Sébastien Caugant, représentant en Guyane de Lutte ouvrière : « Le capitalisme, nous mène droit dans le mur, droit à la guerre »
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Les élections européennes

Sébastien Caugant, représentant en Guyane de Lutte ouvrière : « Le capitalisme, nous mène droit dans le mur, droit à la guerre »

Propos recueillis par Gérôme GUITTEAU
Sébastien Caugant et Denis de Lutte ouvrièr en Guyane
Les représentants de Lutte ouvrière ne sont pas nombreux en Guyane. Ils sont pour l'instant situés à Kourou. • GG

Lutte ouvrière est un parti Trotskyste, du nom du communiste russe assassiné selon la volonté de Staline au Mexique en 1940. Il présente une liste aux Européennes. France-Guyane a rencontré Sébastien Caugant, son représentant en Guyane.

Pourquoi Lutte ouvrière est présente aux Européennes ?

Se présenter dans les élections est un moyen de se faire connaître ; d'exprimer nos idées et de les défendre... Il est important de faire entendre les idées communistes révolutionnaires que personne n'entend dans les médias.

C'est encore Nathalie Arthaud votre tête de liste. Pourquoi vous ne changez pas ?

Nous avons un binôme entre Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier, qui vient de la CGT. Chaque année, on réélit notre direction. Peu de partis à ma connaissance font ainsi.

Vous évoquez des idées révolutionnaires communistes, plus précieusement celles de Trotsky. Quelles sont ces idées ?

Il s'agit d'un idéal communiste contre la caricature stalinienne. On défend aussi les idées de Lénine et de la révolution de 1917. Marx et Engels ont porté ces idées. Ils étaient révoltés par la société capitaliste et les idées libérales. La grande bourgeoisie s'accapare les moyens de production. Le rapport de force et la domination sont toujours les mêmes. Les grands groupes capitalistes dominent la société et accaparent le travail des travailleurs. Les seuls en capacité de résoudre l'ensemble des problèmes de l'humanité. Les seuls qui peuvent répartir la richesse.
Nous n'avons aucune illusion sur ce que peuvent apporter les élections. Elles servent à nous compter. Les seules actions qui peuvent changer les choses sont la grève et la révolution.

Lutte ouvrière a été présente au Parlement européen autour des années 2000. A cette époque Arlette Laguiller et ses deux autres collègues avaient voté contre l'introduction en Europe de la taxation des flux financiers ou taxe Tobin ? Regrettez-vous cette décision ?

Même si on avait voté pour. Il n'est pas dit qu'elle se soit appliquée. Le problème de fond réside dans le fait que nous ne sommes pas pour réformer le capitalisme. Nous ne pensons pas que les lois vont permettre l’amélioration de la société. Regarder l'évasion fiscale… la grande bourgeoisie détourne ces lois. Il faut prendre des mesures qui empêchent les capitalistes de nuire : lever le secret bancaire pour savoir où va l'argent ; être contre l'interdiction des licenciements. Il s'agit de l'Europe des capitalistes donc, nous n'avons pas grand-chose à attendre de cette institution.

Article de Libération sur la Taxe tobin L'article du monde quelques mois après



Votre programme est-il écologiste ?

C'est le seul programme réellement écologiste. Nous souhaitons arrêter le gâchis de cette société. Nous voulons que l'humanité décide collectivement comment et quoi produire. En Guyane, la CEOG (Centrale électrique de l'Ouest guyanais) est arrivée pour détruire sans l'avis des habitants. Elle s'est imposée au village comme le font les capitalistes.


Quelle est la différence entre LO, les communistes et La France insoumise ?

Ce sont des partis qui veulent gouverner. Nous, on ne peut pas envisager de gouverner dans la situation actuelle, dans une union de la gauche. Nous sommes des révolutionnaires, on ne changera pas les choses ainsi. Ce qui est fondamental ce sont nos idées, nous n'avons pas les mêmes que LFI. Ce parti est nationaliste, il défend le drapeau français et le patriotisme économique. Nous, on pense que les frontières n'ont pas de sens. Pour les marchandises et les capitaux, les frontières n'existent pas mais pour les travailleurs, elles sont là, oppressantes. Nous sommes une seule classe. Le travailleur étranger n'est pas mon ennemi, c'est mon frère autant à l'extérieur qu'à l'intérieur de l’Europe. La crise écologique va jeter des millions de personnes sur les routes... la seule réponse qu'ont les pays riches ? “On ne peut pas accueillir toutes la misère du monde ». Mais qui est responsable de cette pauvreté sinon les grands groupes du style de Bolloré ou Total en Afrique. Les grands groupes payent des bandes armées pour fomenter des guerres civiles.

