Dégel du corps électoral en Kanaky, ça chauffe à l'Assemblée nationale
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

La radio 100% Caraïbes

Dégel du corps électoral en Kanaky, ça chauffe à l'Assemblée nationale

Gérôme GUITTEAU, g.guitteau@agmedias.fr

Lundi 18 mars, le gouvernement présentait devant les députés, le projet de loi organique reportant les élections du congrès et des assemblées de provinces en Nouvelle-Calédonie. « Quelle est la légitimité du Parlement français pour se prononcer sur cette question ? », demande le député Jean-Victor Castor.  « C'est au peuple de Nouvelle-Calédonie qu'il appartient de choisir comment déterminer son destin. Cela est régulièrement rappelé à la France par le comité spécial de décolonisation de l'ONU, » affirme-t-il.

Remise en cause des accords de Matignon 

« Le fait colonial en Kanaky remonte à cent soixante-dix ans. Les Kanaks n'ont jamais rien demandé. Les Français sont arrivés et ont occupé leur terre. Aucun peuple sur cette planète n'accepte qu'on vienne chez lui en disant qu'il est minoritaire et que c'est la démocratie. Aujourd'hui, en modifiant le calendrier électoral et en annonçant une loi constitutionnelle de dégel du corps électoral, le gouvernement français revient sur les fondements mêmes des accords de Matignon et de Nouméa. Ce passage en force compromet la poursuite des négociations et n'enrayera pas le processus vers l'indépendance qui est inéluctable », regrette l'élu indépendantiste.

 

Essentialisme ou pas essentialisme ?

En réponse, Darmanin a cherché à déplacer le débat vers des questions plus pragmatiques, arguant que la réforme proposée concernait la liste électorale spéciale provinciale et visait à garantir le droit de vote aux résidents de longue date de Nouvelle-Calédonie, quelle que soit leur origine ethnique. Il a également souligné les compromis déjà réalisés, citant le dégel du corps électoral sur dix ans conformément aux accords antérieurs. Cependant, Castor a réfuté cette vision. Il a critiqué le gouvernement pour son manque de considération envers les populations locales et pour son désir apparent de maintenir le statu quo colonial.

"Tant que l’archipel est sur la voie de la décolonisation, l’évolution du corps électoral ne peut se faire que dans le consensus. C’est la raison pour laquelle notre groupe regrette le choix de lier report des élections et dégel du corps électoral, car cela est une manière de préempter le débat. Personne ne peut ignorer que ce dégel aurait des effets sensibles sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, la préservation de l’identité kanak, la construction d’une citoyenneté calédonienne et les efforts de rééquilibrage politique des dernières décennies. Toute évolution nécessite au préalable un accord local sans lequel de très fortes tensions pourraient ressurgir dans le territoire. La liberté de vote est de mise au groupe LIOT mais, pour ma part, j’appelle à rejeter le texte du gouvernement", a déclaré Max Mathiasin, député guadeloupéen du groupe Liot, avant de citer Frantz Fanon : « Pour le peuple colonisé, la valeur la plus essentielle, parce que la plus concrète, c’est d’abord la terre : la terre qui doit assurer le pain et, bien sûr, la dignité. »

Le projet de loi a été adopté finalement par une large majorité sur 104 votants, 71 étaient pour le report et 31 contre. On peut s'étonner du non vote, même avec procuration, de Davy Rimane et des autres élus ultramarins du groupe GDR. Seuls Castor et Maillot de la Réunion ont voté contre.

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger