Expulsions massives à Cayenne
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Expulsions massives à Cayenne

Karin SCHERHAG
Les anciennes villas de la gendarmerie ont été étendues, d'autres cases ont été construites : 115 personnes vivaient ici (KS)
Les anciennes villas de la gendarmerie ont été étendues, d'autres cases ont été construites : 115 personnes vivaient ici (KS)

47 familles qui squattaient les anciens logements de la gendarmerie à Petit Chalet ont été expulsées. Le terrain va être nettoyé avant d'être vendu à la mairie de Cayenne. Plusieurs projets d'aménagement sont déjà à l'étude.

« Ce n'est pas un oneshot mais le début d'une série d'expulsions qui vise à redonner à nos concitoyens des espaces publics. » Il est onze heures et le préfet Éric Spitz donne ainsi le ton d'une conférence de presse organisée à la hâte. Deux heures plus tôt, les forces de l'ordre ont débarqué à Petit Chalet, à l'entrée du centre-ville de Cayenne. Ici, les anciens logements de la gendarmerie sont squattés par 47 familles (115 personnes) de onze nationalités différentes. Principalement des Colombiens et des Bissau-Guinéens. Une première vague d'occupation a eu lieu en 2011. Mais le phénomène a réellement explosé en début d'année dernière et de nouvelles constructions ont vu le jour.
À sept reprises, un huissier de justice est venu notifier l'expulsion aux occupants. Mais tous jurent n'être au courant de rien. Des femmes pleurent. D'autres crient à l'injustice. Des hommes se montrent virulents. Ça se bouscule. Deux personnes sont menottées et le calme revient progressivement. « Une intervention classique » , précise le commissaire Olivier le Cardinal, directeur départemental de la sécurité publique. Les squats sont détruits dans la journée et le terrain nettoyé puis sécurisé pour éviter d'éventuels retours.
Ricardo Arnoldo et sa famille sont arrivés de Colombie il y a deux mois. Ils espèrent obtenir l'asile politique. (KS)
Ricardo Arnoldo et sa famille sont arrivés de Colombie il y a deux mois. Ils espèrent obtenir l'asile politique. (KS)
LE MOBILIER STOCKÉ DANS UN GARDE-MEUBLES
Entre les dédales de bungalows précaires, nous croisons Ricardo Arnoldo, qui nous invite chez lui. Une pièce unique dans laquelle on a à peine la place de circuler mais où s'entasse toute la famille. Trois enfants, de 1 à 13 ans. Et un quatrième à venir. « Ma femme Joanna est enceinte de sept mois » , nous confie l'homme dans un mélange d'espagnol et d'anglais. Ricardo Arnoldo est Colombien. De Bogota. « Pendant dix ans, j'étais le président d'une ONG qui s'occupe des femmes victimes de violences, raconte-t-il. J'ai fui mon pays parce qu'on me menaçait de mort. » Les larmes lui montent aux yeux. « On m'avait dit que la France, c'était le pays des droits de l'Homme. C'est pour ça que je suis venu en Guyane. » C'était il y a deux mois. Sans papiers, Ricardo Arnoldo et sa famille ont atterri dans ce squat.
Il poursuit son récit. « Quand je suis arrivé à Saint-Georges, j'ai eu l'autorisation de la préfecture d'aller à Cayenne. Et maintenant on me chasse. Je ne comprends pas. » Derrière lui, Joanna rassemble leurs quelques biens. Des jeux pour les enfants. Des vêtements. Des matelas. Partout autour de nous, c'est la pagaille. Les familles s'affairent pour sauver l'essentiel. Les camions se remplissent. Tout le mobilier est emmené dans un garde-meubles à la Carapa. Les propriétaires ont un mois pour se manifester. Ce qui n'aura pas été récupéré sera détruit.
Une compensation de 5 000 euros
Les services de l'État ont souhaité que cette expulsion se fasse rapidement. Une indemnité d'éviction a donc été proposée à tous les occupants : 5 000 euros par famille, à condition de partir sans faire d'histoires. « Une mesure exceptionnelle qu'on ne fera pas ailleurs » , précise immédiatement Jean-Claude Hernandez, le directeur régional des finances publiques. Treize familles seulement ont adhéré au protocole. Et les autres ? « Jusqu'au bout, elles n'ont pas cru à l'expulsion » , réagit le préfet. Deux familles où vivent des personnes handicapées seront relogées par les services sociaux et trois ou quatre ont accepté l'aide de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour un retour dans leur pays d'origine.
Le projet de la mairie
La mairie de Cayenne va racheter ce terrain pour 1,5 million d'euros.
« Nous sommes en train de consolider le prêt » , explique Marie-Laure Phinéra-Horth, qui entend mettre cet espace à la disposition de promoteurs privés. « Plusieurs projets sont à l'étude. Soit un hôtel cinq étoiles avec aquarium et piscine à débordement. Soit un immeuble de standing. » Avec sa vue imprenable sur l'océan, l'endroit peut susciter l'intérêt. « Nous souhaitons également réaliser un grand boulevard urbain en bord de mer, qui conduirait du Vieux Port au sentier de Montabo » . Une promenade des Anglais à la sauce cayennaise.
(Henri Griffit)
(Henri Griffit)

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