Narcotrafic: Félix Bingui, chef présumé du clan Yoda, condamné à 12 ans de prison
Le narcotrafiquant marseillais Félix Bingui, chef présumé du clan Yoda, a été condamné vendredi à 12 ans de prison pour avoir géré l'un des plus juteux points de deal de Marseille avant d'être défait par la DZ Mafia au terme d'une guerre sanglante.
Après trois semaines de procès, le tribunal correctionnel de Marseille qui jugeait "Féfé" alias "Le Chat" et 19 autres membres présumés du gang déchu, a également infligé une peine de 9 ans de prison à son "bras droit", Mohamed Hussein Saleh, absent à la lecture du délibéré.
Ces peines sont sensiblement inférieures aux réquisitions du parquet, qui avait réclamé 16 ans de prison contre M. Bingui, âgé de 35 ans, et 12 ans contre Mohamed Hussein Saleh. Ce dernier, qui comparaissait libre, n'a pas l'intention de se soustraire à la justice mais voulait "se préparer" à son incarcération, selon son avocat Me Gaétan Poitevin
Le tribunal a également renoncé à la période de sûreté des deux tiers demandées par le ministère public.
Jugé pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment, le tout en récidive légale, Bingui, extradé par le Maroc en janvier 2025 et que le ministre de la Justice Gérald Darmanin avait alors présenté comme "un des plus gros narcotrafiquants du pays", encourait 20 ans de prison.
Les avocats, qui avaient dénoncé des réquisitions "disproportionnées", voire "politiques", ont salué la décision du tribunal.
"C'est un bijou d'avoir des juges indépendants des pressions politiques, des pressions parfois du ministère public", a réagi l'avocat de Félix Bingui, Me Philippe Ohayon.
Alors qu'on pouvait craindre, selon lui, un jugement "sous influence politique (...) ce tribunal a donné une réponse très claire. Il est totalement indépendant, comme la quasi-totalité des juges de France", s'est-il félicité.
"Profits colossaux"
Pour l'accusation, ce sont "des quantités astronomiques de drogues proposées à la population marseillaise, des sommes astronomiques qui génèrent des profits colossaux par des circuits organisés" que le chef présumé du clan Yoda et sa bande ont écoulé.
"Les enquêteurs ont travaillé des mois pour atteindre les chefs de réseau", avait encore souligné le ministère public dans son réquisitoire.
Pendant deux ans, d'août 2021 à juin 2023, les enquêteurs avaient surveillé, écouté, suivi les prévenus, mis en cause dans la gestion de plusieurs points de vente des quartiers Nord, principalement celui de "La Fontaine", situé à l'entrée de la cité de la Paternelle et considéré à l'époque comme l'un des plus profitables de Marseille.
Les trafics de cette cité, qui généraient des dizaines de milliers d'euros de chiffre d'affaires quotidien, ont été début 2023 au cœur de la guerre de territoires entre le gang des Yoda et la future DZ Mafia, qui a pris le dessus au bout de plusieurs mois et au prix de dizaines de morts et de blessés à Marseille.
Très concentré tout au long des trois semaines d'audiences, Bingui, crâne rasé, carrure imposante et qui compte 13 inscriptions à son casier judiciaire, avait nié toute implication dans le trafic, affirmant être installé depuis 2021 à l'étranger, d'abord en Espagne, puis aux Emirats et enfin au Maroc.
Son train de vie dispendieux entre vols en classe affaires et séjours en hôtels de luxe se justifiait, selon lui, par son "don" pour les paris sportifs, et sa réussite au poker ou à la "barboute" (dés).
D'autres prévenus - convoyeurs, ravitailleurs ou conditionneurs - avaient reconnu les faits qui leur étaient reprochés, tout en minimisant leur rôle dans le réseau, baptisé Yoda en raison du célèbre personnage de Star Wars qui orne une des fresques murales de leur fief du 14e arrondissement. Ils avaient aussi refusé d'en identifier les chefs.
La plupart comparaissaient libres et les peines les concernant vont jusqu'à six ans de prison. Le tribunal a aussi prononcé quatre relaxes.
Outre les 12 ans de prison, Bingui a aussi été condamné à une amende de 200.000 euros et s'est vu confisquer un appartement à Dubaï.
Considéré par les enquêteurs comme le "grand gérant" des points de vente du réseau, Zine Eddine Belkai, en fuite, a été condamné à 8 ans de prison.
alc-vid/smk/abl

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