Alcool et cancer : l'OMS dévoile l'ardoise cachée de nos verres
Dans un rapport présenté à Copenhague, l'OMS et le Centre international de recherche sur le cancer tirent la sonnette d'alarme : les cancers liés à l'alcool coûtent des milliards à l'Europe.
Le constat des agences sanitaires est sans appel : en 2018, les seuls décès prématurés dus aux cancers liés à l'alcool ont coûté 4,58 milliards d'euros à l'Union Européenne. Une facture qui s'alourdit considérablement lorsqu'on y ajoute des cirrhoses, accidents et troubles mentaux, portant le coût total de l'alcool en Europe à plus de 125 milliards d'euros par an. Pendant ce temps, la contribution fiscale du secteur reste dérisoire : dans la majorité des pays européens, les taxes sur l'alcool représentent moins de 0,3 % du PIB. Le déséquilibre est saisissant, pour chaque euro de recette fiscale généré par l'alcool, la société en paie trois en soins, pertes de productivité et indemnisations.
L'OMS propose une stratégie claire : renforcer la fiscalité et instaurer des prix minimums pour réduire rapidement la consommation. Selon l'agence, les effets positifs de ces mesures apparaissent "en cinq ans", un délai exceptionnellement court en santé publique. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : une hausse de 10 % du prix moyen réduit la consommation d'alcool pur d'environ 7 %. Une étude française récente compare deux scénarios - un prix minimum de 0,50 € par unité d'alcool réduirait les achats d'éthanol de 15 %, générant des économies de santé estimées à 2,3 milliards d'euros par an.
La France, élève cancre de l'Europe
Notre pays incarne toutes les contradictions du continent. Premier producteur mondial de vin, les Français consomment en moyenne 11,5 litres d'alcool pur par an et par habitant, bien au-dessus de la moyenne européenne (8,7 litres). Pourtant, la France affiche l'une des fiscalités les plus faibles sur le vin, protégé par des arguments culturels et un lobby puissant. Les conséquences sont lourdes : en 2020, l'alcool a contribué à 16 000 nouveaux cas de cancer en France, soit 8 % des diagnostics nationaux. Près de la moitié auraient pu être évités par une politique plus stricte. Le coût économique dépasse 7 milliards d'euros annuels, quand les taxes sur l'alcool ne rapportent que 3,7 milliards à l'État.
Le message des agences sanitaires est clair : face à l'urgence des cancers évitables et du fardeau économique, les gouvernements doivent avoir le courage d'imposer des mesures fiscales courageuses. Un scénario de taxation renforcée couplé à un étiquetage clair pourrait générer 4 milliards de gains nets sur cinq ans pour la France. Reste à savoir si les considérations de santé publique parviendront à faire plier les traditions et les lobbys.

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