Hier les camions-citernes se sont remis en marche et ont réapprovisionné les stations du département (Henri Griffit)
Avec la signature des arrêtés de méthode sous l'autorité du Premier ministre, le ministre des Outremer remporte son bras de fer avec les acteurs de la filière pétrolière. Les stations de Guyane sont alimentées en carburant depuis hier.
Les arrêtés de méthodes relatifs aux décrets Lurel sur les carburants ont été signés avant le Conseil des ministres d'hier matin. « Si le Premier ministre ne l'avait pas voulu ainsi, je n'aurais jamais signé » , a confié le ministre à France-Guyane, avant de quitter la cour de l'Elysée en compagnie de son conseiller presse et de son officier de sécurité. Il démentait par là une rumeur qui voulait qu'il eût dû mettre sa démission sur la table pour en finir ce bras de fer interminable avec les pétroliers. « Total a fait plier tous les gouvernements jusqu'à présent, mais il ne m'a pas eu. »
Mardi soir, d'ultimes retouches étaient portées aux arrêtés en question après un arbitrage du Premier ministre. « On a maintenu ce que nous avions communiqué aux pétroliers et aux gérants, a expliqué le ministre des Outre-mer, tout en améliorant le texte puisque nous avons pris en compte un certain nombre de leurs propositions. »
Ces deux derniers jours, la discussion a porté sur les 9%, taux maximum de rentabilité des capitaux dont Total ne voulait pas entendre parler dans l'Océan Indien... « C'est maintenu dans les Départements français d'Amérique, mais aussi à la Réunion et à Mayotte. Le Premier ministre a décidé, après avoir appelé tous les interlocuteurs, que c'était 9% partout. »
Le gouvernement a admis avoir pris un peu de temps « pour ne pas passer en force, ne pas donner prise à ce qui [lui] paraissait parfaitement injuste » . Au-delà de ces 9%, le texte prévoit la justification des autres coûts, à savoir les éléments non cotés (frais de trading), à hauteur de 4, 7 US$ par baril. « Lorsque le précédent gouvernement avait donné un chèque de 174 millions aux compagnies, notre gouvernement, sur les 100 millions de bénéfices, réduit, en prévisionnel, de 25 a 26 millions d'euros. » Le ministre n'a pas donné de chiffre pour la baisse des prix à la pompe. Il s'en était toutefois ouvert lundi dernier à notre confrère Carib creole news, évoquant « une baisse de 1, 2, 3 centimes » par litre.
ET LE PRIX DU LITRE ?
La publication des arrêtés des méthodes devrait être effective ce matin au Journal officiel. Reste désormais à prendre les arrêtés préfectoraux pour fixer les prix à la pompe. Le gouvernement avait deux objectifs : la transparence des prix et leur baisse. « L'objectif des pétroliers, a indiqué M. Lurel, était de reprendre d'une main ce qu'ils avaient dû concéder pour atténuer la baisse. » C'est ainsi qu'il explique la communication entendue ces dernières semaines de la part des gérants et des pétroliers, affirmant l'absence d'impact de la réforme sur le niveau des prix. De fait, le socle permanent des prix de revient qui accusait un différentiel de quelque 30% hors taxe par rapport au prix pratiqué dans l'Hexagone, est à la baisse.
Désormais, et alors que des discussions devraient se poursuivre avec les compagnies pétrolières, le gouvernement leur demande « de raison garder, de ne pas prendre en otage les populations et les entreprises, de comprendre qu'il y a des textes, un gouvernement et un Parlement qui ont décidé et qu'ils ne peuvent s'exonérer des lois de la République » .
Hier soir, les stations-service de Guyane étaient pratiquement toutes réapprovisionnées : 23 sur 27. Seules les Vito de Kourou, Sinnamary, Mana et Saint-Laurent n'avaient pas pu être livrées. Elles le seront ce matin. Quant au prix du litre, il n'a pas été modifié le 1er du mois en raison du conflit. Il pourrait l'être dans les jours à venir.
L'article 12
Le texte, dans sa nouvelle rédaction, a intégré notamment un article 12 qui devrait, espère le ministre Lurel, donner satisfaction aux gérants.
Cet article 12 précise que les modalités de fixation des prix sont fondées sur la préservation du modèle social de la distribution de détail, celui de la gérance libre avec ses 3 800 salariés dans les Outre-mer, « même si l'on peut y déroger ponctuellement » .
Les patrons reçus en préfecture
Hier matin, les représentants du Medef ont été reçus par le préfet. « Nous allons lui demander de mettre en place un dispositif visant à compenser les pertes subies par les chefs d'entreprise lors de cette grève » , a déclaré Alain Chaumet.
Les patrons auraient demandé un étalement des charges sociales et fiscales. « En 2009, après la grève générale, nous avions déjà obtenu une telle compensation » , rappelle le président du Medef Guyane. L'organisation de patrons soutient les pétroliers « mais pas le blocage » . « Celui qui fait preuve d'opacité dans cette histoire c'est Victorin Lurel. Il se comporte comme Hugo Chavez, dont il était un grand ami! »
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