Evolution statutaire: lentement mais sûrement ?
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POLITIQUE

Evolution statutaire: lentement mais sûrement ?

Samuel ZRALOS

Les élus impliqués dans la recherche d'un accord avec l'Etat français pour une autonomie guyanaise se sont réunis vendredi à Saint-Laurent du Maroni, pour un cinquième comité de pilotage, avant une rencontre avec Emmanuel Macron en septembre.

 Députés, élus de la CTG, militants historiques comme plus jeunes... Tout ce que la Guyane compte d'élus intéressés par l'évolution statutaire se pressait dans la salle du conseil de la mairie de Saint-Laurent ce vendredi, pour faire le point sur le document de travail proposé par l'assistance à la maîtrise d'ouvrage (AMO) du projet. Seuls quelques sièges, dont celui de Jérôme Harbourg, sont restés vides au fil des heures de débat.


La discussion a globalement été courtoise, voire apaisée, mais elle s'est également souvent perdue dans de longs apartés historiques, dans des rappels de négociations passées pourtant connues de toute l'assemblée. « Le travail est extrêmement lent », s'agace Anaelle Metzger, du MDES, « on est toujours sur la globalité, on ne rentre pas dans le vif du sujet ».

Si la militante reconnaît des avancées sur les « problèmes de formulation », à propos desquels tout le monde est vite tombé d'accord, tout comme une unité dans l'objectif recherché, il lui apparaît urgent de s'attaquer à la question de « comment gérer les compétences » que la Guyane entend arracher à l'hexagone.
Le 7 septembre arrive très vite

Surtout que l'Etat impose des délais courts, avec notamment une rencontre à Paris, aux côtés des autres territoires d'outre-mer engagés dans une démarche similaire, prévue dès le 7 septembre. Un potentiel piège, ont rappelé plusieurs élus au cours de la journée, persuadés que la présidence française n'attend qu'un prétexte (dissensions, proposition incomplète) pour faire échouer toute réforme tout en rejetant la faute sur les élus locaux. « On doit avoir réglé notre travail à temps pour ne pas lutter la fenêtre de tir de la réforme constitutionnelle » a entre autres souligné Jean-Victor Castor.

« On peut toujours être plus efficace, des points méritent plus de discussions, mais au moins ça avance », rassure Davy Rimane. Et pour aplanir un maximum les tensions, décision est prise dans l'après midi d'organiser un premier atelier mi-septembre sur les points bloquants, puis de lancer enfin les ateliers thématiques. Le prochain comité de pilotage est lui pré-calé pour le 7 octobre, sous réserve de la disponibilité de Gabriel Serville.
« Une négociation, pas un diner »

D'ici là, « par rapport à ce qu'on va dire » au chef de l'Etat, « on est prêts, non seulement sur l'évolution statutaire mais aussi sur la situation sanitaire », estime le néo-député de la seconde circonscription.

Le rendez-vous avec Emmanuel Macron se doit d'être « une négociation » et pas un simple dîner, renchérit Gabriel Serville, qui croit fortement à l'importance d'une démarche « unitaire », y compris avec les autres territoires, pour parvenir à une fin heureuse. Le président de la CTG défend une « co-construction avec le gouvernement » - il l'a répété à plusieurs reprises -, des « débats calmes, apaisés », mais n'entend surtout pas renoncer ou céder sur l'essentiel.
Serge Letchimy en soutien

C'est tout le sens de la présence en début d'après midi de Serge Letchimy, son homologue martiniquais, venu manifester son soutien. Le président du conseil exécutif de la Martinique insiste : si « chaque pays a ses propres démarches », ses propres besoins, la quasi totalité des territoires ultra-marins sont « arrivés à des limites constitutionnelles insupportables ». Pour lui, pas de doute, « la France est le dernier pays à n'avoir pas compris que les différences participent à l'universel. Qu'il y a besoin de plus de démocratie de proximité ». Alors ses territoires ne doivent « pas seulement discuter, mais revendiquer [leur] place dans la République ».