Dans le viseur : des réseaux de vente d'arme à feu via WhatsApp démantelés
Soutenez la presse écrite et France-Guyane : >ABONNEZ-VOUS !
FAITS DIVERS

Dans le viseur : des réseaux de vente d'arme à feu via WhatsApp démantelés

Gaetan TRINGHAM (g.tringham@agmedias.fr)
140 gendarmes ont été mobilisés pour interpeller 10 personnes liées à deux réseaux de revente d'armes à feu via WhatsApp.
140 gendarmes ont été mobilisés pour interpeller 10 personnes liées à deux réseaux de revente d'armes à feu via WhatsApp.

Après un an d'enquête, la Section de recherche de Cayenne a mené une opération judiciaire qui a mobilisé 140 gendarmes le 31 mai dernier. 10 personnes mises en cause dans un trafic d'arme via la messagerie WhatsApp ont été interpellés. Des armes de poing et des munitions ont également été saisies. Retour sur le déroulé de cette opération.

 Les premiers renseignements des enquêteurs de la Section de recherches de Cayenne arrivent au mois de juin 2021. Un trafic d’armes via l’application de messagerie WhatsApp est pointé du doigt.

Pendant toute une année, les investigations sont menées et la section de recherche identifie deux groupes distincts accessibles soit par intégration directe, soit via lien d’invitation.

« Les difficultés initiales étaient de rentrer sur ce type de réseaux, » raconte le Général de division Stéphane Bras. Une fois infiltré par le biais d’une fausse identité, les enquêteurs « vivent comme n’importe quelle personne sur le groupe. L’objectif est de voir quelles infractions sont commises et de trouver qui se cache derrière ces comptes, » poursuit le Lieutenant-Colonel Renaudin, directeur opérationnel de l’enquête.

"Le marché de l'occasion de l'arme à feu"
Ce sont des groupes WhatsApp où plusieurs centaines d’adhérents sont présents. « Plusieurs centaines de photos d’armes circulent de manière très régulière. C’est un peu comme le marché de l’occasion de l’arme à feu », dénonce le Général Bras.

Les prix à la vente constatés vont de 800 à 3500 euros. Des cartouches en tout genre allant jusqu’à 8 euros l’unité sont aussi proposées.

Le Lieutenant-Colonel Renaudin, directeur opérationnel de l’enquête et le Général de la gendarmerie de Guyane, Stéphane Bras • GT


Les gendarmes voient les annonces, mais les échanges entre acheteurs et vendeurs ne s’effectuent pas sur le groupe général, mais plutôt en privé. À partir de là, il ne leur a pas été possible de surprendre en flagrant délit une transaction d’arme. Mais l’affaire continue.

De là, les enquêteurs cherchent à identifier les personnes les plus actives. 15 profils sont ciblés. Parmi eux, dix administrateurs particulièrement actifs. Par ailleurs, certains des acheteurs figurent sur les deux groupes infiltrés, apprend-on encore.

Arrive finalement le jour du 31 mai 2022. Une large opération judiciaire est menée. 140 gendarmes sont mobilisés. Ils interpellent 10 personnes - parmi eux, deux mineurs - saisissent une dizaine d’armes de poings et des centaines de cartouches de munitions sur place. D’autres accessoires de guerre sont trouvés. « Le succès de l’opération a été assuré par la simultanéité des perquisitions menées autour de l’ile de Cayenne, » se félicite encore le Général Bras.

Les suspects sont d’abord placés en garde à vue pendant 96 heures, puis déférés le 3 juin 2022. Quatre des personnes sont placées sous mandat de dépôt, les six autres sous contrôle judiciaire. Les jugements auront lieu en juillet. Les infractions retenues sont la vente d'arme, l'acquisition, la détention et l’association de malfaiteurs en vue de commettre un crime.

"Un réseau comme il y en a des milliers en Guyane"
Avocat d’un des prévenus, Me Rozenberg cherche à tempérer : « c’est un réseau comme il y en a des milliers en Guyane, avec énormément de gens. Ce n’est pas non plus un réseau de grand banditisme de trafic d’arme. Ce sont juste des jeunes qui s’amusent et qui prennent des photos d’eux pour jouer les caïds. Ce n’est pas une affaire de grande envergure. »

Le général Bras se défend de cet argument : « évidemment, il y a des gens qui trafiquent à un niveau plus important, mais tous nous intéresse. On peut avoir l’impression que c’est une goutte d’eau dans l’océan, mais si personne ne s’en occupe, la situation ne s’améliorera jamais. Il ne faut pas avoir d’état d’âme à ce genre de trafic. »

Nous apprendrons enfin que ces armes transitaient via le Suriname, depuis l’ouest du département.