Lorsque vous repensez à cette journée du 21
novembre 2020, quel est l'image ou le ressenti qui vous revient en
premier ?
C'est une sensation bizarre de sidération qui
me revient presque en boucle quand je repense au jour de mon
agression. Les cris, les coups, les odeurs de lacrymogène, le goût
du sang qui coule sur mon visage... tout se passe presque au
ralenti, avec la sensation que je n'ai rien à voir avec ce qui est
en train de m'arriver.
Cinq ans après les faits, alors que le procès
n'a toujours pas eu lieu, comment vivez-vous cette attente et que
révèle-t-elle, selon vous, du fonctionnement de la justice dans ce
type d'affaires ?
L'attente se vit comme un long chemin de
croix. Dans mon cas, ces agents ont avoué une bonne partie de leurs
actes, ce qui rend la situation encore plus incompréhensible. Plus
le temps passe, plus les gens se détachent un peu. Certaines
personnes pensent même que mon affaire a été classée. Que ce soit
intentionnel ou non, j'ai le sentiment que cette lenteur joue
plutôt en faveur de mes agresseurs.
Les juges n'ont pas retenu la circonstance
aggravante de racisme, mettant en avant l'absence de preuves
suffisantes. Comment réagissez-vous face à cette décision et
qu'est-ce qu'elle représente pour vous, sur le plan personnel
comme symbolique ?
La justice a été assez sourcilleuse, je
trouve, pour éliminer cette circonstance aggravante. Je n'ai
pourtant jamais varié dans mon témoignage. J'ai subi un torrent
d'insultes racistes qui m'a beaucoup marqué. Ce qu'on peut
regretter, c'est que la parole d'individus dont les procès-verbaux
ont été battus en brèche à trois reprises continue à être prise
très au sérieux par la justice.
La Défenseure des droits est intervenue avec
une analyse très critique des pratiques policières en...
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