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Vous êtes le directeur général de l'EPFA
Guyane et vous venez nous parler du transfert de l'une de vos
compétences, le foncier agricole, vers la SAFER. Pourquoi et
comment ce transfert a-t-il lieu ?
L'EPFA, créée en 1996 sous le nom d'EPAG,
avait trois métiers : l'aménagement urbain, le foncier et
l'agricole. Dès l'origine, la loi prévoyait que nous exercions
cette mission agricole tant qu'une SAFER n'était pas agréée en
Guyane. Depuis 2023, c'est chose faite : la SAFER Guyane est
agréée. Il était donc logique que nous arrêtions progressivement
nos activités agricoles et que nous les transférions à cette
nouvelle structure. Nous avons travaillé main dans la main pour
éviter toute rupture dans la production de foncier agricole.
Concrètement, comment s'est déroulé ce passage
de relais ?
Nous avons terminé les opérations en cours -
réhabilitation de pistes, études, aménagements - puis nous les
avons transférées à la SAFER. Aujourd'hui, nous lui remettons les
terrains agricoles libres, soit environ 2 300 hectares, situés à
Régina, Saint-Georges, Cacao ou encore Sinnamary. Ces terrains sont
désormais proposés à la candidature des agriculteurs.
Sur Wayabo, vous aviez développé 4 000
hectares de foncier agricole. Que pensez-vous du projet de décharge
prévu à proximité ?
Le projet de décharge concerne environ 117
hectares. C'est toujours délicat : on a besoin de décharges, mais
personne ne veut les voir près de chez soi. Si elles sont bien
gérées, ces installations peuvent toutefois cohabiter avec
l'activité agricole.
Faut-il selon vous une stratégie agricole plus
globale en Guyane ?
Oui, il manque un schéma d'organisation des
structures agricoles, qui permettrait de planifier spatialement les
productions et les services associés. Cela aiderait à structurer
l'agriculture et à mieux répondre aux besoins des filières.
Les jeunes agriculteurs dénoncent souvent le
coût du défrichement des terrains forestiers, autour de 50 000 €
par hectare. Qui prend cela en charge ?
Les terrains attribués étaient bornés et
desservis par des pistes carrossables, mais le défrichement reste à
la charge de l'agriculteur. Il existe toutefois des aides, et
certains parviennent à valoriser le bois issu de la coupe grâce à
des scieries mobiles.
Une critique revient souvent dans le rapport
de la Cour des comptes : on vous reproche de trop écouter les
communes qui ne paient pas...
C'est vrai que nous travaillons toujours avec
les municipalités, et cela prend du temps. Mais l'aménagement et
l'urbanisme sont des compétences communales. Nous pensons qu'il
vaut mieux concerter longuement pour que les projets - voiries,
écoles, équipements publics - soient validés par les communes, qui
en auront ensuite la charge. C'est une question de cohérence
territoriale et de respect des élus locaux.
La CDC évoque une " doctrine de réflexion sur
l'aménagement inexistante ", avec le dilemme entre la préservation
de la biodiversité et la nécessité d'aménager rapidement face à la
croissance démographique.
Oui, c'est exactement cela. Quand on aménage
de grands secteurs - typiquement 40 hectares pour 1 500 logements,
comme à Hibiscus ou à l'écoquartier de Rémire-, on se heurte à une
accumulation de réglementations. Chacune a sa raison d'être :
études archéologiques, biodiversité, risques naturels... Mais mises
bout à bout, ces démarches deviennent très longues et parfois se
bloquent entre elles.
L'État veut protéger mais la Guyane doit
bâtir. Nous avions prévu 21 000 logements en 15 ans, nous allons en
réaliser que 11 000. Or, en Guyane, le temps joue contre nous.
Quand un terrain reste libre trop longtemps, le risque de squat est
élevé. Et les conséquences environnementales y sont bien pires :
déforestation sauvage, absence d'assainissement, destruction
d'espaces naturels. Réhabiliter un terrain squatté prend ensuite
beaucoup plus de temps. Il faudrait donc des procédures plus
souples, plus rapides. En gagnant un mois ici, deux mois là, on
peut aller plus vite. D'autant qu'en réalité, les aménageurs
guyanais comptent parmi les plus rapides de France : sortir 40
hectares de ZAC chaque année, c'est exceptionnel. Mais la
démographie locale exige encore plus de réactivité.
La CDC et nos députés s'accordent à dire que
le principe du " zéro artificialisation nette " n'est pas adapté à
la Guyane. Pourquoi s'y plier alors ?
D'abord, l'Opération d'intérêt national (OIN)
Guyane n'est pas concernée par les quotas régionaux
d'artificialisation, car elle relève d'un projet d'envergure
nationale. Mais plus largement, appliquer les mêmes règles que dans
l'Hexagone n'a pas de sens : la Guyane est couverte à 95 % de
forêt.
L'artificialisation doit être pensée autrement
: il faut évidemment protéger les zones à enjeux écologiques, les
corridors, mais un calcul surfacique brut n'a pas de pertinence
ici. Il appartient désormais aux parlementaires d'adapter la loi ;
certains amendements sont déjà portés à l'Assemblée.
Vous êtes aussi opérateur foncier pour
plusieurs projets, dont la rénovation urbaine. Où en est ce travail
?
Nous maîtrisons le foncier pour le compte des
collectivités, par exemple pour le TCSP de l'agglomération ou pour
les opérations de rénovation urbaine. Nous intervenons aussi sur
des projets comme l'échangeur des Maringouins ou le nouveau pont de
Saut-Sabat. Aujourd'hui, nous avons environ 40 millions d'euros
engagés dans des opérations de portage foncier. Pour l'échangeur
des Maringouins, les acquisitions de terrain sont très avancées et
devraient être bouclées d'ici à la fin de l'année. Ce n'est
qu'après cela que les études techniques pourront aboutir.
Nous avons également travaillé sur les
emprises nécessaires au doublement de la RN1 entre Balata et le
carrefour de Carapa, ainsi que sur les abords du carrefour de la
Chaumière, où un futur échangeur est prévu. Pour le boulevard
urbain de Soula, les études d'ingénierie viennent d'être lancées ;
les acquisitions suivront dès que l'emprise sera définie.
Un peu tout le monde : les collectivités comme
les établissements publics. Nous avons beaucoup échangé avec la
Cour pendant six mois ; il n'y a donc pas eu de surprise. Le ton
des titres est sévère, mais le contenu est plus nuancé. À nous d'en
tirer les leçons et d'ajuster notre organisation en
conséquence.
Encadré
Exergue
...
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