? Faut-il aller chercher dans les Ehpad, dans les cimetières ou à leur domicile, les Mona Cadoce, Marie-Antoinette Simet-Lutin, Gerty Archimède, Jeanne Morton, Christiane Gaspard-Méride et autres qui ne manquaient jamais de frapper du poing sur la table, dès lors qu'on s'en prenait à la femme.

Il y a besoin de portes voix

Qui de nos jours met la main dans le cambouis, se met à côté de celles qui sont battues, violées, humiliées au quotidien ? Pas grand monde. Il n'est pas rare de rencontrer, dans les salons, des femmes joliment habillées et maquillées tout en savourant une flûte de champagne se vantant d'être féministes. Pourtant, elles ne sont jamais à côté de celles peu nombreuses -bien seules dans leurs combats- qui dans l'ombre font ce qu'elles peuvent pour sortir les femmes des griffes de leur tortionnaire.

 

Si la tâche de ces guerrières est louable, il est important de comprendre que dans notre société moderne, il y a besoin de porte-voix, de « mòso fè » qui n'ont pas peur de se mobiliser, de prendre la parole avec force et conviction et de se mettre en action à côté de celles qui tentent d'échapper à leurs bourreaux. Que de fois au tribunal, les femmes victimes se trouvent seules face à celui qui a brisé leur vie. Aucune association n'est présente à ces moments-là, aucune association ne réclame justice et ne se porte partie civile.

Où sont les féministes, les vraies ?

Une femme est morte à Capesterre Belle-Eau. Depuis, le silence est lourd, pesant. Pas une femme de celles qui disent être au côté de la population a pris la parole, même pas Justine Bénin, la Moulienne, coordinatrice interministérielle contre les violences faites aux femmes en Outre-mer. Où sont les féministes, les vraies  ? Une seule s'est exprimée. Elle l'a fait sur X. Il s'agit de Patricia Braflan-Trobo : « Elle avait 27 ans. 27 ans ! Il a décidé de lui prendre la vie parce qu'ils avaient des désaccords. Le patriarcat tue !!! Ne jamais l'oublier. Les politiques de prévention des violences faites aux femmes et des féminicides doivent être massives ! Nous n'oublierons pas cette femme », a-t-elle écrit.

Celles qui sont encore vivantes et qui ont peur, une fois enfermées dans leur maison, peuvent-elles se contenter que de ces mots ? Assurément, non.

Annick FABRICE

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger