«À la faveur de la crise, l'offre de soins a progressé en Guyane» explique la directrice de l'ARS Clara de Bort
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"À la faveur de la crise, l'offre de soins a progressé en Guyane" explique la directrice de l'ARS Clara de Bort

Propos recueillis par Samir MATHIEU
Clara de Bort préconise l'amélioration de l'offre de soins, étape indispensable avant d'envisager la mise en place d'un CHU en Guyane
Clara de Bort préconise l'amélioration de l'offre de soins, étape indispensable avant d'envisager la mise en place d'un CHU en Guyane • SAMIR MATHIEU

Alors que le coronavirus recule partout en Guyane, la directrice générale de l'ARS (Agence régionale de la santé) Clara de Bort accorde une interview à France-Guyane . Et pour la première fois depuis le début de la crise, il n'est pas question de parler de bilan chiffré ou de décompte morbide, mais plutôt d'évoquer l'évolution de l'offre de soin, qui s'est véritablement transformée. Alors effet d'aubaine éphémère ou bien ces renforts s'inscrivent t'ils dans la durée et les moyens supplémentaires obtenus vont-ils perdurer dans le temps ? Entretien sans concession avec celle qui a été en première ligne tout au long de la crise.

 Qu'est-ce que cette crise a changé sur le système de santé en Guyane ?
C'est une crise vraiment exceptionnelle dans son ampleur mais aussi dans la mobilisation des équipes et dans le fait que pendant quelques mois, nous n'avons travaillé qu'à ça,  tous ensemble. Nous avons été confronté chaque jour à des nouveaux problèmes, à des nouveau obstacles. Et puis, chaque jour, on a trouvé des solutions. Et certaines solutions, on se dit que même après la Covid, il faudra les maintenir. C'est par exemple tout ce qui tourne autour de la coopération entre le monde sanitaire et le monde médico-social. Ce sont des choses qui étaient présentes, mais pas assez intensément. Et là vraiment, nous avons des gens qui ont travaillé au quotidien ensemble pendant des semaines. Ce sont des rencontres et des collaborations qui sont extrêmement fructueuses, même pour penser les projets à venir. On sait par exemple qu'au Chog, il n'y a pas assez de structures, de lits permettant de faire sortir des malades de l'hôpital sans pouvoir les ramener tout de suite à la maison. Il manquait des structures intermédiaires. C'est une offre qu'on a créé pendant la période Covid parce qu'on ne voulait surtout pas être surchargé au niveau des hôpitaux. C'est ce que nous avons mis en place au Lac Bleu et on voit que ça répond à un vrai besoin. On a créé ça pour l'épidémie Covid mais ça nous donne des  idées pour la suite. Cette épidémie nous engage. Cela nous montre que des choses qu'on croyait impossible sont devenues possibles, à la fois dans l'ampleur de la crise mais aussi dans l'ampleur des solutions.

On a vu par exemple l'essor incroyable de la télémédecine, de la téléconsultation. On a vu aussi, et ça peut paraître tout bête, la possibilité de faire des réunions à distance. Par exemple quand les concours doivent se passer à Paris, alors que c'est un oral, finalement on s'est dit pourquoi pas faire cet oral à distance, depuis la Guyane... Nous avons finalement eu des habitudes de déplacements qui ont été réinterrogées. Et puis on a aussi décidé, dès le début de l'épidémie de renforcer les lits de réanimation non Covid au Chog à Saint-Laurent, pour éviter aux patients de l'ouest ayant besoin de réanimation non Covid, d'être transférés à Cayenne, car on pensait que Cayenne allait déjà être surchargé. Donc on a voulu équilibrer la charge. Et là aussi, on a vu que ça rendait un vrai service. Et ça c'est pas lié au Covid. C'était pour des patients de réanimation non touchés par la Covid19. Ce sont des renforcements de services hospitaliers pour du non Covid qu'il va falloir certainement maintenir, voire encore développer à l'avenir. 

