Mobilisation a minima contre la grève du carburant
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Mobilisation a minima contre la grève du carburant

A. S.-M.
« La Guyane lévé, lévé! » Le slogan le plus populaire des manifestations pour l'université a été remis au goût du jour. La participation, elle, était bien moins importante (ASM)
« La Guyane lévé, lévé! » Le slogan le plus populaire des manifestations pour l'université a été remis au goût du jour. La participation, elle, était bien moins importante (ASM)

Une soixantaine de personnes ont marché à Cayenne, de la station-service de Sylvie Désert, porte-parole des gérants guyanais, jusqu'à la préfecture, pour réclamer le retour de la distribution de carburant. Ils étaient une vingtaine à Kourou.

. Ils étaient peu nombreux hier matin à 8 heures, l'heure du rendez-vous, devant la station Vito de la route de Baduel à Cayenne. À peine une quinzaine. Moins que les automobilistes qui faisaient la queue devant une des rares stations ouvertes pour terminer de vider ses cuves. Saurel, lui, espérait bien trouver un peu d'essence en ville avant de rejoindre sa boutique de prêt-à-porter. « Depuis le début de la grève, j'ai vu le nombre de clients diminuer de jour en jour » , déplore le commerçant,venu apporter son soutien sans participer à la marche. Ils étaient finalement une quarantaine à s'élancer, peu avant 9 heures, en direction de la préfecture, dont une majorité de femmes. Ils étaient une soixantaine à l'arrivée. Parmi eux, essentiellement des citoyens-consommateurs et quasiment pas de personnalités. Les syndicats étaient notamment très peu représentés.
L'ABSENCE DES ÉLUS REMARQUÉE
Ils étaient peu nombreux mais tout de même bruyants avec des slogans qui ont fait siffler plus d'une paire d'oreilles. Celles des pétroliers bien sûr, mais aussi des absents, qualifiés de moutons, et surtout celles des élus. « Les élus, pa gain grenn » , scandait la petite foule pour reprocher aux politiques leur absence dans le cortège. Seuls Alex Weimert et Fabien Covis, alliés dans la course à la mairie de Cayenne, avaient fait le déplacement. Au passage devant la mairie, les cris de « Marie-Laure avec nous » sont d'ailleurs restés sans réponse. « Ils sont où ceux pour qui on a voté ? » regrettait Rachel. « On ne les entend même pas dans les médias. J'aimerais qu'ils se mobilisent. » À ses côtés dans le cortège, Valérie acquiesçait. Cette habitante de la Carapa commence sérieusement à craindre la pénurie : « Je fais l'aller-retour tous les jours à Cayenne. J'espère que ce genre de manifestation mettra un peu de pression sur les pétroliers, qu'ils voient que la population est fatiguée de tout cela. »
« L'IMPORTANT, C'EST LA DÉTERMINATION »
Soixante manifestants à Cayenne, une vingtaine à Kourou et rien à Saint-Laurent, Monique Guard, initiatrice de la manifestation pour Guyane-Que choisir aux côtés d'Afoc et de plusieurs syndicats, préfère ironiser sur la faible participation : « Ceux qui marchent mettent de l'essence, les autres doivent rouler à l'eau! » Ironie toujours devant la préfecture où elle lance à un agent scrutant le cortège depuis le balcon : « Pas la peine de nous compter, dites à Hollande qu'on est 1 000 plus Valérie! » Plus sérieusement, Monique Guard prévient : « Ce n'est pas parce qu'on n'est pas nombreux qu'on en restera là. L'important, ce n'est pas le nombre, c'est la détermination. On demande à l'État de prendre ses responsabilités sinon nous prendrons les nôtres. »
À commencer par une nouvelle mobilisation vendredi. Cette fois, l'appel est lancé pour un rassemblement devant les locaux de la Sara à Dégrad-des-Cannes.
Rencontre en préfecture