Comment vivez-vous quotidiennement votre idéal révolutionnaire ? On ne vous voit pas aider les réfugiés par exemple...

Nous luttons pour la régularisation des sans-papiers. Je suis enseignant. J'ai des élèves qui se retrouvent dans des situations abracadabrantesques. Des élèves haïtiens brillants : des futurs médecins, infirmiers, aide-soignants, ne peuvent pas faire d'études ni en Guyane car ces études sont embryonnaires ni ailleurs car ils sont sans-papiers. Nous, enseignants, on se bagarre pour tel ou tel élève... et ils les ont obtenus. Il faut se battre au quotidien et on le fait pour qu'ils aient des droits et une vie digne. Sur les chantiers du BTP, beaucoup sont des étrangers sans-papiers. Ils travaillent dans des conditions et enrichissent toujours les grands groupes.

Lutte ouvrière évoque le risque de la guerre dans cette campagne européenne. Pouvez-vous expliquer ce propos ?

La Russie et les Etats-Unis d'Amérique s'affrontent avec l'Union européenne en soutien. Elles le font pour leurs intérêt et au milieu de cette guerre fratricide, les travailleurs russes et ukrainiens se font tuer. Les capitalistes sont prêt à la guerre pour leurs intérêt économiques.
C'est une vraie menace. On entend clairement le bruit des bottes. La France a voté un bidget militaire de 400 milliards sur six ans. C'est sans précédent. Pourtant l'Etat se dit en déficit et s'attaque aux travailleurs, aux jours de carence en cas de maladie, à la retraite, à l'assurance chômage...
Ces armes ne sont pas là pour notre sécurité. C'est une marche à la guerre qu'ils lancent... Et les travailleurs seront en premières lignes pour défendre les intérêts des puissants que cela soit en Ukraine ou au Proche-Orient.
Depuis peu, je vous fais remarquer que la France accepte que son logo soit sur les missiles vendus aux Ukrainiens.

Pour la Guyane, que représentent ces élections ?

La France en Guyane est là par intérêt économique. C'est un héritage colonial, de l’impérialisme français. On appartient à l'Union européenne par cet héritage colonial. On appartient à l’Europe alors qu'on est en Amérique... En 2017, une énorme révolte s’est produite pour qu'une partie des pouvoirs publics prennent conscience de notre existence, Macron y compris.
Pourtant, ils continuent de défendre des intérêts qui ne sont pas ceux de la Guyane.
Macron est venu en avril. Il vient de Paris. S'il était si sincère, il aurait été frappé par le sous-développement de la Guyane. La situation coloniale choque, elle est limpide. Mais il n'est pas choqué car c'est une colonie loin de lui, loin de son palais de l'Élysée.

Sébastien Caugant et Denis militent pour Lutte ouvrière
Sébastien Caugant et Denis, tous les deux professeurs, militent pour Lutte ouvrière en Guyane. Un parti Trotskyste. Pour savoir qui était ce politicien russe, créateur de l'Armée rouge, il faut lire L'homme qui aimait les chiens de Leonardo Padura, un auteur cubain. • GG

Aujourd’hui, la révolte est en Calédonie et notre situation se rapproche de celle-ci. Nous sommes solidaires de leurs revendications.
En Guyane, on envoie Ariane dans l’espace, nous possédons la technologie la plus en pointe de l’humanité qui utilise des milliards d’euros mais ces fusées survolent des bidonvilles. Si j'étais un jeune de Guyane je me demanderais quelles retombées sont là pour moi. Où va l’argent du spatial ? Moi, ce que j'ai envie de dire aux travailleuses et travailleurs, c'est de se saisir de ces élections non pas pour qu'un élu change les choses au Parlement. Mais pour dire qu'on en a assez du capitalisme qui nous mène droit dans le mur, droit à la guerre.
Les partis traditionnels nous dressent les uns contre les autres… Ce n'est pas notre voisin de palier le responsable de la situation, ce sont les patrons qui se servent de nous pour nous écraser et les gouvernements sont complices y compris le Rassemblement national. Ils ne sont jamais là pour les grèves. Ils sont pour les licenciements pour les bénéfices. Sa patronne est millionnaire, c'est un piège pour les travailleurs.

 

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