[PODCAST] Denis Girou, directeur général de l'EPFA Guyane : « L'État veut protéger, la Guyane doit bâtir »
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[PODCAST] Denis Girou, directeur général de l'EPFA Guyane : " L'État veut protéger, la Guyane doit bâtir "

Propos recueillis par Gérôme GUITTEAU, g.guitteau@agmedias.fr
Denis Girou, directeur de l'EPFAG s'est fait remonter les bretelles par la Cour des Comptes. Son problème pour la rue Cambon : il recherche trop l'accord des mairies qui ne déboursent rien pour aménager. Un hectar de foncier aménagé revient à 1 million d'euros.
Denis Girou, directeur de l'EPFAG s'est fait remonter les bretelles par la Cour des Comptes. Son problème pour la rue Cambon : il recherche trop l'accord des mairies qui ne déboursent rien pour aménager. Un hectar de foncier aménagé revient à 1 million d'euros. • GG

Pression écologique, pression démographique, pression financière... Denis Girou explique pourquoi l'aménagement de la Guyane est difficile, surtout sans un foncier accessible et libre.

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Vous êtes le directeur général de l'EPFA Guyane et vous venez nous parler du transfert de l'une de vos compétences, le foncier agricole, vers la SAFER. Pourquoi et comment ce transfert a-t-il lieu ?

L'EPFA, créée en 1996 sous le nom d'EPAG, avait trois métiers : l'aménagement urbain, le foncier et l'agricole. Dès l'origine, la loi prévoyait que nous exercions cette mission agricole tant qu'une SAFER n'était pas agréée en Guyane. Depuis 2023, c'est chose faite : la SAFER Guyane est agréée. Il était donc logique que nous arrêtions progressivement nos activités agricoles et que nous les transférions à cette nouvelle structure. Nous avons travaillé main dans la main pour éviter toute rupture dans la production de foncier agricole.
 

Concrètement, comment s'est déroulé ce passage de relais ?

Nous avons terminé les opérations en cours - réhabilitation de pistes, études, aménagements - puis nous les avons transférées à la SAFER. Aujourd'hui, nous lui remettons les terrains agricoles libres, soit environ 2 300 hectares, situés à Régina, Saint-Georges, Cacao ou encore Sinnamary. Ces terrains sont désormais proposés à la candidature des agriculteurs.
 

Sur Wayabo, vous aviez développé 4 000 hectares de foncier agricole. Que pensez-vous du projet de décharge prévu à proximité ?

Le projet de décharge concerne environ 117 hectares. C'est toujours délicat : on a besoin de décharges, mais personne ne veut les voir près de chez soi. Si elles sont bien gérées, ces installations peuvent toutefois cohabiter avec l'activité agricole.
 

Faut-il selon vous une stratégie agricole plus globale en Guyane ?

Oui, il manque un schéma d'organisation des structures agricoles, qui permettrait de planifier spatialement les productions et les services associés. Cela aiderait à structurer l'agriculture et à mieux répondre aux besoins des filières.
 

Les jeunes agriculteurs dénoncent souvent le coût du défrichement des terrains forestiers, autour de 50 000 € par hectare. Qui prend cela en charge ?

Les terrains attribués étaient bornés et desservis par des pistes carrossables, mais le défrichement reste à la charge de l'agriculteur. Il existe toutefois des aides, et certains parviennent à valoriser le bois issu de la coupe grâce à des scieries mobiles.
 

Une critique revient souvent dans le rapport de la Cour des comptes : on vous reproche de trop écouter les communes qui ne paient pas...

C'est vrai que nous travaillons toujours avec les municipalités, et cela prend du temps. Mais l'aménagement et l'urbanisme sont des compétences communales. Nous pensons qu'il vaut mieux concerter longuement pour que les projets - voiries, écoles, équipements publics - soient validés par les communes, qui en auront ensuite la charge. C'est une question de cohérence territoriale et de respect des élus locaux.
 

La CDC évoque une " doctrine de réflexion sur l'aménagement inexistante ", avec le dilemme entre la préservation de la biodiversité et la nécessité d'aménager rapidement face à la croissance démographique. 

Oui, c'est exactement cela. Quand on aménage de grands secteurs - typiquement 40 hectares pour 1 500 logements, comme à Hibiscus ou à l'écoquartier de Rémire-, on se heurte à une accumulation de réglementations. Chacune a sa raison d'être : études archéologiques, biodiversité, risques naturels... Mais mises bout à bout, ces démarches deviennent très longues et parfois se bloquent entre elles.
L'État veut protéger mais la Guyane doit bâtir. Nous avions prévu 21 000 logements en 15 ans, nous allons en réaliser que 11 000. Or, en Guyane, le temps joue contre nous. Quand un terrain reste libre trop longtemps, le risque de squat est élevé. Et les conséquences environnementales y sont bien pires : déforestation sauvage, absence d'assainissement, destruction d'espaces naturels. Réhabiliter un terrain squatté prend ensuite beaucoup plus de temps. Il faudrait donc des procédures plus souples, plus rapides. En gagnant un mois ici, deux mois là, on peut aller plus vite. D'autant qu'en réalité, les aménageurs guyanais comptent parmi les plus rapides de France : sortir 40 hectares de ZAC chaque année, c'est exceptionnel. Mais la démographie locale exige encore plus de réactivité.
 

La CDC et nos députés s'accordent à dire que le principe du " zéro artificialisation nette " n'est pas adapté à la Guyane. Pourquoi s'y plier alors ?

D'abord, l'Opération d'intérêt national (OIN) Guyane n'est pas concernée par les quotas régionaux d'artificialisation, car elle relève d'un projet d'envergure nationale. Mais plus largement, appliquer les mêmes règles que dans l'Hexagone n'a pas de sens : la Guyane est couverte à 95 % de forêt.
L'artificialisation doit être pensée autrement : il faut évidemment protéger les zones à enjeux écologiques, les corridors, mais un calcul surfacique brut n'a pas de pertinence ici. Il appartient désormais aux parlementaires d'adapter la loi ; certains amendements sont déjà portés à l'Assemblée.
 
 

 
 
 

Vous êtes aussi opérateur foncier pour plusieurs projets, dont la rénovation urbaine. Où en est ce travail ?

Nous maîtrisons le foncier pour le compte des collectivités, par exemple pour le TCSP de l'agglomération ou pour les opérations de rénovation urbaine. Nous intervenons aussi sur des projets comme l'échangeur des Maringouins ou le nouveau pont de Saut-Sabat. Aujourd'hui, nous avons environ 40 millions d'euros engagés dans des opérations de portage foncier. Pour l'échangeur des Maringouins, les acquisitions de terrain sont très avancées et devraient être bouclées d'ici à la fin de l'année. Ce n'est qu'après cela que les études techniques pourront aboutir.
Nous avons également travaillé sur les emprises nécessaires au doublement de la RN1 entre Balata et le carrefour de Carapa, ainsi que sur les abords du carrefour de la Chaumière, où un futur échangeur est prévu. Pour le boulevard urbain de Soula, les études d'ingénierie viennent d'être lancées ; les acquisitions suivront dès que l'emprise sera définie.
 

En résumé, le rapport de la Cour des comptes, il a tapé les fesses de qui ?

Un peu tout le monde : les collectivités comme les établissements publics. Nous avons beaucoup échangé avec la Cour pendant six mois ; il n'y a donc pas eu de surprise. Le ton des titres est sévère, mais le contenu est plus nuancé. À nous d'en tirer les leçons et d'ajuster notre organisation en conséquence.
 

Encadré

Exergue

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