Loi immigration : aujourd'hui l'immigré, demain l'ultramarin
Réaction de Davy Rimane, député de Guyane, à la loi immigration. Il déclare notamment que : "La France raciste a écrasé la France de la main tendue."
Mardi 19 décembre, les parlementaires ont majoritairement voté en faveur d’une loi qui criminalise l’immigration et qui déshumanise celui qui n’est pas né au bon endroit, au bon moment, avec la bonne couleur de peau.
Avec cette loi, la France raciste a écrasé la France de la main tendue. Cela va à l’encontre de l’identité fondamentale de la Guyane, terre d'immigration et de multiethnicité.
Avec cette loi, la France oublie délibérément ceux qu’elle a un temps déportés, massacrés, esclavagisés. Elle oublie nos ancêtres, elle les relègue au rang de détail de l’Histoire. Car la Guyane et les territoires
dits d’outre-mer sont avant tout des vestiges de ce passé d’usurpation. Avec cette loi, la France passe au karcher le sang et la sueur de ceux qui ont contribué à la reconstruire de bas en haut après la Seconde Guerre Mondiale : des étrangers, des immigrés, des exilés.
En tant qu’Afro-amazonien, en tant que Guyanais, quelle fierté puis-je vraiment tirer de ma nationalité de Français maintenant que la France a choisi de faire du Noir, du Nègre, de mon frère, de ma fille, une
cible ?
Emmanuel Macron réhabilite le colbertisme et nous devrions nous taire devant une loi qui n’est qu’un nouveau code noir biberonné à l’idéologie crasse du grand remplacement ?
Face aux imbécilités et aux manipulations éhontées qui ont rythmé le cheminement de la procédure d’adoption de ce texte immonde, il y a des votes favorables que je ne m’explique pas.
Certains, pourtant, ont cédé aux sirènes mensongères du gouvernement en votant pour ce texte et en l’enrichissant de mesures stigmatisantes et attentatoires à la liberté et à la dignité des exilés. À ceux-là, qui ont connu comme moi, comme beaucoup trop de personnes racisées, les stigmatisations liées à la couleur de leur épiderme, j’aimerais leur demander : S’ils s’inquiètent de la vie de ceux qui n’avaient pas grand-chose hier mais qui demain n’auront rien ? S’inquiètent-ils des blessures et des atteintes répétées à la dignité que cette loi leur porte. S’inquiètent-ils des centaines de milliers d’enfants qui grandiront non pas avec un toit sur leur tête mais une épée de Damoclès ?
J’ai voté POUR la motion de rejet préalable de la NUPES car si la finalité de l’Assemblée nationale est de débattre, elle ne peut le faire lorsque le cadre et les termes du débat sont imposés par l’extrême droite.
J’ai voté POUR la motion de rejet préalable de la NUPES car la politique ne peut pas s’affranchir de l’arithmétique. Face à l’encanaillement des élus de la majorité macroniste, de la droite extrême des Républicains et de l’extrême droite du Rassemblement national, les dés étaient pipés d’avance.
J’ai voté CONTRE ce texte car il entérine le mythe de l’étranger chasseur d’allocations, il promeut le stéréotype de l’étranger voleur d’emploi, il conforte l’obsession raciale de ceux qui vomissent à travers ce texte de loi leur haine de l’Autre, leur rejet de celui qui ne leur ressemble pas, leur dégoût de celui qui n’a pas été touché à sa naissance par la blanche pureté.
J’ai voté CONTRE ce texte qui instaure, encore une fois, des mesures dérogatoires au droit commun dans nos territoires, et particulièrement en Guyane. Des mesures violentes qui ne vont absolument pas
dans le sens d’une meilleure intégration. Alors que des migrants s’entassent dans les rues de Cayenne et que des frustrations émergent au sein de la population, nous n’avons reçu qu’une fin de non-recevoir face à nos demandes :
Non à notre demande d’installation d’un centre d’accueil pour demandeurs d’asile, non à la mise en place d’un centre provisoire d’hébergement pour lutter contre les bidonvilles, non à la décentralisation des guichets uniques pour mettre fin à la concentration à Cayenne des dispositifs d’enregistrement des étrangers.
Non à une politique d’intégration, qui tende la main plutôt que le bâton.
En cette fin d’année, j’appelle de mes voeux les plus absolus que nos territoires ultramarins construisent et portent une parole politique forte pour contrer ceux qui distillent la suspicion et réveillent en nous nos pires instincts. Le racisme et la xénophobie sont contraires à l’histoire des territoires ultramarins.

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