Toujours des blocages au lendemain de la cinquième journée de mobilisation lycéenne
"Un moment charnière": des lycées et universités sont encore bloqués mercredi à trois jours des vacances scolaires, sur lesquelles le gouvernement mise pour faire retomber le mouvement, mais les organisateurs appellent à poursuivre, avec, comme nouveau temps fort, la participation aux actions des "gilets jaunes" prévues samedi.
"Il devrait y avoir un peu moins de 200 lycées fermés" ce mercredi, sur 3.700, "soit près de 4% des établissements qui sont encore fermés", a indiqué le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray sur BFMTV.
Après une cinquième journée de mobilisation massive mardi, qui a réuni entre 161.500 manifestants (selon l'Intérieur) et 480.000 (selon l'intersyndicale de la jeunesse) en France, pour réclamer plus de moyens pour l'Education nationale et l'Enseignement supérieur, des établissements sont notamment bloqués à Paris, dont les lycées Voltaire, Hélène-Boucher, et la cité scolaire Balzac, a constaté l'AFP.
Dans le Rhône, la préfecture recense des rassemblements devant onze lycées et l’université Lyon 3, pour certains "calmes", même si les autorités signalent ailleurs des "jets de projectiles et tirs de mortiers" d'artifice. Plusieurs universités, comme Lyon 2 ou la faculté de droit et de science politique de Rennes, entre autres, restent fermées pour la semaine.
Devant le lycée Ampère à Lyon, des policiers ont empêché dès 06H00 un blocage. "Les CRS contrôlent tout le monde au bout de la rue, ils contrôlent les pancartes et les sacs", a déploré Corentin, élève de terminale. Le lycée Algoud-Laffernas à Valence (Drôme) a lui repris les cours en distanciel, après l'incendie de son portail et des bris de vitres mardi, selon la préfecture.
À Bordeaux, un incendie de poubelles, devant le lycée La Ruche, s’est propagé à la façade et au rez-de-chaussée, a indiqué la police, qui signale aussi, au pôle universitaire Jules Verne d'Amiens, "une soixantaine de personnes" qui ont "forcé l’entrée et se sont barricadés à l’intérieur".
Douze lycées publics sont aussi fermés en Gironde, selon le rectorat.
"Choses concrètes" ?
Deux récits s'affrontent cette semaine: le gouvernement dit constater un essoufflement du mouvement, à l'approche des vacances de la Toussaint, démenti par les syndicats lycéens et étudiants qui ne veulent "rien lâcher".
Les représentants des lycéens rencontrent jeudi à 17H30, Édouard Geffray et son homologue à l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste.
"On va voir s'ils vont nous annoncer, une bonne fois pour toutes, des choses concrètes, parce que jusqu'ici, on n'a eu que des miettes", a jugé mercredi matin sur franceinfo Pierre Sourzat, président de l'organisation Les Lycéens !. "Aujourd'hui est un moment charnière!", a-t-il estimé.
Les manifestants réclament un investissement massif de 10 milliards d'euros.
Édouard Geffray a de nouveau promis mercredi d'apporter "des réponses" aux lycéens, après avoir reçu déjà plus de 90.000 contributions sur la plateforme de concertation en ligne.
Dans le cadre de son plan d'urgence de remplacements de professeurs, "170 contractuels ont été recrutés par les académies sur la base de l'autorisation des 920 que je leur ai donnée", a-t-il affirmé à l'Assemblée nationale mercredi. Parallèlement, environ 2.000 professeurs remplaçants (TZR) ont été affectés depuis vendredi, selon le ministère.
Par la voix de son président Ryad Rani, l'Union syndicale des lycéens appelle à poursuivre les blocages et à rejoindre, samedi, la manifestation des "gilets jaunes" contre "la vie chère". "Le mouvement s'intensifie, il y a une vraie convergence et on s'en réjouit".
Les lycéens interrogés par l'AFP mercredi matin apparaissaient partagés sur la suite.
À Strasbourg, les cours ont repris dans une partie des établissements comme au lycée Kléber, théâtre d'affrontements ces dernières semaines. "On a obtenu des choses, des profs remplaçants, on n'a pas protesté pour rien", juge auprès de l'AFP Bilel, 15 ans, qui n'ira "pas manifester samedi" car "c'est trop dangereux".
"Il y a encore de la colère, mais globalement on veut que les choses se calment maintenant", a estimé Marie, 17 ans, qui a toutefois "du mal à digérer" la "violence de la police", et "pense aller manifester samedi", même si elle a "un peu peur".
Trente-six enquêtes ont été ouvertes par la police des polices. Mardi, un policier a été mis en examen pour "violences aggravées" après qu'un lycéen a été éborgné lors d'un blocage à Tours.
Les proviseurs ont annoncé, par la voix de leur principal syndicat, le SNPDEN-Unsa, une "opération rideaux" à partir de 13h00 jeudi, après l'envoi d'une "alerte sociale" au ministre, ce qui "peut permettre d'aller jusqu'à un droit de retrait".
"Même si c'est symbolique, fermer la porte, arrêter de répondre aux sollicitations, c'est, de la part de notre profession, inhabituel et vise à marquer notre ras le bol", a insisté auprès de l'AFP, le secrétaire national Olivier Beaufrère, évoquant des personnels "laminés".
À ce jour, "148 personnels de l'Education nationale ont été blessés dans le cadre de ce mouvement", a indiqué mercredi Édouard Geffray.
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