En grande difficulté, le groupe GiFi placé en redressement judiciaire
Après une "dégradation brutale" de son activité durant l'été, le groupe GiFi, dont les magasins emploient 6.000 personnes en France, a été placé mardi, à sa demande, en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse, suscitant une grande inquiétude au sein du personnel.
Selon la décision consultée par l'AFP, le tribunal ordonne une période d'observation de six mois pour le groupe français.
Il lui donne rendez-vous le 8 janvier pour une nouvelle audience visant à "déterminer si l'entreprise dispose des capacités financières suffisantes à sa poursuite d'activité et le maintien de la période d'observation".
"On est assez dégoûtés, inquiets. Maintenant, la question est de savoir comment la procédure va se passer: en discussion avec les organisations syndicales ou de façon unilatérale?", a confié mardi à l'AFP Emmanuel Selves, représentant syndical CFTC.
"Mal-être total"
"Les salariés sont écœurés, dans un état de mal-être total", a-t-il poursuivi par téléphone depuis le siège de GiFi, où quelque 630 personnes sont employées à Villeneuve-sur-Lot, dans un département du Lot-et-Garonne où "l'activité économique est déjà assez ravagée".
Un CSE (Comité social et économique) extraordinaire, convoqué par la direction, doit avoir lieu mercredi à 9h00, a-t-il indiqué.
Les problèmes de l'enseigne, spécialisée dans les produits pour la maison à petits prix, ont commencé avec un changement de logiciel de gestion interne raté depuis 2023. "La mise en place d'un nouveau système d'information intégré (ERP) a fortement perturbé le pilotage des achats, la gestion des stocks et des approvisionnements des magasins, avec des répercussions directes et durables sur le chiffre d'affaires du groupe", résume le tribunal dans sa décision.
S'y est ajoutée la concurrence d'autres magasins (Action, Maxibazar) ou de plateformes internet, comme le chinois Temu, ainsi que "des conditions météorologiques défavorables à compter d'avril 2024 (qui ont) pénalisé les ventes de produits saisonniers représentant environ la moitié du chiffre d'affaires du groupe", poursuivent les magistrats.
En 2025, l'enseigne, fondée par Philippe Ginestet en 1981, avait envisagé de réduire de 5% ses effectifs, avant d'interrompre ce plan social. Elle a ensuite décidé de céder une trentaine de magasins au distributeur alimentaire Grand Frais, sur les plus de 500 qu'elle compte.
"Protéger un maximum de salariés"
Ces difficultés ont fait plonger les finances du groupe dans le rouge: l'Ebitda consolidé (excédent brut d'exploitation, un indicateur de rentabilité), attendu à 9 millions d'euros pour 2025, est ressorti à -100 M EUR en 2025, selon la décision du tribunal.
Après des "progrès opérationnels sensibles" au premier semestre 2026, une "dégradation brutale de l'activité" en juillet et août a conduit à réviser l'Ebitda attendu pour l'exercice en cours à -58,8 M EUR, avec un besoin de trésorerie non couvert estimé entre 25 et 30 millions à compter d'octobre pour une durée d'environ 10 semaines. Deux pistes envisagées pour combler ce manque "n'ont pu aboutir dans les délais requis".
"Le marché s'est nettement dégradé au cours de l'été et GiFi n'a pas été épargnée (...) Pour protéger l'entreprise et poursuivre son activité, nous avons décidé (...) de solliciter l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire auprès du tribunal compétent", avait annoncé mi-octobre aux salariés le nouveau président du directoire de GiFi, Patrick Puy, dans une lettre consultée par l'AFP.
La procédure ouverte mardi "donne à GiFi le temps et le cadre nécessaires pour poursuivre son activité, au moment le plus important de son année commerciale, et pour construire son avenir avec l'ensemble de ses partenaires. Notre priorité est de protéger un maximum de salariés", a réagi dans un communiqué cet énième dirigeant nommé à la tête du groupe depuis deux ans.
"Les magasins restent ouverts et les équipes sont pleinement mobilisées sur les temps forts commerciaux de fin d'année. La direction reste en fonctions" aux côtés des administrateurs et mandataires judiciaires, a ajouté cette dernière.
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