Guy Dufond, figure de l'anticolonialisme martiniquais, s'en est allé
Guy Dufond est décédé ce jeudi (2 octobre). Militant de la première heure, enseignant, sa vie a été consacrée aux luttes sociales et politiques de son pays, la Martinique chevillée au corps.
Guy Dufond, grande figure du mouvement anticolonialiste martiniquais, est décédé ce jeudi (2 octobre) à l'âge de 94 ans. Né en 1931 dans une famille de petits fonctionnaires, il était originaire de Saint-Pierre par son père. Toute sa vie a été consacrée aux luttes sociales et politiques de son pays.
En octobre 1957, il commence à enseigner au lycée Schoelcher comme maître auxiliaire de lettres. Mais en 1961, pour des raisons politiques, il est révoqué. Réintégré seulement en 1975, sans indemnité ni rappel, il enseigne jusqu'à sa retraite en 1997. Son domicile du 3 avenue Jean-Jaurès, aux Terres-Sainville, a toujours été un lieu de passage et de réflexion, une maison ouverte à la jeunesse militante et aux débats pour la Martinique.
Un goût familial pour la lutte
L'engagement de Guy Dufond plongeait ses racines dans son histoire familiale. Un de ses aïeuls avait pris part à un complot d'esclaves, dénoncé puis déporté. Son père, Roger Dufond, s'était rapproché dans les années 1920 des fondateurs du mouvement communiste martiniquais. Lui-même, adolescent, participait déjà à des actions populaires contre le régime de l'amiral Robert. En 1949, il découvre le marxisme, puis part à Paris poursuivre ses études. Étudiant, il est arrêté après une manifestation, enfermé trois jours au Carreau du Temple, blessé par un coup de crosse de CRS.
Dans les années 1950, il adhère au Parti communiste français et à l'Association des étudiants martiniquais de Paris, où il devient responsable des relations extérieures. Il y soutient activement les luttes des patriotes vietnamiens et algériens. Fiché par les Renseignements généraux, il revient en Martinique en 1957, pour échapper à la conscription coloniale. Trois ans plus tard, il refuse une affectation dans l'Hexagone et sera révoqué.
L'affaire de l'Ojam
Les années 1960 marquent son nom dans l'histoire. En 1962, il participe à la fondation de l'Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique (OJAM), connue pour son manifeste "La Martinique aux Martiniquais", placardé sur les murs de l'île en décembre. C'est alors que l'État réplique : arrestations de 18 jeunes martiniquais, transferts clandestins à Paris, détentions à Fresnes, procès politique. Dans "150 grands témoins de la Martinique" (France-Antilles, vol. 2), il raconte : "Nous avons été transférés clandestinement en pleine nuit à Paris, tellement le pouvoir craignait des troubles graves dans le pays. Comme détenus politiques en France, nous avons mis en avant tout ce qui pouvait nous unir, c'est-à-dire la lutte contre le colonialisme français, par-dessus tout ce qui pouvait nous différencier". De nouveau emprisonné en 1965, après des affrontements de Sainte-Thérèse entre des gardes mobiles et la population, il expliquait, dans ce même ouvrage : "Le pouvoir a essayé de justifier mon emprisonnement par le témoignage d'un déficient mental. Mais l'opinion publique était tellement agitée et indignée que, au bout de quelques semaines, j'ai été libéré. Ainsi qu'Abel Théotiste, instituteur".
"L'étape de la libération nationale"
Toute sa vie, Guy Dufond a défendu une ligne claire, qu'il résumait ainsi : "Dans un pays colonial, la lutte des classes doit intégrer l'étape de la libération nationale." Une conviction qui n'a pas toujours trouvé d'écho au sein du Parti communiste martiniquais, jusqu'à ses déchirements des années 1980 et la naissance du PKLS, dont il est l'un des fondateurs.
Militant infatigable, plusieurs fois emprisonné, Guy Dufond laisse derrière lui le témoignage d'une vie entière consacrée à la lutte contre l'oppression coloniale et pour l'émancipation des Martiniquais. Sa parole, conservée dans "150 grands témoins de la Martinique", résonnera encore longtemps comme celle d'un homme qui n'a jamais cédé sur ses convictions.

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