Cuba sous l'emprise du " quimico " : le cocktail chimique qui détruit une génération
Le "quimico", une drogue de synthèse artisanale et ultra-addictive, fait des ravages parmi la jeunesse, plongeant des milliers de personnes dans un état de détresse physique et psychique sans précédent. Pour quelques centimes, ce cocktail toxique offre une descente aux enfers.
Des jeunes qui marchent seuls, titubant et parlant à des interlocuteurs invisibles : ces scènes de désolation sont devenues monnaie courante à Cuba. Elles sont le visage d'une nouvelle épidémie : celle du "quimico", une substance bon marché composée de médicaments détournés et de produits chimiques dangereux. Les autorités, dépassées, tentent de réagir face à une crise sanitaire qui met à mal le modèle social cubain. Le "quimico", aussi appelé "papelito" (petit papier), n'a rien d'une drogue classique. Il s'agit d'une mixture artisanale et extrêmement dangereuse, élaborée à partir de produits hétéroclites et facilement accessibles.
Selon Héctor Ernesto Gonzalez, expert militaire du ministère de l'Intérieur, sa recette infernale mêle :
- Des médicaments psychotropes (carbamazépine, benzodiazépine, phénobarbital)
- Des anesthésiques pour animaux
- Des produits chimiques comme le formol
- Et parfois même du fentanyl, opioïde surpuissant
Cette mixture est diluée puis vaporisée sur des herbes aromatiques ou un bout de papier, qui sont ensuite roulés en joint. Son prix est dérisoire : 25 centimes de dollar la dose, soit trois fois moins qu'un paquet de cigarettes, la rendant accessible à une jeunesse souvent désœuvrée.
Des symptômes dévastateurs et une addiction foudroyante
Les conséquences de sa consommation sont immédiates et terrifiantes. Elizabeth Céspedes, directrice du Centre de désintoxication des adolescents, dresse une liste de symptômes qui relèvent de l'urgence médicale : euphorie fugace suivie de somnolence, nausées, convulsions, tachycardie, hypertension, arythmies cardiaques graves et une perte totale de coordination motrice.
L'effet est si puissant que les experts le comparent à une dose de THC 50 à 100 fois plus concentrée que celle du cannabis. L'addiction s'installe à une vitesse alarmante. Josué Angel Espinosa, 21 ans, témoigne : " Je ne pouvais pas manger un repas sans en consommer. " Il lui fallait jusqu'à 15 cigarettes imprégnées par jour pour fonctionner, puis pour s'endormir.
Une crise sanitaire qui plonge le pays dans l'impuissance
Habitué à de faibles niveaux de toxicomanie, Cuba est aujourd'hui dépassé par l'ampleur du phénomène. Il n'existe pas de statistiques officielles, mais le pasteur évangélique Rotyam Castro, qui a ouvert un centre d'accueil en périphérie de La Havane, est catégorique : " La situation est devenue incontrôlable ". Les vidéos de jeunes errant, hagards, dans les rues de la capitale et des provinces, pullulent sur les réseaux sociaux, offrant un témoignage cru de la détresse d'une génération. Face à cette crise, le gouvernement a durci les sanctions contre les trafiquants et lancé des campagnes de prévention dans les quartiers à risque
Mais le mal est profond. Le "quimico" n'est pas seulement une drogue ; il est le symptôme d'une fracture sociale et économique qui pousse une jeunesse en manque de perspectives à chercher l'évasion dans un produit qui, littéralement, la dissout. La lutte pour sauver cette génération perdue ne fait que commencer.

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