Voyage aux États-Unis : l'administration Trump veut vos réseaux sociaux et vos données familiales pour un ESTA
Un projet de l'administration Trump, publié le 10 décembre, prévoit un durcissement majeur des conditions d'entrée pour les voyageurs exemptés de visa. Les demandeurs d'ESTA, y compris les Français, devraient bientôt fournir leur historique détaillé des réseaux sociaux sur 5 ans, ainsi qu'une foule de données personnelles et familiales.
Aujourd'hui, obtenir une autorisation ESTA pour se rendre aux États-Unis est une formalité rapide et peu onéreuse : environ 40 dollars et quelques jours d'attente. Cette procédure, qui concerne les ressortissants de 42 pays partenaires du Programme d'Exemption de Visa (VWP) dont la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne ou le Japon, pourrait bientôt appartenir au passé. L'administration Trump envisage d'imposer un formulaire considérablement étoffé, demandant aux voyageurs de détailler leur vie numérique et familiale.
Les nouvelles exigences, si elles sont adoptées, seront drastiques. Il ne s'agira plus seulement de renseigner ses informations biographiques de base. Les demandeurs devront fournir :
- L'historique de leurs activités sur les réseaux sociaux au cours des cinq dernières années (champ désormais obligatoire).
- Tous les numéros de téléphone utilisés sur la même période.
- Les adresses e-mail des dix dernières années.
- Une fiche signalétique complète des membres proches de la famille (parents, conjoint, enfants, frères et sœurs), incluant noms, dates et lieux de naissance, et lieux de résidence.
Toute omission ou fausse déclaration pourrait entraîner un refus de l'autorisation de voyage, une mesure présentée comme nécessaire pour renforcer la sécurité nationale.
Un doute persistant sur la nature et l'étendue du contrôle
La proposition, telle que publiée au Federal Register, soulève d'importantes questions pratiques et éthiques. Les autorités américaines exigeront-elles que les profils de réseaux sociaux soient rendus publics pour inspection ? Le texte ne le précise pas, créant un flou inquiétant. Un précédent existe depuis l'été pour les étudiants étrangers demandant un visa, qui doivent parfois ouvrir l'accès à leurs comptes. Cette ambiguïté interroge sur la nature exacte du contrôle : une autorisation de voyage pourrait-elle être refusée sur la base de l'opinion politique, de propos tenus en ligne ou du simple contenu partagé par le voyageur ? Cette perspective pourrait refroidir de nombreux touristes, déjà moins nombreux à voyager aux États-Unis sous l'ère Trump, et créer des tensions à l'approche d'événements majeurs.
Un calendrier serré et un enjeu de taille : la Coupe du monde 2026
Le projet de règlement est soumis à consultation publique jusqu'au 9 février 2026. S'il n'est pas contesté en justice, il pourrait entrer en vigueur soixante jours après sa publication finale, soit juste avant un événement d'ampleur : le début de la Coupe du monde de football en juin 2026, co-organisée par les États-Unis.
Des centaines de milliers de supporters du monde entier, dont beaucoup sont issus de pays du VWP (Visa Waiver Program), devront alors potentiellement se plier à ces nouvelles règles intrusives pour assister aux matches. Cette perspective place l'administration face à un défi logistique et diplomatique de taille, entre impératifs de sécurité affichés et nécessité de fluidifier l'accueil d'un flux touristique exceptionnel. La bataille entre sécurité et liberté de voyager vient de trouver un nouveau terrain d'affrontement.

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