La santé mentale, " urgence absolue " en Guyane
Les premières Assises de la santé mentale et de la psychiatrie de Guyane débutent dès demain, mardi 10 septembre. Elles réuniront, durant deux jours, près de deux cents acteurs, aux côtés du professeur Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie.
Sonia Da Cruz, coordinatrice du projet territorial de santé mentale Guyane, répond aux questions de France-Guyane.
Que peut-on attendre de ces Assises, les premières du genre en Guyane ?
Concrètement, l'idée est d'améliorer la coordination entre les acteurs, en leur proposant une mutualisation d'expertises et des échanges de pratiques à l'échelle territoriale. Il y a désormais beaucoup d'initiatives dans le cadre du projet territorial de santé mentale Guyane, que nous essayons d'articuler afin qu'il n'y ait plus de rupture dans le parcours de soin.
Aujourd'hui, on peut rencontrer des difficultés dès le repérage : les médecins généralistes et acteurs de première ligne doivent être mieux outillés pour orienter les patients, eux-mêmes le réclament. Nous visons également à améliorer le diagnostic précoce, notamment en proposant des formations.
La santé mentale nécessite une approche globale qui implique à la fois les secteurs sanitaire et médico-social, mais aussi les associations, les services de la Collectivité et de l'État. Elle va de la prévention jusqu'à, lorsque l'on souffre de troubles, l'hôpital. Elle concerne ensuite les acteurs de l'insertion, de l'emploi, du logement. D'où l'intérêt de réunir tous les acteurs autour d'une même table.
Ces Assises n'arrivent-t-elles pas trop tard sur le territoire ?
Non, car nous sommes seulement la troisième région de France à organiser des rencontres de cette envergure, avec la venue notable du professeur Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, des spécialistes du national - dont l'Unicef -, et la présence attendue d'environ deux cents acteurs. Nous restons donc assez innovants.
Là où la Guyane a toutefois pris du retard, c'est au niveau de la coordination, que je détaillais plus haut. Par exemple, un poste de coordinateur comme le mien n'a été créé qu'il y a trois ans, alors même que cela existe depuis bien plus longtemps dans l'Hexagone.
Le besoin est-il important parmi la population guyanaise ?
C'est un véritable enjeu sociétal. En Guyane, comme dans l'Hexagone, les femmes et les jeunes sont beaucoup plus touchés. Sur le territoire, 56% des tentatives de suicide concernent les moins de 25 ans, d'où le thème de ces Assises : " Enfance et Jeunesse. " C'est une urgence absolue en Guyane. D'après nos derniers chiffres, 5% des Guyanais ont fait une tentative de suicide au cours des douze derniers mois et 6% ont vécu un épisode dépressif caractérisé durant la même période. Et ces chiffres, on le sait, sont largement sous-estimés ! Enfin, si on veut parler des communautés de l'intérieur, elles sont quatre fois plus impactées par les problématiques de santé mentale et les tentatives de suicide que la moyenne nationale.
* Un ciné-débat est ouvert au public, le mardi 10 septembre, 19 heures, à l'Eldorado (Cayenne). Inscriptions sur https://eldorado-guyane.fr/
** Outre les professionnels, les aidants, autrement dit les familles accompagnant un individu souffrant d'un trouble psychique, sont les bienvenues. Un atelier dédié se tiendra le mardi 10 septembre après-midi.

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