Venezuela: Alex Saab, de vendeur de porte-clés à monnaie d'échange diplomatique
Expulsé samedi vers les Etats-Unis, Alex Saab, Colombien d'origine libanaise, jadis homme-clé du pouvoir au Venezuela et proche du président déchu Nicolas Maduro, est devenu un des enjeux récurrents des relations entre les deux pays.
Ministre sous Maduro, il a été mis à l'écart par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, arrivée au pouvoir après la capture de Maduro le 3 janvier par l'armée américaine.
Considéré comme un intermédiaire-clé du chavisme à l'international, Alex Saab avait été arrêté en 2020 au Cap-Vert puis extradé aux Etats-Unis, dont les autorités l'accusaient d'avoir mis en place un système de détournement d'aide alimentaire au profit de M. Maduro et de son gouvernement. Il avait été échangé contre des prisonniers américains en décembre 2023.
Pour ses détracteurs, il est l'homme de paille affairiste de Maduro. Ses soutiens voient au contraire en lui un serviteur dévoué du chavisme et un intermédiaire ingénieux, qualités qui lui avaient valu la nationalité vénézuélienne et un passeport diplomatique.
Soupçonné par les Etats-Unis de tirer les ficelles d'un vaste réseau qui aurait permis à Nicolas Maduro et aux membres du pouvoir de détourner à leur profit de l'aide alimentaire, Alex Saab a été inculpé en juillet 2019 à Miami. Avec son associé Alvaro Pulido, il était accusé d'avoir transféré 350 millions de dollars (285 millions d'euros) hors du Venezuela sur des comptes étrangers. Il encourait 20 ans de prison.
En juin 2020, M. Saab était interpellé lors d'une escale technique de son jet privé au Cap-Vert, puis extradé aux Etats-Unis après 16 mois d'une bataille diplomatico-judiciaire acharnée. Caracas avait réclamé sa libération à cor et à cri, faisant placarder à travers le Venezuela des inscriptions comme "Liberté pour le diplomate Alex Saab" ou créant le hashtag #FreeAlexSaab sur les réseaux sociaux.
"Jamais le chavisme ne s'était autant démené pour quelqu'un. Qu'est-ce qui explique qu'on remue ciel et terre pour lui?" s'interrogeait à l'époque de son extradition Roberto Deniz, journaliste d'Armando.info et spécialiste du dossier.
"Il est évident qu'il y a beaucoup de peur. Il peut révéler des choses sur les montages, la circulation des fonds, les surcoûts... C'était la cheville ouvrière des affaires du régime Maduro avec les pays alliés", ajoutait M. Deniz.
Essence iranienne et système italien
Fils d'un entrepreneur libanais à Barranquilla (nord-est de la Colombie), Alex Saab, 54 ans, a commencé par vendre des porte-clés avant de se lancer avec succès dans le textile.
"Guidé par son esprit d'entrepreneur cosmopolite, il cherche à dépasser les frontières" et se rend au Venezuela, attiré par "le secteur de la construction", raconte sur YouTube la série "Alex Saab, agent anti-blocus", version très officielle de sa vie.
Selon cette série, M. Saab a obtenu son premier contrat au Venezuela en 2011. Sur les images, on découvre l'homme d'affaires alors dans la trentaine, arborant une queue-de-cheval, signant au Palais présidentiel de Miraflores une "alliance stratégique" pour des "kits de constructions pour des logements sociaux".
A l'époque, le président est Hugo Chavez. Nicolas Maduro est ministre des Affaires étrangères.
"J'ai proposé un système italien de construction. Après un an de travail et de porte-à-porte, on a réussi à entrer et ouvrir une usine", raconte Alex Saab au journal El Tiempo en 2017.
Sous la présidence Maduro, Saab connaît une foudroyante ascension pour devenir un "ministre plénipotentiaire de l'ombre", estime Roberto Deniz.
Selon sa chaîne YouTube, après "d'importants" succès commerciaux, Alex Saab se convertit en 2018 en "un fonctionnaire public" envoyé en "mission" pour acquérir en Russie et en Iran --deux importants alliés du Venezuela-- des "aliments, des médicaments et des produits pour les raffineries".
Alex Saab est notamment un des artisans de la spectaculaire et paradoxale "route iranienne" qui a vu l'Iran approvisionner en carburant, grâce à des tankers, un Venezuela aux immenses réserves pétrolières mais frappé de plein fouet par les sanctions américaines.
Son retour au Venezuela en decembre 2023, après presque trois ans de détention aux Etats-Unis, avait été retransmis en direct à la télévision publique et fêté comme une victoire diplomatique. Il risque désormais un nouveau séjour dans le système carcéral américain, à l'instar de son ancien allié Maduro.
jt-pgf/roc

La radio 100% Caraïbes

- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters