Crise d'angoisse à l'Afpa
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Crise d'angoisse à l'Afpa

Karin SCHERHAG
L'Afpa est l'un des plus grands squats de Guyane : 150 personnes y vivent actuellement (KS)
L'Afpa est l'un des plus grands squats de Guyane : 150 personnes y vivent actuellement (KS)

Depuis l'expulsion des squatteurs de Chaton, le 14 octobre, les 150 personnes réfugiées dans les anciens bureaux de l'Afpa, à Cayenne, vivent dans l'angoisse d'une évacuation « surprise » . Les associations humanitaires, elles, réclament des solutions alternatives d'hébergement.

Vendredi, 16 heures. Le squat de l'Afpa, à Cayenne, est en ébullition. Les associations humanitaires (Médecins du Monde, la Ligue des droits de l'Homme, le Secours Catholique, la Cimade et l'Actipa) ont convoqué les médias et demandé aux 150 personnes vivant ici de se réunir. On comprend vite que l'heure est grave. « Depuis les expulsions de Chaton et de la « maison blanche » , 130 personnes sont en situation d'errance. Des femmes, des enfants, des gens malades, glisse Amandine Marchand, coordinatrice générale Guyane de Médecins du Monde. Evidemment, on ne pense pas que rester au squat de l'Afpa soit une solution. Mais on ne souhaite pas que ces familles se retrouvent à leur tour à la rue. Il faut donc qu'on réfléchisse tous ensemble (Etat, collectivités locales et associations, ndlr) à une solution de prise en charge. C'est d'ailleurs ce que préconise la circulaire de 2012 (lire l'encadré). On attend qu'elle soit appliquée en Guyane. »
Premier vice-président du Dal (Droit au logement), Patrick Marisainte intervient : « Notre proposition est claire : réquisitionner les logements inoccupés et les réhabiliter pour héberger ces gens correctement. » Les courriers adressés au préfet sont restés lettre morte. Et le temps presse.
« Ces gens vivent dans l'angoisse d'une expulsion « surprise » , poursuit Amandine Marchand. Certains n'osent même plus sortir de chez eux ou envoyer leurs enfants à l'école, de peur de trouver leur logement détruit à leur retour. »
Depuis plusieurs semaines, le squat de l'Afpa est en effet menacé de destruction. « On nous avait dit qu'on serait évacué aujourd'hui (vendredi) à 6 heures. Mais finalement personne n'est venu » , témoignent des mères de famille. Des pressions que dénoncent unanimement les associations.
(KS)
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Trois parcours, une même galère
Alejandra, Françoise et Juan sont voisins d'infortune. Rien n'aurait dû les réunir. Ils cohabitent pourtant, parfois depuis plusieurs années, dans le squat de l'Afpa. Tous rêvent d'un avenir meilleur.

Quand il a su que des journalistes devaient visiter « son » squat, le jeune Juan, 19 ans, est revenu en trombe. Né d'une mère péruvienne et d'un père brésilien, il est arrivé à l'Afpa il y a quatre ans. Avec ses parents. Depuis, son père est rentré au Brésil. Et Juan squatte toujours cet endroit glauque. « Je vis seul maintenant. Quand j'ai eu 18 ans, mon père m'a dit de me débrouiller. Mais je suis étudiant, je n'ai pas les moyens de me loger ailleurs. » Titulaire d'une carte de séjour, Juan prépare un bac pro mécanique et suit un stage qui, il l'espère, lui ouvrira de nouveaux horizons. Un rêve partagé par ses voisins d'infortune. Dans le bloc d'à côté, on croise Françoise, 17 ans et déjà maman d'une petite fille de neuf mois. Née en Guyane d'une mère dominicaine, la jeune femme a la nationalité française et le passeport qui va avec. Mais se sent victime de discrimination. « Pour les gens, je ne suis pas une vraie Guyanaise. Et comme je suis mineure, je ne trouve ni logement, ni travail. » Françoise a atterri à l'Afpa où vivait déjà son petit ami. « On ne reste pas ici par plaisir, souffle-t-elle, mais on ne sait pas où on pourrait aller. » Alejandra et sa famille, eux, ont essayé de fuir cette galère. En vain. Au Pérou, elle était institutrice et vivait avec son époux et ses quatre enfants. « Mon mari a été menacé de mort, c'est pour ça qu'on est parti. Ici, je ne peux pas travailler parce qu'on me demande des équivalences. » Lui a eu plus de chance : il travaille comme maçon.
Une activité déclarée, des cartes de séjour en règle mais un salaire de 1 200 euros qui ne permet pas à la famille de se loger décemment. « J'ai fait des demandes à la Siguy, rempli des dossiers. Depuis, j'attends » , confie-t-elle, résignée.
K.S.
REPÈRES - Que dit la circulaire d'août 2012 ?
Signée le 26 août 2012 par plusieurs ministres (dont Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur), cette circulaire relative à l'anticipation et à l'accompagnement des opérations d'évacuation des campements illicites prévoit que les services de l'Etat assurent « un traitement égal et digne de toute personne en situation de détresse sociale. Il incombe [...] de proposer des solutions d'accompagnement [...]. Cela suppose, dans une logique d'anticipation et d'individualisation, l'établissement d'un diagnostic et la recherche de solutions d'accompagnement, dans les différents domaines concourant à l'insertion des personnes (scolarisation, santé, emploi, logement/mise à l'abri...). »
(Karin Scherhag)
(Karin Scherhag)

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