À Avignon, Firmine Richard meilleure comédienne du Off 2024
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À Avignon, Firmine Richard meilleure comédienne du Off 2024

Propos recueillis par Migail Montlouis-Félicité pour l'Hebdo Hexagone
Firmine Richard, la comédienne guadeloupéenne, récompensée à Avignon.
Firmine Richard, la comédienne guadeloupéenne, récompensée à Avignon. • MIGAIL MONTLOUIS-FÉLICITÉ

Au théâtre de la Chapelle du Verbe Incarné, au Off d'Avignon, en juillet dernier,  Firmine Richard, la comédienne guadeloupéenne, a investi, durant 21 jours, le rôle de la Citoyenne Olympe de Gouges. 

[Cet article est extrait de notre Hebdo France-Antilles France-Guyane édition Hexagone. Un journal gratuit à télécharger retraçant l'actualité des Antillais et des Guyanais de l'Hexagone : Pour télécharger L'HEBDO, cliquez sur ce lien]

 

Sous la direction de l'auteur et metteur en scène Franck Salin, Firmine Richard a été la voix de la condamnée de la Conciergerie, exécutée le 3 novembre 1793 par le Tribunal Révolutionnaire, après avoir défendu et écrit sur les Droits de la Femme, et combattu l'esclavagisme entre autres... Lorsque nous la rencontrons dans sa loge, elle est à 3/4 d'heure d'investir la scène pour sa dernière. L'actrice est sereine, heureuse de cette aventure qu'elle partage avec deux musiciens, le compositeur de la musique du spectacle, Edmony Krater, tanbouyé et trompettiste qui est d'ailleurs à l'origine de cette rencontre à Montauban la ville natale d'Olympe où lui-même officiait en tant que professeur de musique au Conservatoire, et Eugénie Ursch, la violoncelliste qui les accompagne.

 

Vous êtes seule en scène en 2024 avec deux musiciens. Qu'est-ce qui vous a engagé sur cette voie ?

Firmine Richard : Depuis longtemps j'avais envisagé de faire un Seule en scène, inspiré de mon livre, bien avant le COVID je l'avais d'ailleurs travaillé avec la comédienne-humoriste Claire Jaz, la pièce était prête et même l'affiche. Le COVID et les aléas de la vie m'ont fait changer d'avis. C'est Edmony Krater qui m'a interpellée pour être la marraine de la troisième édition d'un festival qu'il avait initié à Montauban où le maire lui avait donné carte blanche. Lors d'une conversation, nous avons échangé sur Olympe de Gouges, née dans cette région et dont j'appréciais pleinement les engagements et les écrits particulièrement sur la femme. J'ai eu envie de lui faire rencontrer Franck Salin afin qu'il nous écrive le texte du projet. Ce fut une sacrée rencontre entre nous trois, et ce fut dès lors le début d'une collaboration et du désir évident du trio qui nous a amené à créer la pièce à l'Archipel Scène Nationale de Guadeloupe, et quand elle a été acceptée par les dirigeants de la Chapelle Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet pour leur 27ème édition, c'était le début de notre parcours.

Dans ce rôle qui vous va comme un gant on vous y découvre pleinement féministe, vous la comédienne déjà engagée, quel en est le leitmotiv ?

En effet, même si on a du mal à définir le féminisme, selon moi, Olympe de Gouges en fut une pionnière... Elle a été mariée très jeune, beaucoup de choses l'insupportait comme l'inégalité entre les femmes et les hommes sur laquelle elle a beaucoup écrit et qu'elle a décriée. Trois siècles après, c'est encore un sujet d'actualité. Je n'ai donc pas de mal à être son porte-voix à notre époque aussi. Ce qui m'a également intéressée, c'est qu'elle a pris fait et cause contre bon nombre d'injustices et fut une des premières à s'insurger contre l'esclavage. Elle fut contre le mariage forcé, défendant ainsi le divorce, à cette période en France c'était déjà une formidable révolution. Elle a de plus sollicité l'accompagnement des femmes lors de l'accouchement. Elle était une aristocrate que son père refusait de reconnaître parce qu'il était issu de la noblesse, et qu'elle était née d'une relation hors mariage. Nous avons d'ailleurs eu l'opportunité d'aller à la rencontre de ce père, lui-même un grand humaniste dont on peut lire les écrits au Château de Pompignan (Gard).

Vous aviez déjà tenu un rôle écrit par une femme indépendante Maryse Condé dans une pièce écrite pour vous et votre partenaire Simone Paulin « La Faute à La vie ». Qu'est-ce qui inscrit votre engagement auprès de ces femmes ?

Je me l'explique que d'une manière, les choses qui doivent se faire se font en leur temps. C'est une question de rencontres, et ma vie en est jalonnée. Il y eut celle avec Coline Serreau qui me met le pied à l'étrier, il y a plus de 35 ans et je n'étais vraiment pas prédestinée à faire du cinéma. Moi-même, je n'y avais jamais pensé, je n'étais pas du tout une cinéphile. Il m'a été proposé de jouer le rôle d'une mère courage, je l'ai tenté et j'ai eu de la chance. Le film a eu un grand succès, et ma carrière a ainsi débuté et s'est poursuivie avec de formidables directions. Cependant pour ce Seule en scène, je voulais absolument ne plus être attachée à ma propre vie, mais défendre un parcours exceptionnel.

Cette interprétation vous vaut un prix ici au Off d'Avignon 2024, comment l'avez-vous accueilli ?

