Les arrêtés de méthode permettant de fixer le prix des carburants n'étaient toujours pas signés hier soir. Les stations restent fermées.
Durant combien de temps encore les automobilistes devront-ils scruter l'ouverture des stations-essence ? Et en cas de réouverture rapide, risquent-elles de fermer à nouveau dans les prochaines semaines ? Bien malin qui peut le dire. Victorin Lurel avait annoncé la signature des arrêtés de méthode liés à son décret sur la fixation des prix des carburants avant le 1er février. Et la seule certitude, c'est que ce ne sera pas le cas. Hier, le ministre des Outre-mer n'aurait pas obtenu la signature de son collègue de l'Économie et des Finances, pas plus que celle du ministre de l'Environnement. Résultat : la préfecture a décidé de ne pas publier son arrêté mensuel fixant les prix à la pompe au premier du mois. Théoriquement, les prix restent donc inchangés. Mais pour combien de temps ? « On ne sait pas si les négociations vont se poursuivre ou si les ministres vont nous faire la mauvaise surprise de signer les arrêtés de méthode lundi » , s'inquiétait hier soir un gérant guyanais. « On attend une communication officielle du ministère pour décider de la suite. » Quant à Victorin Lurel, il entretient le suspense. Interrogé par des journalistes hier matin à Paris, il se contentait d'une réponse laconique : « Vous verrez bien. On aura très largement le temps de communiquer. Vous allez voir. »
TOTAL, LE POIDS LOURD
Tout le monde s'attendait à ce que les arrêtés soient signés hier et publiés ce samedi, voire dimanche, au Journal officiel, afin qu'ils soient effectifs dès lundi. Alors le ministère des Finances aurait-il cédé face à un de ses plus gros contribuables, la société Total ? « Elle acquitte, en impôts et taxes, au moins 1 milliard d'euros, rappelait le 15 janvier dernier, le président de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, François Brottes, [...] réalise sur le sol national près de 2 milliards d'investissements bruts, [...] et commande chaque année 6 milliards d'achats à des fournisseurs français. » Son poids est donc lourd en France. D'ailleurs, la gestion de la grève des pompistes dans les cinq Dom, depuis jeudi, a permis de faire tomber les masques en révélant le rôle des pétroliers. Une évidence à Mayotte où Total gère toute la filière carburant, de l'importation à la distribution de détail : Total a fermé l'ensemble de son réseau sans gérants! Et chez nous, le mouvement de grève annoncé pour jeudi s'est transformé en fermeture pour cause de cuves vides.
ET MAINTENANT ?
La date butoir du 1er février étant arrivée sans la signature, que va maintenant décider le gouvernement ? Victorin Lurel parviendra-t-il à convaincre ses collègues ou faudra-t-il un arbitrage de Matignon ? À moins que les négociations ne reprennent. Mais pour combien de temps encore ? À en croire certains protagonistes, le dénouement pourrait survenir très rapidement comme il pourrait tout aussi bien se faire désirer encore et encore... Victorin Lurel, lui, est parti passer son week-end en Guadeloupe. Juste un répit ou un retrait ?
ET AUSSI...
Des demandes prises en compte ?
Hier soir, des sources gouvernementales affirmaient que le dialogue s'est poursuivi, à Paris, depuis mardi entre le gouvernement, les gérants et les pétroliers. Les rédactions des arrêtés de méthode auraient évolué, intégrant certaines demandes des gérants et des pétroliers.
Dans les tout prochains jours, dans chaque région concernée par le décret, les préfets doivent prendre attache avec les acteurs locaux de la filière pour présenter les nouveaux arrêtés de méthode, le décret devant entrer en vigueur dès lundi.
Le préfet relativise
Alors que les négociations se poursuivent à Paris sur les arrêtés de méthode du décret Lurel, le préfet Éric Spitz fait le point sur la situation en Guyane. Interview réalisée à 12h30.
• Quelle est la situation actuellement ?
