Une mobilisation en berne des Brésiliens de Guyane
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Élections présidentielles

Une mobilisation en berne des Brésiliens de Guyane

Gérôme GUITTEAU, g.guitteau@agmedias.fr
Second tour des élections présidentielles du Brésil
La Guyane est le bureau 001 des électeurs brésiliens expatriés. Près de 4 000 sont présents en Guyane. Le consul Démétrio Carvalho, à gauche, surveille le bon déroulement du second tour, dimanche dans un hôtel de Cayenne avec des membres du Consulat comme Pablo Marques et des volontaires comme Nayara. • GG

La participation des Brésiliens et Brésiliennes de Guyane aux élections présidentielles n'est pas si importante que cela malgré que le vote soit obligatoire pour les personnes entre 18 et 70 ans. La pénalité n'est que de 50 centimes d'euro et empêche aussi certaines démarches administratives.

Le second tour des élections présidentielles brésiliennes s'est déroulé dans le calme, ce dimanche, dans l'enceinte du Mercure de Cayenne. Il faut dire que sans connaître les chiffres de participation, celle-ci ne paraissait pas bien supérieure au premier tour de ces mêmes élections, dimanche 2 octobre. Seulement 1 443 électeurs sur 4 000 revendiqués par le consulat du Brésil avaient fait l'effort de venir voter.

« Brasília estime qu'il n'y a pas assez de votants à Saint-Laurent ou Saint-Georges pour y installer des bureaux de vote donc tous mes compatriotes doivent venir sur Cayenne. C'est un handicap certain », reconnaît Demetrio Carvalho, le consul.

Cinq bureaux de vote, tous électroniques, cette fois accueillent donc une foule dense, le dimanche matin et éparse à partir de midi. Les maillots de l'équipe nationale du Brésil, symbole du soutien à la candidature du président actuel, Jair Bolosonaro sont plus nombreux que lors du premier tour.

Il faut dire que le président d'extrême-droite est arrivé en tête encore une fois en Guyane avec 48,58% des voix (666 votes) alors qu'il y avait neuf candidats. Lula, l'ancien président, fondateur du parti travailliste avait recueilli 42,60% des suffrages (584 votes).

« Il n'y a que les bandits qui peuvent voter pour un bandit. C'est Bolsonaro qu'il nous faut pour quatre ans encore », soutient Ely Carvalho, sans lien de parenté avec le consul.

Le vote Bolsonaro
Ely Carvalho à gauche est venue voter Bolsonaro comme Lauriano Buto qui porte le maillot de la sélection brésilienne. • GG

« Avec Bolsonaro, l'économie va décoller alors qu'avec Lula, c'est fini de nos espoirs », enchaîne Lauriano.

Un peu à l'écart, une femme semble scandalisée par ce qu'elle entend. "Je suis arrivée en Guyane toute petite et je peux vous dire que Bolsonaro est la honte du Brésil. Personne dans le monde nous soutient. Quel président a visité le Brésil pendant les quatre ans de ce monsieur ? » remarque la jeune femme.

C'est bien la seule voix pro-Lula qu'on croisera en ce début d’après-midi.

Le vote pour le président actuel en Guyane n'est pas seulement lié à l'influence des églises protestantes, que les spécialistes estiment à 30%.

« Les riches sont pour Lula car il les enrichit alors que Bolsonaro redonne beaucoup aux pauvres. Lui, il a enlevé le biberon qui nourrit les artistes brésiliens et tout ces bourgeois », croit savoir Ely.

L'autre argument concerne la lutte contre l'insécurité et les gangs. Le président proche de l'armée est jugé plus ferme que Lula.

Un soutien étonnant alors qu'à Paris, la communauté brésilienne montre clairement son soutien à l'ancien dirigeant syndicaliste.

« En Guyane, j'ai vu des jeunes formés par la tradition politique française venir voter ou des anciens installés de longue date en Guyane. Ainsi, je comprends que le vote Bolsonaro puisse interroger. L'intégration importante d'une partie des Brésiliens dans la population guyanaise peut aussi expliquer l'abstention forte en Guyane et les derniers résultats. Il y a beaucoup de personnes avec la double nationalité », analyse le consul, « mais j'ai pris beaucoup de plaisir à voir une population intergénérationnelle venir voter dans une ambiance bonne enfant », complète Demetrio Carvalho.

 

Les résultats définitifs vont tomber dans quelques minutes. Les pro-Lula ont prévenu la maire de Cayenne, qu'ils manifesteraient en cas de victoire. Nulle doute que les pro-Bolsonaro en feront de même en cas de victoire surprise de leur chef même s'ils n'ont pas demandé ou prévenu l'édile.