Un drame qui unit les deux rives : le récit d'une proche des familles endeuillées de Paradis
C'étaient trois familles de Paradis, liées par des couples, des enfants, l'amitié. Dimanche, leur pirogue a chaviré sur le Maroni. Huit ont survécu, sept corps ont été retrouvés.
Paradis, c'est un quartier du village Paddock, au bord du fleuve, à Saint-Laurent. Pour nombre de ses habitants, une partie de la famille demeure en face, dans l'un des villages de la rive surinamaise : Bamboesi, Tapoekoe, Pierre Kondre.
Parmi les 15 passagers, certains étaient nés au Suriname ; tous sont français. L'une des femmes avait perdu son beau-père, de l'autre côté de l'eau, à Bamboesi. "Ils y étaient tous allés ce week-end, pour l'inhumation, puis la veillée," raconte Sharon Voorthuizen, membre de la famille et adjointe au maire de Saint-Laurent.
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Une vague, la pirogue chavire
Dimanche, vers 19 heures, le nettoyage terminé, ils embarquent sur une pirogue en aluminium. Ils étaient 15. Le pilote est expérimenté. C'est un pêcheur et un bon nageur. À une centaine de mètres de la rive, une rafale, des vagues… La pirogue chavire. La panique. Tous tentent désespérément de se sauver les uns les autres. Le pilote cherche sa compagne qui ne sait pas nager ; une autre ses deux fils… Les vagues les éloignent, l'averse se déchaîne. Un piroguier passe à proximité. Il donne l'alerte sur la berge surinamaise.
Les secours lancent les recherches des deux côtés du fleuve : pompiers, gendarmerie, PAF et police surinamaise. Sur les deux rives, des habitants se mobilisent spontanément, en pirogue et en jet-ski.
Le soir même, trois corps sont retrouvés sans vie : ceux d'un garçon de 2 ans, celui d'un homme et celui de la compagne du pilote.
Au moment du drame, Sullivan dit " Sucre " joue à la console. Entre deux parties, il apprend le chavirage de la pirogue par les réseaux sociaux. Parmi les victimes, il en connaît : il jouait au foot avec les uns, était allé à l'école avec d'autres.
Ni une ni deux, il mobilise ses camarades de jet-ski de Saint-Laurent pour rechercher d'éventuels survivants. " On est partis à quatre jet-skis, on a zoné jusqu'à 3 heures du matin, sans succès. On a remis ça lundi de 8 heures à 18 heures, partout : Galibi, Yalimapo, tous les villages amérindiens, toutes les îles. On a utilisé des drones, on a sillonné le Maroni… "
Il souligne la mobilisation de tous : PAF, gendarmes, police du Suriname, habitants de Paddock et des deux rives. " Il n'y a pas de mots. Quand tu perds plusieurs membres de ta famille d'un coup… Je ne le souhaite à personne. "
Huit survivants sont hospitalisés : M., sa sœur, son frère, sa grand-mère, un jeune couple, un cousin et un oncle. Deux sont restés vingt-quatre heures à l'hôpital, sous surveillance. Ils en sont sortis hier soir.
Une veillée à décider
Ce mardi matin, trois autres corps sont retrouvés : ceux d'un collégien, du pilote et de son oncle. Vers 14 h 15, les pirogues des familles et des proches convergent vers la rive : le corps de leur neveu, 12 ans, est ramené, escorté par la PAF et la gendarmerie.
Les survivants sont sous le choc.
Au conseil municipal, les élus, qui se sont relayés sur la rive et à Paradis, sont, eux aussi, sous le choc. La maire Sophie Charles fait respecter une minute de silence. Elle annonce que la Ville prendra en charge les frais de veillée et d'inhumation de toutes les victimes. Les corps sont envoyés à Cayenne pour autopsie. Les familles vont décider d'un lieu pour la grande veillée.
Des soins psychologiques proposés par le Chog
" Une cellule d'urgence médico-psychologique a été mise en place pour accompagner les victimes, les proches et les témoins, avec des points d'accueil proches du drame et au sein du village dont sont originaires les victimes ", précise Ninon Gauthier, directrice du Chog. Est également proposé " un soutien psychologique aux victimes à domicile si elles le souhaitent ".

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