On va travailler au cours des prochaines semaines avec le GHT (Groupement hospitalier de territoire) sur l'offre de soins de demain. Mais pas pour dans 10 ans, pour dans quelques semaines, une fois que l'épidémie sera derrière nous... On ne reviendra pas à l'offre de soins précédente. C'est exclu. On va avoir besoin d'une offre de soins plus importante, ne serait-ce que pour absorber certains à coups. Et puis aussi, parce que la population augmente et puis parce que quand on avait quelques Evasan (évacuations sanitaires) par mois pour une pathologie donnée, et que l'augmentation de la population fait que ces besoins sont plus importants, il est normal de créer une offre en région, de se mettre en branle pour créer une offre de soins améliorée. Créer une offre de soins, ça ne se fait pas dans un claquement de doigts. C'est écrire un projet, trouver des porteurs de projets ou encore trouver des médecins qui ont envie de relever le défi de la création d'offre de soins supplémentaire en Guyane. Je me réjouis de l'opportunité que nous offre la mission d'inspection , qui démarre officiellement le 27 août. C'est une mission multi inspection - IGAS, IGA et IGENR. Elle va travailler sur le renforcement de l'offre de soins sur le territoire..
La crise a finalement permis de lever des freins et d'améliorer la qualité de soins globale ici en Guyane ?
À la faveur de la crise, c'est vrai que certaines normes ont pu être assouplies, et pas que dans la santé. Il a été possible de faire des conseils d'administration, des conseils municipaux ou des conseils territoriaux à distance alors que d'habitude c'était interdit. Dans la santé c'est pareil, on a eu une levée de certaines normes installées depuis longtemps, qui face à l'afflut de la demande, devenaient contre-productives. Le fait par exemple que beaucoup de professionnels différents puissent désormais faire les prélèvements naso-pharingés, c'était quelque chose qu'on n'imaginait pas comme étant possible au début de la crise. Finalement, l'état de nécessité a fait que le ministère a assoupli ses consignes et puis que nous avons fait les formations nécessaires. Et on s'est rendu compte qu'il n'y a pas eu d'accident lors de prélèvements. ça s'est même plutôt très bien passé et on a pu augmenter très fortement le nombre de tests et donner plus d'informations aux patients et mieux surveiller l'épidémie. Clairement, ce qui apparaissait comme une mesure qui devait préserver la qualité du prélèvement, à savoir la réserver à une catégorie de professionnels très entraînée, on s'est rendu compte que parfois en ayant un regard plus souple, on pouvait aussi augmenter l'offre et au final être plus positif pour la population.
Sur les moyens supplémentaires qui ont été mis en place ou de qualité de certains services, pouvez-vous vous engager aujourd'hui à dire ça va être maintenu pour les Guyanais ?

On l'a pas trop dit, mais la Guyane a déjà une habitude de stockage beaucoup plus importante que les hôpitaux de l'Hexagone, que ce soit en terme de matériels et de médicaments. On a des réflexes de stockage, qui sont de bons réflexes, puisque nous sommes dépendants de conditions climatiques ou encore de transports... Je l'ai vu encore cette semaine en allant dans les services logistiques, il y a un stockage de produits alimentaires qui est plus important que quand on va dans un hôpital de l'Hexagone. Ces réflexes là sont des réflexes gagnants, puisqu'on a abordé la crise en meilleur état en terme de stockage que les hôpitaux de l'Hexagone, au delà du fait que eux, ont été frappés plus vite que nous. Nous même, nous avions, au moment où ils ont été frappés, des stocks plus importants. Des stocks d'EPI (équipements de protection individuelle) notamment. C'est une logique gagnante qu'il va falloir maintenir et développer et l'ensemble des matériels qui ont été acquis pendant la crise, comme les respirateurs, vont être maintenus en Guyane. Ce ne sont pas des prêts ni des  locations. Ce sont des acquisitions.

