Davy Rimane alerte sur le risque de fragilisation du transport aérien local
Van air est une compagnie tchèque qui a décidé de faire du transport de passager ainsi que du fret vers les communes de l'Intérieur. La CTG a donné son accord pour un premier vol le 29 août. Elle vient ainsi concurrence Guyane Express fly la compagnie de Franck Louison. Les deux compagnies doivent donc se partager la délégation de service public, devenue une Obligation de Service Public, augmentée à 15 millions d'euros contre 10 millions d'euros du temps d'Air Guyane. Une fausse concurrence et une vraie fragilisation d'une entreprise locale de la part de la CTG affirme le député Davy Rimane dans cette lettre ouverte.
Monsieur le Président Serville,
Depuis plus d'un an, un patient travail a été mené pour doter la Guyane d'un opérateur aérien local, solide, structuré, conforme aux normes européennes et capable de répondre aux contraintes singulières de nos dessertes intérieures. La compagnie Guyane Express Fly est née de cet engagement. Un certificat de transport aérien a été obtenu, un centre de maintenance créé, des investissements lourds réalisés, le tout malgré des difficultés successives.
Augmenter les risques d'instabilité
Or, vos récentes décisions interrogent profondément. Vous affirmez agir dans le cadre de la libre concurrence. Mais dans un secteur administré, où les tarifs sont donc plafonnés et le nombre de passagers limité, l'ouverture à deux compagnies n'est pas une consolidation.
C'est une fragilisation. Sur un marché exigu, avec des infrastructures contraintes, cette orientation conduit inévitablement à l'échec économique de l'une des deux structures. Ce n'est pas un hasard si aucune autre région comparable ne s'aventure dans une telle configuration.
Beaucoup de Guyanais pensent qu'introduire une concurrence suffira à améliorer la desserte et à faire baisser les prix. Je comprends cette attente, car chacun aspire à voyager plus facilement et à moindre coût. Mais la réalité est plus complexe : quand les tarifs sont fixés par un plafond administratif, la concurrence ne peut pas faire baisser les prix. Elle ne peut qu'augmenter les risques d'instabilité, car chaque compagnie se retrouve avec trop peu de passagers pour équilibrer ses comptes. À terme, ce n'est pas une offre renforcée que nous aurons, mais la faillite d'un opérateur, et donc moins de vols.
L'État n'accompagne pas le transport aérien intérieur
À cela s'ajoute un autre problème, plus structurel : l'État n'accompagne pas comme il le devrait le transport aérien intérieur. Depuis des années, plusieurs rapports préconisent un cofinancement public pouvant aller jusqu'à 50 % du coût des dessertes.
Cette recommandation n'a jamais été suivie d'effet. Sans cet appui national, la Guyane se retrouve à tenter de régler seule une équation impossible : celle de maintenir des liaisons vitales à des prix accessibles, avec des contraintes techniques et un marché limité.
Pire encore, le choix unilatéral de la CTG donne le sentiment d'une stratégie erratique [instable, NDLR], marquée par l'absence d'objectivité et par une volonté implicite de pousser à l'échec la compagnie locale.
Vous annoncez vouloir soutenir un opérateur guyanais, mais dans les faits vous avez privilégié l'arrivée d'une compagnie étrangère, certes européenne, mais sans concertation avec l'acteur déjà en activité et sans débat transparent sur les impacts réels d'un tel choix.
Investir sur nos infrastructures intérieures
Les contraintes sont connues : un seul aéroport international de référence (Félix-Éboué), aucun aérodrome de dégagement en Guyane, des pistes limitées, pas de vols de nuit possibles. En cas de problème technique, les seuls replis sont au Suriname ou au Brésil.
Dans un tel contexte, la priorité de la CTG devrait être d'investir sur nos infrastructures intérieures, pour renforcer la fiabilité des dessertes, plutôt que de multiplier artificiellement les opérateurs au risque de déstabiliser tout le secteur.
Enfin, vos propres déclarations prêtent à confusion. Le vice-président Chester Léonce avait indiqué qu'une signature ne serait accordée à Van Air qu'à la condition expresse de remplir toutes les obligations. Si cette compagnie a bien été signée, comment expliquer qu'elle ne vole pas aujourd'hui ? Comment justifier que, dans vos communications, ce soit la compagnie locale qui soit pointée du doigt pour des annulations, alors même que vous avez choisi d'introduire une instabilité supplémentaire ?
Préférence à la compagnie locale
Je n'ai aucune hésitation à dire que ma préférence va à l'accompagnement de la compagnie locale. Parce qu'elle est née ici, parce qu'elle a investi ici, parce qu'elle incarne une part de notre souveraineté économique. Il ne s'agit pas d'exclure toute autre initiative, mais de reconnaître que sans stabilisation et sans développement de cette structure, nous prendrons le risque de la voir disparaître… et avec elle la possibilité pour la Guyane de disposer de son propre outil de desserte intérieure.
Je vous demande solennellement de revoir l'orientation prise, et de poser enfin une ligne politique claire : soutenir durablement le tissu économique local, investir dans nos infrastructures, et garantir aux Guyanais une offre aérienne accessible, stable et pérenne.
La Guyane a besoin de stratégie, pas d'improvisation.

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