Je veux d'abord souligner qu'en Guyane nous sommes le seul département où les gérants de station-service n'ont pas fermé leurs stations et que ce n'est donc pas de leur faute si aujourd'hui nous n'avons pas de carburant dans la plupart des stations guyanaises. Aujourd'hui, j'en ai réquisitionné quatre pour les services publics prioritaires notamment les ambulances et médecins. À l'heure où je vous parle (12h30), il y a encore trois stations qui disposent de carburant et qui sont ouvertes au public à Saint-Laurent du Maroni, à Saint-Georges et à cacao. Certaines autres sont aussi ouvertes mais ne font que boutique.
• Dans quelle mesure êtes-vous en discussion avec les différents protagonistes ?
Nous dialoguons au niveau local, parce que la mise en œuvre des réquisitions du préfet ne va pas de soi, il faut convaincre les uns et les autres. Nous disposons de moyens juridiques pour les contraindre, mais dans le temps. S’ils refusaient, il y aurait éventuellement des poursuites au plan pénal, mais nous nous entendons pour alimenter les services publics prioritaires. Au niveau national, nous ne participons pas aux discussions, nous sommes bien sûr informées, et pour l'heure les négociations n'ont visiblement pas abouti.
• Justement, c'est aujourd'hui que les arrêtés de méthode doivent être signés, selon la volonté du ministère, quelles informations avez-vous en provenance de Paris ?
À l'heure où nous parlons, les arrêtés de méthode ne sont pas signés et il est possible qu'ils ne le soient pas aujourd'hui.
• Ne craignez-vous pas que la population perde patience ?
Je comprends l'agacement de la population mais, sincèrement, ici, en raison de l'attitude des gérants de station-service, la situation est quand même moins tendue que les dans les autres départements d'Outre-mer. Les gens ont eu toute la semaine pour faire leur plein puisque les stations sont restées ouvertes. J'espère que la situation se débloquera rapidement pour que nous puissions arriver à un retour à une activité normale.
• Si la situation devait durer on pourrait craindre des réactions hostiles. Y a-t-il un dispositif spécial en place pour faire face à d'éventuels débordements ?
Oui, un dispositif est en place pour éviter qu'on s'en prenne à ceux qui pourraient être considérés comme responsables de la situation mais vous me permettrez de ne pas le décrire plus précisément.
• De nombreux automobilistes évoquent un refus de vente et demandent à l'État d'agir contre ce refus de vente. Avez-vous la possibilité d'intervenir dans ce sens ?
Je n'ai le pouvoir que de faire des réquisitions pour les services publics prioritaires, je ne peux malheureusement pas réquisitionner pour les particuliers et même pour les entreprises, ce serait illégal. Ensuite, il y a un lien contractuel, de droit privé, entre les gérants de station-service et les distributeurs.
Propos recueillis par A. S.-M.
L'avis d'un pompiste
Pour légitimer cette grève, les gérants avancent, entre autres, l'argument des emplois. Plus d'une centaine de personnes sont employées dans les 27 stations du département. Nous avons demandé son avis à l'un d'eux, sous couvert d'anonymat.
Cet employé de station alterne entre le poste de pompiste et celui de caissier, et gagne 1 075 euros par mois. « Personnellement, je suis pour l'automatisation des pompes » , répond-il à l'évocation de la menace qui plane au-dessus des emplois de stations. « Il n'y a pas de sot métier, mais on ne fait pas une carrière de pompiste. C'est un job ou un tremplin vers autre chose. Cet argument, c'est juste du chantage de la part des gérants » . D'autant plus que, selon notre pompiste, il est compliqué d'évoluer professionnellement au sein d'une station : « J'ai un collègue qui est là depuis dix ans et qui touche le même salaire que moi, qui suis là depuis quelques mois. Même quand tu travailles au McDo, tu as plus de chances d'évoluer. Tu peux devenir manager, mais pas dans une station. »
Depuis hier matin, les gérants ont demandé aux pompistes de rester chez eux. Les salariés s'inquiètent maintenant de savoir s'ils seront payés. « Ce n'est pas nous qui demandons à faire grève! En décembre, lorsque les stations ont fermé deux jours, nous avons été payés. De toute façon, les pompistes ne gueuleront pas. Nous ne sommes pas syndiqués, la plupart sont sans diplômes et savent que l'on peut les remplacer du jour au lendemain. Pourtant, c'est nous qui essuyons la colère des gens à la pompe... »
P. R.
Édition spéciale : Rétro 2025
Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique
- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters