Film controversé : « Unplanned » ne sera pas projeté à Cayenne
Des collectifs engagés pour les droits sexuels et reproductifs ont obtenu l’annulation d’un film controversé jugé anti-IVG, programmé au cinéma Eldorado.
La projection du film Unplanned, prévue ce vendredi 27 juin au cinéma Eldorado à Cayenne, a été annulée. En cause : la mobilisation d’un collectif d’une dizaine d’associations locales*. Ces dernières dénoncent une œuvre militante, accusée de désinformer le public sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG).
Le long-métrage de 2019, produit aux États-Unis, est critiqué pour sa présentation des pratiques médicales liées à l’avortement. L'annonce de sa diffusion a suscité l’indignation de ces associations qui y voient une « menace pour les droits des femmes ».
Dans un communiqué diffusé sur ses réseaux sociaux, le cinéma Eldorado a confirmé l’annulation de la séance, invoquant « un souci d’apaisement », bien que le film ne soit pas interdit en France. L’établissement rappelle toutefois que « le cinéma est un lieu privilégié pour encourager des questionnements, sans jamais chercher à imposer une vision unique ».
Patricia Pastor, responsable de l’Eldorado, déplore les tensions engendrées. « C’est un imbroglio. Je suis épuisée psychologiquement. Cela a été virulent. On fait des ciné-débats pour qu’il y ait des échanges. Ce film était programmé pour les personnes âgées, dans le cadre d'un partenariat avec le diocèse de Guyane, avec qui nous travaillons depuis deux ans », explique-t-elle. Elle insiste : « Nous ne sommes pas anti-avortement. Nous défendons le droit de disposer de son corps. Mais là, ça a pris des proportions incroyables. »
Selon la direction de l’Eldorado, des menaces d’empêcher la séance auraient été proférées. La police s’est rendue sur place en prévention. « J’ai craint pour mes clients. Nous sommes garants de leur intégrité physique. »
Deux médecins devaient intervenir à l’issue de la projection, dans le cadre d’un débat contradictoire. « Il vaut mieux débattre et convaincre plutôt qu’interdire », souffle Patricia Pastor.
Pour Camille Guédon, coordinatrice régionale de Médecins du Monde Guyane, l’annulation était nécessaire. « Ce n’est pas n’importe quel film. C’est une œuvre de propagande anti-avortement. Il faut résister à ces discours. Le droit à l’IVG est désormais inscrit dans la Constitution. »
Elle insiste sur la responsabilité éthique des professionnels de santé : « La désinformation est un poison. L’entrave à l’IVG constitue un délit, notamment lorsqu’elle prend la forme de fausses informations diffusées publiquement. » Si le débat est bienvenu, il ne peut, selon elle, s’appuyer sur une base biaisée. « Le film culpabilise. Il n’est pas neutre. »
Amandine Marchand, directrice des programmes pour Kaz Plurielles et Arbre Fromager, précise que l’objectif n’était pas de censurer l’Eldorado. « Nous avons l’habitude de travailler ensemble. Il n’y a aucun souci avec le cinéma, mais avec le film. »
À l’Eldorado, la direction assume une décision dictée par la peur d’un incident, mais regrette un climat « hostile ». Du côté des associations, on assure n’avoir jamais voulu censurer le cinéma, mais alerter sur une œuvre perçue comme une attaque directe contre les droits des femmes. Le débat, lui, n’aura pas eu lieu.
* Kaz Plurielles, Arbre Fromager, IdSanté, Comede, Médecins du Monde, Le Refuge, URPS Sage-Femme de Guyane, SIS Guyane, La chorale Les Voix Canons.

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