Au procès de la genèse d'OpenAI, la personnalité d'Elon Musk au coeur de la sélection du jury
La personnalité d'Elon Musk a dominé lundi la sélection du jury chargé d'examiner son litige contre OpenAI et ses dirigeants, qu'il accuse d'avoir trahi la vocation non lucrative originelle de la maison mère de ChatGPT.
Près de la moitié de la quarantaine de citoyens américains interrogés lundi pour former le jury de ce tribunal fédéral d'Oakland, de l'autre côté de la baie de San Francisco, ont exprimé des réserves envers le patron de Tesla et de SpaceX, cofondateur d'OpenAI en 2015 avant une rupture brutale.
"Brillant ingénieur, brillant homme d'affaires, mais il a fait beaucoup de choses très nocives pour le pays", a déclaré un ingénieur américain d'origine italienne.
Nombreux sont ceux qui désapprouvent ouvertement le rapprochement de l'homme le plus riche du monde avec Donald Trump et son bref rôle au sein du Doge, la commission chargée de tailler dans les dépenses publiques. "C'est un sale type, mais je peux essayer de mettre ça de côté", a lâché un employé municipal d'Oakland. Un "raciste et un violeur", a écrit l'un des citoyens dans son questionnaire écrit, poussant les avocats de Musk à réclamer son éviction.
Plusieurs possèdent une Tesla et s'en félicitent: "Politiquement, je ne l'aime vraiment pas. Mais quand il s'agit de la tech, c'est tout une autre histoire", a résumé un électricien indépendant.
Au final, neuf jurés ont été choisis, chargés de donner un avis uniquement consultatif sur cette affaire, la juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers s'étant réservé la décision finale.
Elon Musk accuse Sam Altman et les dirigeants d'OpenAI d'avoir trahi la vocation non lucrative de la start-up qu'ils ont cofondée en 2015, en le transformant en colosse commercial désormais valorisé à 852 milliards de dollars.
La magistrate doit trancher trois questions soulevées par sa plainte: OpenAI a-t-elle violé sa mission philanthropique originelle, s'est-elle enrichie injustement, et ses liens avec Microsoft violent-ils le droit de la concurrence?
Derrière ce duel entre l'homme le plus riche du monde et Sam Altman, le puissant patron de ChatGPT, le procès remet sur la table une question fondamentale: qui doit contrôler l'intelligence artificielle, et au profit de qui?
Preuve que l'enjeu dépasse leur querelle, des militants anti-Musk, guère plus favorables à Sam Altman, ont manifesté à la mi-journée devant le tribunal, avec comme slogan "quel que soit le gagnant, c'est nous les perdants".
Les débats, prévus sur 4 semaines, doivent débuter mardi avant les témoignages en personne très attendus d'Elon Musk, du patron de Microsoft Satya Nadella et de Sam Altman.
Ce dernier s'est déplacé lundi, pour assister à la sélection des jurés.
Absent, Elon Musk, fidèle à son habitude, a communiqué sur son réseau social X: "J'aurais pu créer OpenAI comme une entreprise à but lucratif. Au lieu de ça, je l'ai créée, financée, j'ai recruté des talents cruciaux et je leur ai transmis tout mon savoir-faire sur la manière de mener une start-up à la réussite, AU SERVICE DU BIEN COMMUN".
"Ralentir un concurrent"
Outre un retour au statut non lucratif, qui bloquerait l'entrée en Bourse très attendue d'OpenAI, Elon Musk réclame l'éviction de Sam Altman et Greg Brockman, cofondateur et président d'OpenAI, ainsi que la rupture des liens avec Microsoft.
OpenAI rétorque qu'Elon Musk savait déjà qu'un tournant commercial était inévitable et que la rupture n'a été provoquée que par son exigence de contrôle absolu.
"Cette affaire a toujours été motivée par l'ego, la jalousie et le désir de ralentir un concurrent", a répété l'entreprise en avril, dans une allusion sans ambiguïté au laboratoire d'IA que Musk a fondé après sa rupture avec OpenAI.
Ce dernier vient d'absorber xAI dans son entreprise spatiale SpaceX, valorisée à 1.250 milliards de dollars et elle aussi en préparation de son introduction en Bourse, annoncée comme la plus monumentale de l'histoire du capitalisme.
Elon Musk, qui avait injecté 38 millions de dollars aux débuts d'OpenAI et réclamait jusqu'à 134 milliards de dollars de dommages, a renoncé à tout bénéfice personnel. La juge, ouvertement sceptique devant ce chiffre, s'est réservée d'examiner elle-même les éventuelles réparations, sans l'avis du jury.
S'il a remporté une victoire symbolique en obtenant ce procès, le patron de SpaceX l'aborde affaibli. Outre la limitation du jury à un rôle consultatif, la juge a largement réduit le champ de ses griefs et rejeté plusieurs demandes qui auraient orienté les délibérations en sa faveur.
bl/eml

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