« Je veux qu'on me rende mes petits-enfants! »
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CAYENNE

« Je veux qu'on me rende mes petits-enfants! »

R.F.
Marlène King (en blanc), la grand-mère des deux enfants empoisonnés au paraquat par leur mère, attend impatiemment que le tribunal lui reconfie leur garde. (HG)
Marlène King (en blanc), la grand-mère des deux enfants empoisonnés au paraquat par leur mère, attend impatiemment que le tribunal lui reconfie leur garde. (HG)

Le 10 juillet, la cité Eau Lisette vivait un terrible fait-divers : deux enfants de 5 et 8 ans étaient empoisonnés par leur mère, décédée depuis. Les enfants, sauvés, sont toujours à l'hôpital. Leur grand-mère se bat pour les récupérer. Témoignage.

« Lorsque je suis arrivée à l'hôpital et que j'ai vu mes petits-enfants qui mouraient de l'intérieur, à cause de ce produit qui les rongeait, je ne peux pas décrire ce que j'ai ressenti. » Ce mois de juillet 2014, Marlène King ne l'oubliera jamais.
Le jeudi 10, sa fille, Chirragie Elke Valentijn - alias Moeke - ingurgite une dose de paraquat (un pesticide hautement toxique), puis en donne à ses deux petits garçons de 5 et 8 ans. Elle ne survit pas. Les enfants, eux, sont miraculeusement sauvés (lire notre édition du 19 juillet).
« Jamais je ne me serais doutée de ce qu'elle ferait. Je lui en veux énormément. D'abord, de m'avoir désobéi et surtout d'avoir joué avec la vie de ses propres enfants. »
ELLE S'ENFUIT AVEC LES ENFANTS ET N'EST PAS CONTRÔLÉE À IRACOUBO
En ce début juillet, Marlène doit se rendre au mariage d'une de ses filles en Angleterre. Moeke est alcoolique, « accro à la bière et au rhum » , et psychiatriquement instable. « J'avais la responsabilité légale de ma défunte fille et de mes petits-enfants. J'ai décidé de les confier à mon frère, le temps du voyage. Je les ai conduits dans notre village natal au Suriname et j'ai laissé de l'argent à mon frère pour s'en occuper, le temps que je revienne. Je les savais entourés de toute la famille. »
Marlène poursuit son récit. « Moeke se bagarrait constamment avec mon frère pour récupérer l'argent que j'avais laissé. Un jour, elle a pété un plomb et il a cédé. » Il lui remet 200 euros. Moeke part avec ses enfants, sans valises, sans papiers. « Il pensait juste qu'elle irait à Paramaribo et reviendrait. »
En réalité, elle retourne chez elle à Cayenne, cité Eau Lisette. « Je ne comprends pas comment elle a réussi à passer le barrage à Iracoubo! J'avais gardé tous les passeports (1) et papiers avec moi. » L'aîné des deux enfants l'explique : « On a fait du stop depuis Saint-Laurent. Et après, aux gendarmes d'Iracoubo, on est passé à pied sur le pont. Ils nous rien demandé. »
« AUJOURD'HUI, TOUT LE MONDE VA MOURIR »
Ce serait à Albina que Moeke se serait procuré le poison. Agnès, voisine et amie de la famille, complète. « Là-bas, n'importe qui peu acheter n'importe quoi! Rien n'est réglementé. Même un enfant peut venir à l'épicerie et acheter de dangereux pesticides. »
« Moeke a dit : C'est fini aujourd'hui, tout le monde va mourir » , confie le petit garçon, qui ne l'appelle jamais « maman » . Elle aurait bu le paquarat en premier, puis aurait donné une cuillère de la substance à son fils de 8 ans et au plus petit. Le grand recrache une partie du produit. La mère verrouille la porte à clé. Ressentant les premiers effets du poison, elle court boire du lait. Le petit garçon en profite pour s'enfuir et demander du secours au voisinage. La suite on la connaît : après le drame, le miracle.
(1) Tous ont la nationalité hollandaise, qui n'exige pas de titre de séjour sur le territoire français.
Les enfants confiés à une famille d'accueil
Depuis, les enfants mangent et boivent correctement. Ils sautent et courent dans l'hôpital, tout sourire à chaque apparition de leur mamie. « Médicalement, ils sont prêts à sortir, je le sais. Ils sont comme avant. Le seul problème, c'est quand je pars : ils se mettent à pleurer. Je veux qu'on me rende mes petits-enfants! » Le grand frère paraît terrifié à l'idée d'être confié à quelqu'un d'autre : « Je suis bien avec mamie, je ne veux pas qu'on nous prenne » , glisse-t-il en s'agrippant à sa jupe. « Je ne comprends pas que je ne puisse pas les récupérer » , s'insurge Marlène King.
Si l'ordonnance qui établit qu'elle est la responsable légale des enfants est toujours valide, elle est en revanche suspendue par le substitut du procureur en charge des mineurs depuis l'incident. Une nouvelle ordonnance a fixé qu'ils devraient être pris en charge par l'ASE (Aide sociale à l'enfance). L'erreur de Marlène King : avoir laissé les enfants pour aller au mariage de sa fille, sans avoir signalé à la justice son départ ni à qui elle les confiait. Ce qui est considéré comme un abandon. Seul le substitut du procureur en charge des mineurs pourrait changer la situation actuelle. Pour ça, Marlène devra attendre son retour de vacances...
(Henri Griffit)
(Henri Griffit)

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