Sénatoriales: la macronie compte ses pertes, la droite mesure son érosion
Dans un scrutin plutôt stable, offrant une prime au sortant, des tendances se dégagent. En Martinique et en Guadeloupe, les grands électeurs ont joué la stabilité mais ils envoient quand même deux nouveaux sénateurs : Frédéric Buval qui succède à Maurice Antiste, qui ne s'est pas représenté et Solanges Nadille qui succède à Victoire Jasmin, partie en dissidence avec le Parti socialiste.
Après les sénatoriales, l'heure des tractations : la Macronie mesure ses pertes au Sénat tandis que la droite, majoritaire, concède une certaine érosion en faveur des centristes. À gauche, un duel pour la présidence du groupe socialiste se profile.
Dans les Antilles, la situation est plus claire : Dominique Théophile et Victorin Lurel conservent leur siège en Guadeloupe. Seul changement, le troisième siège reste dans les mains d'une femme mais elle n'est plus socialiste. Solanges Nadille, colistière de Dominique Théophile succède à Victoire Jasmin qui a préféré partir dans ce scrutin avec sa propre liste. Elle ne recueille que 62 voix alors que les vainqueurs cumulent 295 voix. Le PS perd donc un siège à cause de ses dissensions puisque, outre l'ancienne sénatrice, Victorin Lurel compte 178 suffrages et Jocelyn Sapotille 104 voix.
En Martinique, Catherine Conconne réalise un raz-de-marée. Elle obtient 479 voix et son choix au second tour, Frédéric Buval, accroit son score de 194 voix à 366 votes. Il succède à Maurice Antiste. Le sénateur ne s'était pas présenté, affaibli par un AVC, en cours de mandat.
Sur le plan national, les Outre-mer font parler aussi avec le cas Backés.
Sans surprise, le camp présidentiel a perdu des plumes dans cette élection indirecte et globalement assez stable. Un cas est particulièrement sensible pour le gouvernement, celui de la secrétaire d'État à la Citoyenneté Sonia Backès, battue en Nouvelle-Calédonie par un candidat indépendantiste.
De retour dans l'Hexagone, mardi, la ministre sera bientôt fixée sur son avenir, très incertain si l'on en croit la règle appliquée jusqu'ici pour les membres du gouvernement battus aux législatives, qui ont dû démissionner.
"Il n'y a pas de règle édictée concernant les ministres candidats aux sénatoriales", a balayé sur Sud Radio le ministre des Relations avec le Parlement, Franck Riester. "Aucune décision n'est prise à ce stade", a-t-on appris de source gouvernementale.
En toile de fond, le groupe macroniste au Sénat (RDPI) va perdre certains de ses 24 membres, mais s'active en coulisses pour attirer des élus. Olivier Bitz (Horizons), est courtisé par RDPI mais aussi par le groupe centriste et le groupe des Indépendants selon plusieurs sources parlementaires.
"On est en tractations", glisse le chef de file des sénateurs macronistes François Patriat, qui lorgne aussi du côté des outre-mer.
Le sénateur de la Côte-d'Or doit cependant constater que la majorité présidentielle au Sénat est en train de glisser vers le parti Horizons d'Edouard Philippe, dont les sénateurs siègent dans un autre groupe, celui des Indépendants, présidé par Claude Malhuret.
"On avait sept sénateurs Horizons avant le scrutin, on en aura au moins dix après", calcule M. Malhuret, qui pourrait diriger un groupe d'une petite vingtaine de membres à l'ouverture de la session, contre 14 auparavant.
Si la droite s'est empressée d'annoncer une "majorité sénatoriale confortée" avec une "stabilité" du groupe Les Républicains, les calculs de la nuit ont révélé une érosion notable de la première force du Sénat.
"Le groupe LR va perdre entre cinq et dix sièges", prédit un sénateur historique. Les dernières estimations internes atteignaient péniblement le chiffre de 139 membres, contre 145 avant l'élection, à condition de convaincre tous les incertains d'ici au mardi 3 octobre, date butoir pour la composition des groupes parlementaires.
"La majorité sénatoriale sera confortée mais surtout rééquilibrée", note Hervé Marseille, le chef de l'Union centriste (UC), alliée de la droite au Palais du Luxembourg. "Cela va permettre aux centristes d'exprimer des différences avec plus de force".
Le patron de l'UDI, candidat à sa succession à la tête de l'UC, est l'un des vainqueurs de ce scrutin, avec une progression probable au-delà des 60 membres, contre 57 auparavant, en ratissant large (MoDem, UDI, divers droite...). "Mais le chemin du Sénat est pavé de tentations", rappelle le sénateur.
L'objectif des 100 sénateurs de gauche (socialistes-écologistes-communistes) est approché et pourrait même être atteint selon le choix de quelques élus non-encartés. Selon leurs estimations, les écologistes auront au moins 15 sièges (+3) et les communistes 17 (+2).
Quant au groupe socialiste, maintenu autour des 64 sièges, il doit gérer la question de sa présidence.
Deux candidats s'affrontent : le sénateur des Landes Eric Kerrouche, réputé proche du premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, aimerait doubler le sortant Patrick Kanner, représentant de l'autre courant du Parti socialiste, moins "Nupes-compatible".
"Le principal reproche que l'on me fait, c'est que le groupe n'est pas +nupéisé+. J'assume", assure M. Kanner à l'AFP, défendant le bilan "positif" des socialistes qui "ont crevé l'écran" au Sénat.
De l'autre côté, M. Kerrouche "peut apporter de la stratégie politique, une autre façon de fédérer un groupe", assure Rémi Cardon, l'un de ses soutiens, qui reproche à l'actuel président d'avoir érigé "quelques barrières" avec le groupe socialiste de l'Assemblée nationale.
Le duel s'annonce plutôt serré, d'autant qu'une troisième candidature est dans les tuyaux selon plusieurs membres du groupe : celle de Rachid Temal, fraîchement réélu sénateur du Val-d'Oise.

La radio 100% Caraïbes

- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters