Orpaillage illégal : un niveau record jamais vu depuis 2017 dans le Parc amazonien de Guyane
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Orpaillage illégal : un niveau record jamais vu depuis 2017 dans le Parc amazonien de Guyane

Gaëtan TRINGHAM, g.tringham@agmedias.fr
Un hélicoptère se pose sur un site aurifère illégal dans l'Ouest-guyanais. On constate l'ampleur de la destruction de la zone.
Un hélicoptère se pose sur un site aurifère illégal dans l'Ouest-guyanais. On constate l'ampleur de la destruction de la zone. • PAG

Le nombre de sites recensés dans la dernière campagne de survol du PAG fait état d'une recrudescence massive de l'orpaillage clandestin

C'est un niveau qui n'avait pas été atteint depuis août 2017. La campagne de survol de juillet 2025 du Parc amazonien de Guyane (PAG) a recensé un total de 176 sites illégaux en activité, soit en augmentation de 56 sites en une demi-année. Le constat est d'autant plus inquiétant que hormis le niveau atteint en 2017 (177 sites), jamais l'activité illégale recensée n'avait été aussi dense dans l'enceinte du parc national, depuis sa création, si l'on s'en tient à cette donnée. 

 

L'évolution du recensement du nombre de sites illégaux dans le territoire du PAG depuis 2008
L'évolution du recensement du nombre de sites illégaux dans le territoire du PAG depuis 2008 • PAG

 

Sur les 176 sites inventoriés par les inspecteurs du parc, 167 étaient des chantiers alluvionnaires, tandis que 9 puits ont été comptabilisés. Les agents recensent aussi 131 campements et cinq villages de garimpeiros. 

Sur la totalité du territoire guyanais (parc et hors parc), les dernières données de l'État estiment que le nombre de sites illégaux se situe entre 550 et 600.

L'Ouest-guyanais, principal foyer de destruction

La commune de Maripasoula regroupe, sans surprise, la grande majorité de l'activité illégale répertoriée dans le territoire du parc (112 sites illégaux, + 48 sites en cinq mois). Le bulletin du PAG rendu ce mois de novembre analyse : "Les actions répressives sur la commune de Maripasoula entraînent une adaptation des orpailleurs clandestins, mais sans résultat clair du dispositif Harpie. Le manque de réponse opérationnelle entre les deux postes de contrôle fluviaux de l'Inini et du Tampok crée une zone vulnérable où l'activité d'orpaillage illégal peut se consolider, ayant pour conséquence indirecte une détérioration de la crédibilité et de l'essor des projets territoriaux et scientifiques du parc national.

 

Un site illégal rejette directement dans le fleuve, proche de Grand-Santi
Un site aurifère rejette directement dans le fleuve, proche de Grand-Santi • PAG

 

Toujours dans l'Ouest-guyanais, la commune de Papaïchton reste très vulnérable à l'activité aurifère illicite (40 sites, + 6 en cinq mois). 22 sites sont recensés sur le seul Petit Abounami. Le PAG observe : "Les effectifs actuels Harpie ne permettent pas de contenir les voies logistiques pourtant bien connues [...] L'orpaillage illégal dégrade des habitats naturels riches en biodiversité. Le cours d'eau est complètement défiguré et a subi des impacts environnementaux irréversibles."

Stabilité fragile dans le reste du PAG

À l'Est, sur la commune de Camopi, la campagne de survol recense 16 sites illégaux (un site de moins par rapport à février 2025). Le maintien de l'activité sous la barre des 20 chantiers "s'explique en partie par le maintien du poste armé de Grande Usine, les opérations franco-brésiliennes de type ‘Jararaca', mais également avec des missions de plus longue durée avec le 3e REI." L'efficacité du barrage fluvial sur l'Approuague est soulignée. Les sites se concentrent sur les criques Sikini, Inipi, Alikéné et Emerillon. L'activité des orpailleurs clandestins impacte toujours les zones de chasse et pêche des habitants qui ne peuvent que constater les conséquences écologiques désastreuses sur leur territoire. 

 

Ces campagnes de survol mènent toutefois a des destructions de sites par les agents du PAG. 10 chantiers ont été détruits à la suite de cette campagne
Ces campagnes de survol mènent toutefois a des destructions de sites par les agents du PAG. 10 chantiers ont été détruits à la suite de cette campagne • PAG

 

Enfin, à Saül, les huit sites recensés (+3) demeurent à plus de 20 km du bourg. La logistique fluviale via la Mana continue d'approvisionner des sites éloignés.

"Mettre au tribunal les pays voisins"

Jules Deie, maire de Papaichton et président du Conseil d'administration du PAG indique : "L'évolution du cours de l'or à un niveau historiquement élevé (plus de 115 euros/g ndlr) constitue un facteur aggravant, qui complique les efforts des forces Harpie. [...] L'obstacle majeur à l'effort des forces Harpie réside dans le développement des commerces chinois sur la berge surinamaise, qui constituent les principaux acteurs de l'approvisionnement logistique sur le fleuve Maroni. L'action diplomatique avec les deux pays voisins de la Guyane est plus que jamais essentielle pour agir sur les flux logistiques qui permettent aux garimpeiros de revenir sur les sites détruits et les remettre en activité, dans des délais parfois extrêmement courts, de seulement quelques heures à quelques jours. Ces constats invitent à repenser nos modes d'action".

 

Flanc de colline entier détruit par l'orpaillage illégal
Flanc de colline entier détruit par l'orpaillage illégal • PAG

 

Lors de son récent passage en Guyane, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, déclarait vouloir "des mesures très dures. Je suis en train de réfléchir à mettre au tribunal les pays voisins".

Les objectifs fondamentaux du PAG compromis

Les impacts environnementaux et sanitaires sont considérables au sein du Parc : environ 150 ha de forêt sont détruits chaque année, et près de 1 800 km de cours d'eau sont perturbés. De l'aveu du parc national : "Ces atteintes compromettent les objectifs fondamentaux du Parc et fragilisent les communautés locales dans leurs modes de vie traditionnels."

Un rapport de la Cour des comptes de mars 2025 souligne le manque de moyens humains en Guyane, et rappelle que le PAG consacre plus de 15 % de son effectif à une mission absente des autres parcs nationaux : la lutte contre l'orpaillage illégal. Une spécificité qui appelle à un renfort du soutien de l'État.

Les objectifs immédiats du Parc amazonien sont d'éradiquer l'orpaillage sur le bassin de la Camopi ; de maintenir la zone non orpaillée autour du bourg de Saül ; et d'accentuer ses efforts sur la préservation du bassin de vie du Haut-Maroni.

 

Méthode du décompte

 Les missions de reconnaissance de la campagne de survols de juillet 2025 se sont déroulées sur cinq jours, (2 vols de deux jours consécutifs, et un jour d'intervention). Dans l'hélicoptère étaient présents quatre inspecteurs de l'environnement du PAG, et le pilote. Lors de ces survols, 19 h 10 d'observation ont été effectuées. 386 points GPS ont été relevés sur le PAG pour permettre la mise à jour de la donnée de synthèse de l'Observatoire de l'Activité Minière.

Des nouveaux survols sont effectués tous les 6 mois. Les données peuvent parfois fluctuer fortement.

 

Un chantier alluvionnaire sur le Petit Abounami, site particulièrement touché par l'orpaillage illicite
Un chantier alluvionnaire sur le Petit Abounami, site particulièrement touché par l'orpaillage illicite • PAG

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