« Une grosse accalmie dans les cabinets médicaux »
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« Une grosse accalmie dans les cabinets médicaux »

Propos recueillis par A.G.
Le docteur Hamade Badini est médecin généraliste dans le quartier de Cogneau Lamirande à Matoury
Le docteur Hamade Badini est médecin généraliste dans le quartier de Cogneau Lamirande à Matoury • DR

Le docteur Hamade Badini est médecin généraliste dans le quartier de Cogneau Lamirande, à Matoury. Comme tous les médecins de ville et soignants, il est en première ligne face au Covid-19.

Comment faites-vous face à la crise sanitaire ?

Comme tous mes confrères, en respectant les mesures barrières qu’on ne cesse de marteler ! Il y a le portage des différents types de masques en fonction de ce qu’on nous donne. Il y a le lavage des mains avec si possible le gel hydro alcoolique. Mais en ce moment, c’est surtout avec de l’eau et du savon. On évite bien sûr que la patientèle ne vienne s’entasser dans la salle d’attente. Certains de mes confrères ne font que des consultations sur rendez-vous. Les patients viennent ainsi au fil de l’eau. Pour ma part, je distribue des tickets et vérifie que les patients s’assoient à un mètre de distance. Les autres restent sur le parking et rentrent au fur et à mesure.
Disposez-vous de suffisamment de masques pour exercer ?

J’arrive à en avoir dans les pharmacies jusqu’à présent. Il me semble qu'on a normalement le droit à 18 masques FFP2 par semaine mais la semaine dernière je n’en ai reçu que six, comme cette semaine. On me fournit des masques chirurgicaux en complément car il n’y a pas suffisamment de masques FFP2 pour avoir la dotation prévue. (1) (…) Bien évidemment il nous faudrait plus de masques pour notamment en proposer aux patients qui sont symptomatiques. On espère qu’on va monter en charge en terme de disponibilité de masques parce si on se retrouve sans masques, se posera la question de l’utilité d’ouvrir nos cabinets. Et celle de la télémédecine.
Le gouvernement demande aux personnes qui ressentent les symptômes du Covid-19 de ne pas se rendre au cabinet de leur médecin de ville mais plutôt d’appeler ou de privilégier la téléconsultation. Pratiquez-vous la télémédecine ?

Je me suis inscrit et j’ai un logiciel mais je n’ai pas encore commencé à faire ce type de consultation.
 
Quel impact a cette crise sur votre volume de consultations ?

En métropole comme ici, tous les professionnels de santé ont pensé qu’on allait avoir des cabinets bondés. Mais au contraire on observe une grosse accalmie dans les cabinets médicaux. La fréquentation de ma patientèle est en forte baisse. J’arrive à avoir quelques patients le matin mais l’après-midi j’ai 3 à 4 patients tout au plus. Il y‘en a aussi beaucoup qui nous appellent. On essaie de gérer au mieux en collaboration avec les pharmacies pour les renouvellements d’ordonnances.
 
Avez-vous eu des patients atteints du Covid-19 ?

J’ai eu deux fortes suspicions. Quand on suspecte un cas symptomatique, la consigne c’est d’appeler le 15. En accord avec le médecin coordinateur et si besoin, on met en place un confinement à domicile. Puis le Samu s’organise pour faire le dépistage. Le premier cas c’était une dame d’une soixantaine d’année qui revenait de Bordeaux. Elle a transité par Paris et avait un syndrome respiratoire. Il n’y avait cependant pas de notion de détresse, mais vu qu’elle revenait d’une zone à risque, j’ai appelé le Samu. Au final, ils ont écarté le Covid-19. Le second cas, c’était une jeune fille. On a fini par faire un test qui s’est avéré négatif.
 
Que pensez-vous de la gestion de la crise en Guyane ?

Il y a eu une assez bonne réactivité car n’oublions pas que nous sommes toujours au stade 1 ici, scientifiquement parlant. Je pense que passer directement la Guyane au stade 3 avec le confinement, a aidé à ralentir la propagation du virus. Après les moyens ne sont pas satisfaisants à 100 % mais c’est aussi le cas à l’échelle nationale. Il y a la pénurie de masques, les professionnels ne sont pas tous dotés de la même manière, le gel hydro alcoolique manque cruellement…
 
(1) La dotation hebomadaire prévue est de 12 masques chirurgicaux et de 6 masques FFP2 par médecin libéral
 
Masques faits maison : « c’est mieux que rien »

Si les masques homologués sont incontournables pour limiter la propagation du Covid 19, ils ont aussi une durée de vie limitée rappelle le docteur Hamide Badini. « Les masques chirurgicaux ont une durée de vie allant de 3 à 4 heures maximum selon l’activité. Pour les masques FFP2 ça peut aller entre 6 et 8 heures. » Face à la pénurie, la population rivalise d’inventivité pour en fabriquer elle-même. Une solution qu’à défaut de masques disponibles, le docteur Hamide Badini encourage. « C’est mieux que rien, c’est une question de barrières. Le fait de porter un masque en tissu par exemple, nous empêche de nous toucher le visage avec une main qui aurait été souillée au contact d’une poignée de porte. » Pour ceux qui voudraient s’essayer à la confection de masques, le référentiel d’un nouveau modèle a été mis en ligne la semaine dernière sur le site de l’Association française de normalisation (Afnor). Bien sûr, ce masque est à utiliser en complément des indispensables gestes barrières face au Covid-19 !
 
 


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