Épilepsie en France, quand le regard de l'autre est la crise la plus difficile à surmonter
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Épilepsie en France, quand le regard de l'autre est la crise la plus difficile à surmonter

Par Christophe VERGER c.verger@agmedias.fr
La Journée internationale de l’épilepsie est organisée chaque année le deuxième lundi de février dans plus de 140 pays.
La Journée internationale de l’épilepsie est organisée chaque année le deuxième lundi de février dans plus de 140 pays. • SHUTTERSTOCK

À l'occasion de la Journée internationale de l'épilepsie, un constat s'impose : si les crises de cette maladie neurologique touchent le cerveau, c'est la méconnaissance et la stigmatisation qui frappent le plus durement le quotidien des patients.

L'épilepsie est une réalité médicale précise : une affection neurologique chronique caractérisée par une activité électrique excessive et soudaine dans le cerveau. Elle touche environ 1% de la population, soit plus de 650 000 personnes en France, avec près de 4 000 nouveaux diagnostics chaque année. Ses origines peuvent être diverses, génétiques, structurales (suite à un AVC, un traumatisme), ou parfois inconnues.

Pourtant, cette définition scientifique peine à percer dans l'imaginaire collectif. Une récente étude dévoile l'ampleur des idées fausses : des termes comme "folie", "possession" ou "déficience intellectuelle" restent encore trop souvent associées à la maladie. Seulement un Français sur trois identifie correctement l'épilepsie comme une maladie du cerveau. Cette méconnaissance fondamentale nourrit un terreau fertile pour la peur et la stigmatisation.

Le vrai visage de crises

Le cliché de la crise convulsive généralisée avec chute et mouvements saccadés occulte une réalité beaucoup plus nuancée. Les manifestations de l'épilepsie sont aussi variées que les zones cérébrales qu'elles concernent.

On distingue ainsi :

- Les crises focales (hallucinations, gestes automatiques).

- Les crises d'absence (brève suspension de la conscience).

- Les crises tonico-cloniques généralisées, les plus spectaculaires.

Cette diversité contribue à l'errance diagnostique, de nombreux patients étant d'abord orientés vers des diagnostics de spasmophilie (état de crise de panique soudain et aiguë) ou de troubles anxieux.

Les quatre réflexes vitaux face à une crise convulsive

Face à une crise convulsive, l'urgence est à la protection, pas à l'intervention hasardeuse. Les experts et associations comme Épilepsie-France martèlent un protocole simple :

- Sécuriser l'espace : éloigner les objets dangereux, protéger la tête de la personne, retirer ses lunettes.

- Ne pas entraver : surtout, ne rien mettre dans la bouche (la personne ne peut pas "avaler sa langue") et ne pas tenter d'immobiliser les mouvements.

- Placer en Position Latérale de Sécurité (PLS) une fois les convulsions terminées.

- Rester et chronométrer : noter la durée de la crise et ne pas laisser la personne seule.

L'appel au 15 (SAMU) n'est nécessaire qu'en cas de première crise, de durée supérieure à 5 minutes, de blessure, ou si les crises s'enchaînent.

Le choc des chiffres : une stigmatisation qui se chiffre en millions

Si les crises sont gérables, le regard des autres l'est souvent moins. Une enquête Odoxa a quantifié cette froide réalité : plus de sept Français sur dix admettent qu'ils seraient prêts à exclure ou discriminer une personne épileptique.

Cette stigmatisation s'insinue dans tous les interstices de la vie sociale :

- Vie privée : 29% seraient gênés à l'idée d'avoir des enfants avec une personne touchée.

- Monde professionnel : Près d'un Français sur cinq (19%) n'accepterait pas un supérieur hiérarchique épileptique.

- Scolarité : 11% soit près de six millions d'adultes seraient mal à l'aise à l'idée que leur enfant soit ami avec un élève épileptique.

Ces préjugés ont un coût humain profond, poussant de nombreux patients à cacher leur maladie par crainte du rejet, isolant un peu plus ceux qui vivent déjà avec un trouble invisible.

Double combat : soigner les crises et guérir les préjugés

La prise en charge médicale a fait d'immenses progrès. Des traitements médicamenteux permettent aujourd'hui à une majorité de patients de contrôler leurs crises. La chirurgie ou la stimulation cérébrale peuvent être des options pour les épilepsies dites pharmacorésistantes. Mais le deuxième front, tout aussi crucial, est sociétal. Il exige une campagne d'éducation publique ambitieuse pour remplacer les mythes par des faits. Il nécessite aussi une formation des acteurs clés, enseignants, employeurs, secouristes et une reconnaissance institutionnelle plus forte des besoins des patients, notamment en matière d'aménagements scolaires et professionnels.

La route est longue, mais le premier pas est une prise de conscience collective : l'épilepsie est une maladie, pas une identité et le plus grand remède contre l'exclusion commence souvent par un regard mieux informé.

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