On va devoir les maintenir pour qu'ils continuent à bien fonctionner, mais clairement, on a un équipement de bien meilleure qualité après qu'avant. C'est aussi le cas en biologie. On ne l'a pas trop dit, mais il y a eu d'énormes investissements en biologie. Au début de l'épidémie, il n'y avait que Pasteur qui pouvait faire quelques dizaines de prélèvements par jour. C'est tout. Puis le CH de Cayenne a pu faire 70 à 80 analyses biologiques par jour. Et grâce aux équipements qu'ils ont acquis, ils sont à 1 000 maintenant, en terme de capacité par jour. Ils ont multiplié par 50 à 100 les capacités en quelques semaines, grâce à des acquisitions d'automates, qui sont donc acquis, et qui vont pouvoir servir pour d'autres maladies que la Covid.
Sur les lits de réanimation ?

La crise a démontré qu'on était capable d'armer très rapidement des services de réanimation entiers, que les lits sont désormais disponibles, que le matériel est désormais disponible et qu'en général ce sont des questions de personnels uniquement qui sont nécessaires. Notre travail, ce n'est pas de mettre des personnels à attendre une activité qui n'existerait pas. Notre objectif c'est bien de faire en sorte que les personnels de santé puissent reprendre des activités non Covid, puisqu'on a moins besoin d'eux sur la Covid, en étant très clair sur le fait qu'à tout moment, on peut réarmer des lits de réanimation ou d'hospitalisation Covid. Les armements que nous avons pu faire jusqu'à présent vont pouvoir être beaucoup plus rapide à l'avenir parce qu'on est très entrainé à l'armement, à l'installation, au déménagement ... Maintenant les activités sont très rodées à ces exercices.
Cette crise, avec les moyens déployés en plus, ne légitime t'elle pas la nécessité d'instaurer un CHU en Guyane ?

La crise elle n'est pas finie. Mais elle a montré la très grande agilité de la Guyane. Je crois vraiment qu'on a étonné les observateurs extérieurs par l'agitilité dont nous avons fait preuve... grâce à des aides bien sûr, mais à la manoeuvre c'étaient des médecins, les directeurs d'hôpitaux, les agents de l'ARS, le secteur médico-social qui a été très aidant, et les équipes d'hospitalisation à domicile. Grâce à la mobilisation de tous ces acteurs, on a pu augmenter le nombre de lits de réanimation dans des délais extrêmement courts et dans des proportions tout à fait inédites. On a multiplié par cinq les capacités de réanimation, si on compte Covid et non Covid. Dans aucun territoire de France, et peut-être même du monde, on a multiplié par cinq les lits... et nous n'avons d'ailleurs jamais été à 100% occupés. Nous avons toujours eu des lits de disponible. Je suis assez heureuse et fière de pouvoir démontrer - nous nous le savions, mais on a pu le démontrer à l'extérieur - combien la Guyane est agile et réactive. Elle a l'habitude des crises, des conflits sociaux (avec interruptions de livraisons)...

La Guyane a l'habitude des épidémies et des événements exceptionnels et elle a une capacité à se réorganiser, qui est, à certains égards, plus importante qu'ailleurs. Moi je suis très optimiste pour la suite. Je partage évidemment, complètement, et c'est le sens de mon action depuis mon arrivée, et de mon prédécesseur aussi, la volonté, cheville au corps, d'augmenter l'offre de soins. Il  n'y a pas de CHU si l'offre de soins est incomplète. Il faut d'abord une offre de soins la plus complète possible pour pouvoir avoir des ambitions universitaires. Mon travail c'est, en urgence, même si ça prend pour certaines activités plusieurs années, de travailler tous les jours à l'augmentation de l'offre de soins, et pas qu'à Cayenne... à Cayenne, au Chog, à Kourou aussi bien sûr, mais aussi en territoire de Guyane intérieure. Et à ce titre d'ailleurs, j'envoie une équipe de l'ARS à Maripasoula lundi pour ramener des informations actualisées sur le développement de l'offre de soins et des transports sanitaires à Maripasoula. Mon travail de tous les jours, c'est donc d'augmenter l'offre de soins, en quantité et en qualité pour pouvoir faire pleinement la course pour un CHR et peut-être ensuite demain d'un CHU.

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