«Stupeur et indignation» : La CTG s'oppose au projet de Darmanin, pluie de réactions politiques
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"Stupeur et indignation" : La CTG s'oppose au projet de Darmanin, pluie de réactions politiques

Tristan DEREUDDRE
La CTG n'a pas été consultée par le ministre
La CTG n'a pas été consultée par le ministre • T.D.

La collectivité explique ne pas avoir été consultée par le ministre de la Justice au sujet des criminels et des personnes radicalisées venues de l'Hexagone.

Après le MDES, c'est au tour de la Collectivité territoriale de Guyane de s'opposer aux annonces de Gérald Darmanin. "La Guyane n'a pas vocation à accueillir les criminels et terroristes de la France hexagonale", titre le communiqué.

La CTG pas consultée

Lors de sa rencontre avec Jean-Paul Fereira, président par intérim de la CTG, le garde des sceaux a évoqué sa volonté de développer un quartier de haute sécurité (QHS) dédié aux têtes de réseaux des gangs et du narcotrafic en Guyane. Ce QHS s'intégrerait dans le cadre du projet de prison dans l'Ouest, prévu dans les accords de Guyane de 2017.

Mais la CTG n'a pas été consultée par Gérald Darmanin quant à l'opportunité d'enfermer les criminels et des personnes radicalisées venues de l'Hexagone : "C'est avec stupeur et indignation que les élus de la Collectivité ont découvert en même temps que toute la population de Guyane, les éléments détaillés dans le Journal Du Dimanche", indique le communiqué. 

"C'est dramatique pour l'image du territoire"

En déplacement en Hexagone pour promouvoir l'attractivité du territoire guyanais, Jean-Luc Le West, vice-président de la CTG et président du Comité de tourisme, a vécu cette annonce comme une douche froide. "C'est un profond manque de respect pour les Guyanais, pour les élus et pour la destination Guyane. Pour l'image de notre territoire, porte d'entrée en Amérique du Sud, c'est dramatique", nous confie-t-il.

Depuis l'annonce du ministre de la Justice, l'ensemble de la presse nationale reprend allègrement l'imaginaire colonial "d'enfer vert" de la Guyane. De nombreux médias relayent les informations erronées du JDD, qui parlent d'une "prison au cœur de la jungle amazonienne". Un mépris colossal pour Saint-Laurent et le territoire, qui résonne comme un coup de poignard pour Jean-Luc Le West : "Avec cette déclaration malheureuse, c'est quatre ans de boulot, d'engagement total, qu'on balance par la fenêtre, regrette-t-il, ému. C'est faire fi de toute la promotion que nous menons pour rendre le territoire attractif", poursuit-il. 

De nombreuses réactions des élus guyanais

La maire de Saint-Laurent, Sophie Charles, s'est adressée au ministre : "Lorsque la population s'est rendue dans les rues en 2017 pour réclamer une cité judiciaire dans l'Ouest, il était question de faciliter la vie pour les familles, pour les prisonniers qui étaient systématiquement mis soit en hexagone, soit à Cayenne et dont les familles étaient complètement brisées et démunies. Je rappelle que cet espace n'est pas le lieu où nous devons faire revenir des prisonniers déportés dans l'Ouest. Cette page de l'histoire est tournée et j'espère qu'elle ne reviendra pas", s'est elle exclamée. 

L'Association des maires de Guyane (AMG) déplore qu'aucune concertation préalable n’a été engagée avec les élus locaux. "La Guyane est évoquée comme un point de passage du narcotrafic, il ne saurait être question de réduire notre territoire à cette seule réalité, ni d’y voir un lieu où ce fléau s’enracinera et se développera". 

De son côté, le député de Guyane Jean-Victor Castor a adressé une lettre ouverte au premier ministre François Bayrou. Il dénonce une insulte à l'histoire de la Guyane, une provocation politique et une régression coloniale. "Faire de la Guyane un bagne 2.0 pour les narcotrafiquants, les fichés S et les terroristes, c’est faire le choix du mépris", écrit-il.

Le Sénateur Georges Patient a critiqué la stratégie électoraliste de Gérald Darmanin sur son compte X "Après ses propos révisionnistes de février 2023 sur l’esclavage, Darmanin fait de la surenchère politique avec « son bagne dans la jungle guyanaise ». NOUS, GUYANAIS, LUI DISONS NON. Mettez plutôt ces 429 millions sur le centre hospitalier de Guyane (CHU)". 

"Une reconstitution du bagne de très mauvais goût"

La CTG explique s'opposer "fermement à un projet carcéral qui consisterait à recevoir les détenus les plus dangereux de France, dans une reconstitution du bagne de très mauvais goût."

Une vision partagée par la présidente des Écologistes, Marine Tondelier : "La symbolique qui consiste à installer une prison en Guyane pour des non-Guyanais est extrêmement problématique. On voit bien la référence historique au bagne, on relègue les territoires d'outre-mer à l'une de leur assignation au moment de la colonisation : un emprisonnement qui se double d'une mise au banc géographique", a-t-elle déclaré ce matin sur RMC. 

Hasard du calendrier ou non, les annonces de Gérald Darmanin contrastent avec la possible entrée de Gaston Monnerville au Panthéon, lui qui a beaucoup œuvré pour la fermeture des bagnes.

 

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