Une délégation presque exclusivement féminine a pu s'entretenir durant une heure avec le préfet. Elle était emmenée par Monique Guard pour Guyane-Que choisir et Martine Nivoix de la CDTG, représentant les professionnels. Le préfet a dit « partager le mécontentement car la situation est paradoxale. Les stations sont ouvertes mais ne peuvent être livrées sur ordre de grands groupes pétroliers » . Selon le représentant de l'État, « la sortie des arrêtés de méthode est imminente » (lire ci-dessus). Hier, seul un point continuait, selon lui, à poser problème, mais pas des moindres puisqu'il s'agit de celui de la rémunération de la Sara. « Nous n'avons eu aucune garantie quant à l'ouverture des stations à cause du blocage des pétroliers » , regrettait la délégation à l'issue de l'entrevue, où il a aussi été question de l'absence d'interlocuteur en Guyane. « Les décideurs sont tous aux Antilles, il est temps qu'on nous redonne la parole et du pouvoir en Guyane » , lançait à la sortie Marie-Rose Gober, représentante des habitants de Kaw.
Phinéra-Horth soutient après coup
La manifestation à peine terminée, le maire de Cayenne se fendait d'un communiqué dans lequel elle « exprime son soutien aux manifestants, sa grande préoccupation à propos des derniers développements du conflit autour des carburants en Guyane » . Marie-Laure Phinéra-Horth dit comprendre « l'inquiétude exprimée de toutes parts dans la population et les craintes qui se développent dans les lieux économiques » et « se félicite de l'accord qui a été trouvé avec les gérants de station-service par le préfet de Région » .
Enfin, le maire de Cayenne « renouvelle son plein soutien au ministre de l'Outre-mer » et déplore « une rupture de l'approvisionnement dont on ne peut que reconnaître le caractère injuste et dangereux pour l'économie locale » .
Le patronat se fâche
Le Médef Guyane organisait hier soir une réunion de crise. Le mouvement a décidé d'appeler les socioprofessionnels à se rassembler ce matin à 10 heures sur la place des Palmistes. Par cette action, l'organisation patronale veut faire savoir son mécontentement, non vis-à-vis de la filière carburant mais plutôt à l'encontre du gouvernement, et plus particulièrement du ministre des Outre-mer, Victorin Lurel.
« On n'arrive pas à comprendre qu'il puisse, pour des raisons d'ego, mettre tout un système en l'air alors que celui-ci fonctionnait bien, pestait le patron des patrons guyanais, Alain Chaumet. Son idée est peut-être louable, mais qu'il prenne son temps. Pourquoi veut-il mettre les Dom KO ? »
La colère des patrons est visiblement en train de monter, d'autant que certains déplorent des vols de carburant et des détériorations de matériel durant la nuit. Durant les discussions, plusieurs étaient favorables à une grosse opération coup de poing, évoquant l'idée de bloquer le Centre spatial ou l'aéroport Félix-Éboué pour se faire entendre par l'État.
Finalement, à l'issue du rassemblement de ce matin, les patrons demanderont à être reçus par le préfet. Ils veulent obtenir de l'État un moratoire sur les charges sociales et fiscales.
Retrouvez aussi le courrier du Médef Guyane au Premier ministre sur www.franceguyane.fr
Les Anonymous s'invitent dans le conflit
Depuis dimanche circule un SMS appelant à bloquer différents points stratégiques de l'île de Cayenne le jeudi 6 février : le pont du Larivot, le rond-point Adélaïde-Tablon (ex-Vidal), le rond-point Califourchon et l'aéroport Félix-Éboué seraient visés. Les auteurs de cet appel mystérieux s'inspirent du mouvement activiste « Anonymous » (en français : « Anonyme » ) qui se manifeste notamment sur internet. Une vidéo a d'ailleurs été publiée où sont reprises des images de manifestations « anonymous » à travers le monde. « Nous, consommateurs, avons le droit de nous exprimer pour que le conflit cesse » , reprend une voix off inquiétante. Est-ce que ces manifestations auront bien lieu ? Rien n'est moins sûr. Les transporteurs seraient les mieux à même de bloquer les points cités ci-dessus. Aucun, pour l'instant, ne confirme.
DERNIÈRE MINUTE. Les arrêtés signés hier
La nouvelle est tombée hier soir : les arrêtés de méthode ont été signés dans la journée. La nouvelle doit être annoncée officiellement aujourd'hui, à la sortie du Conseil des ministres. Ils doivent être publiés dans la foulée.
(Henri Griffit)
(Henri Griffit)

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