Taxe sur les produits sucrés: le gouvernement ouvre la porte, les industriels s'alarment
Une taxe sur les produits sucrés est "sur la table" pour le budget 2027 au nom de la lutte contre l'obésité, a indiqué mercredi le ministre du Commerce Serge Papin, insistant sur l'enjeu sanitaire mais provoquant l'ire des industriels et des confiseurs qui prédisent une facture accrue pour les acheteurs.
A la fin, "ce sont les consommateurs qui vont payer", a avancé sur RMC mercredi le président de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania) Jean-François Loiseau, selon lequel cette taxe pourrait aussi viser beaucoup de produits typiques des boulangeries françaises.
La filière avait déjà fait bloc à l'automne 2025 quand des députés avaient tenté d'instaurer une taxe comparable, des fabricants de chocolats, confiseries et biscuits à la Fédération des entreprises de boulangerie (FEB).
Même levée de bouclier mardi. La FEB voit dans ce projet "un coup de poignard dans le dos", alors que ses entreprises "travaillent à un accord collectif de réduction du sucre dans les pâtisseries et les viennoiseries", selon un communiqué.
Quant aux syndicats du Chocolat, des Confiseurs de France, et des Biscuits, gâteaux et panification de France, ils qualifient cette hypothèse de "faute économique, industrielle et territoriale", qui frapperaient des "entreprises, souvent familiales et implantées dans nos territoires".
Serge Papin, longtemps dirigeant du groupement de distribution Système U avant d'entrer au gouvernement en octobre 2025, a argué mercredi sur LCI d'un "enjeu" sanitaire, car "il y a trop d'obésité" et de "diabète": "aujourd'hui, un gamin de 9 ans a mangé autant de sucres (...) que son grand-père qui a vécu toute une vie", a illustré le ministre.
200 millions de recettes
"Quand 80% des enfants dépassent déjà les apports recommandés en sucres, la prévention ne peut pas se limiter à des messages: il faut aussi agir sur l'offre alimentaire", a plaidé de son côté le cabinet de la ministre de la Santé auprès de la presse.
Le gouvernement veut "tenir les deux bouts: mieux prendre en charge les personnes qui vivent déjà avec l'obésité, notamment avec le remboursement de nouveaux traitements lorsqu'ils sont médicalement indiqués, et agir en amont pour éviter que toujours plus de Français ne développent demain une obésité, un diabète ou une maladie cardiovasculaire", selon la même source.
Selon Les Echos, la taxe envisagée par le gouvernement serait inscrite dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 et viserait certains produits transformés au-delà d'un seuil de sucre encore inconnu.
Le gouvernement en attendrait 200 millions d'euros de recettes, toujours selon le quotidien, montant déjà avancé par des députés dans des amendements déposés à l'automne 2025.
Le gouvernement s'était alors opposé à une telle taxe après l'adoption en commission à l'Assemblée d'un amendement de députés du camp présidentiel taxant de 4 à 35 euros par quintal les produits transformés sucrés.
La ministre de la Santé Stéphanie Rist avait rendu un avis défavorable, considérant que d'autres leviers pouvaient permettre d'atteindre les objectifs sanitaires, comme des accords avec les industriels.
Enjeu sanitaire ou fiscal?
Mais un an plus tard, l'équation budgétaire s'est encore compliquée pour le gouvernement, qui veut diviser quasiment par deux le déficit de la Sécurité sociale en 2027, pour le ramener à 12-13 milliards, et cherche de nouvelles recettes susceptibles d'être adoptées par une Assemblée nationale où il ne dispose pas de majorité.
Pour leurs détracteurs, le rendement fiscal de ces taxes peut entrer en tension avec leur objectif sanitaire.
"Tant que l'on a des taxes comportementales qui apportent du rendement, cela veut dire qu'elles ne fonctionnent pas" pour réduire la consommation de sucres, affirmait ainsi en 2024 la sénatrice centriste Elisabeth Doineau, défendant alors une nette augmentation de la taxe dite "soda".
La taxe "soda", qui vise les boissons avec du sucre ajouté ou des édulcorants de synthèse, est pour l'heure le seul exemple de fiscalité "nutritionnelle" en France.
Autre argument invoqué contre une taxe sur les produits sucrés: elle pourrait créer une double peine pour les ménages en difficulté, proportionnellement plus touchés par l'obésité.
En France, 18% des adultes (près de 10 millions de personnes) sont touchés par l'obésité, et jusqu'à 25% chez ceux déclarant des difficultés économiques, selon une étude en 2024 de la Ligue nationale contre l'obésité.
Le projet de budget 2027 de la Sécurité sociale sera présenté jeudi en Conseil des ministres.
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