Je n'en reviens toujours pas. En fait, c'est une association « Avignon à l'Unisson » qui décerne un prix depuis 14 ans à une comédienne, généralement à un Seul(e) en scène... Ils sont plusieurs à se répartir le travail, et après avoir vu près de 800 pièces cette année et une délibération, il m'a été attribuée la Palme de la meilleure comédienne de l'édition du Off 2024. Évidemment ce fut une belle surprise qui m'émeut pleinement. J'en étais étonnée, et je l'accueille tout en me disant qu'après avoir vu tant d'affiches de « Seul en scène » accrochés sur les murs d'Avignon, c'est une belle reconnaissance. Cela d'autant plus que le vote a été accepté à l'unanimité. C'est encore le fait de ma chance dans ce métier pas si aisé. La pièce Olympe a gagné ici quelques lauriers, et nous avons hâte de la jouer en octobre à la Guadeloupe.

Quelle est votre actualité ?

En rentrant d´Avignon, je n'aurai guère le temps de souffler, je reprends le tournage de la série de Lucien Jean-Baptiste commencé en amont. Le réalisateur et comédien m'avait aménagé un temps afin que je puisse honorer mes dates au théâtre du 5 au 21 juillet. J'ai encore quelques jours de tournage et une autre série à terminer fin juillet.

Qu'est-ce qui fait encore courir Firmine Richard avec une telle énergie ?

Ah ! je crois que c'est Dieu qui m'offre cette grâce, l'envie de poursuivre et qui me permet de travailler. Concernant les vacances, cette année, j'ai envie de m'occuper de ma maison, de profiter des Jeux Olympiques, et sans doute penser à rééditer mon livre.

Dans le dernier chapitre que j'avais intitulé « Mon fils mon combat ». Depuis, il s'est passé beaucoup de choses dans la vie de mon enfant, je ferai sans doute un prologue.

Où la puisez-vous cette énergie ?

En fait l'envie de faire me permet de dépasser quelques épreuves, j'ai appris à me relever de toutes chutes et même si cela coûte. Il faut toujours croire que le combat n'est jamais perdu tant qu'il nous reste le souffle de vie. Et à ce propos, j'ai eu l'aubaine d'avoir un beau texte que je n'ai pas eu de mal à mémoriser. Et la logique de l'écriture d'Olympe m'accompagne constamment. Je trouve nécessaire de porter ce flambeau qui pour moi importe à l'oreille de notre jeunesse, et même si le stress m'a forcément courbaturée les premiers jours, je résiste.

Quelle femme guadeloupéenne êtes-vous face à une actualité qui rattrape la pensée de Madame de Gouges de Montauban ?

Tout cela me semble évident, sans aucune réflexion particulière, au moment où la parole raciste s'est beaucoup libérée, je choisis de faire ma part et ainsi de défendre la pensée d'une femme morte pour ses engagements et qui a tenu face à une société qui n'a pas hésité à l'assassiner. Je l'ai dit avec ma personnalité, mes convictions et mes origines. Nous avons en commun ceci, et je n'aime pas l'injustice et si je puis défendre les opprimés, j'en suis satisfaite.

Propos recueillis par Migail Montlouis-Félicité

(1) Le seule en scène est un spectacle avec une narration créé à partir d'une texte et d'une mise en scène avec une seule comédienne. En anglais, on dirait a One woman show.

Tous partagent les valeurs d'Olympe de Gourges.
Tous partagent les valeurs d'Olympe de Gourges. • Migail Montlouis-Félicité
Olympe de Gourges dans son cachot.
Olympe de Gourges dans son cachot. • Migail Montlouis-Félicité
La pièce a fait salle comble tous les soirs.
La pièce a fait salle comble tous les soirs. • Migail Montlouis-Félicité

« Ma première collaboration avec Firmine m'enchante »

« L'aventure Olympe a commencé grâce à Edmony Krater, instrumentiste professeur à Montauban, indique Franck Salin dit Frankito - auteur et metteur en scène guadeloupéen. Quand il m'a parlé de son projet autour de Olympe de Gouges, une des figures emblématiques de cette ville où il a vécu depuis plus de trente ans et à qui il avait envie de rendre hommage. Évidement que cela m'a intéressé, je connaissais bien Olympe de Gouges pour sa Déclaration des Droits des Femmes, un document incontournable sur lequel je me suis appuyée, ajustée de moult recherches en lisant ses biographes et ses propres écritures. Ainsi j'ai pu écrire comme le souhaitait Firmine Richard, un condensé de son parcours de vie en situant la scène dans son cachot de la Conciergerie au » crépuscule « de sa vie. De plus, en découvrant ses textes, il a été touché par son engagement en faveur des Noirs, et les trois Guadeloupéens, ont été émus par ceci. Dès lors, il était évident de la remettre en lumière avec la couleur de leurs identités plurielles. En effet le premier texte dramatique qu'elle a écrit pour le théâtre dénonçait l'esclavage. » Imaginez à l'époque rien qu'au titre de sa pièce « L'Esclavage des Nègres » ! Ainsi de fil en aiguille, après quelques démarches, le théâtre de Montauban a été enthousiaste, on y a présenté notre sortie de résidence. Dès le départ, la Scène Nationale de Guadeloupe, l'Archipel, nous a accompagnés mais véritablement Avignon a été notre période de rodage, grâce à Marie-Pierre Bousquet et Greg Germain qui ont choisi de l'inscrire à leur programmation 2024. Enfin e public éclectique du Festival a fait œuvre. Nous avons eu la bonne surprise d'être complet très régulièrement « . Le trio espère durant la saison 2024/2025 amener Olympe à Paris et vers les territoires ultramarins. » Ma première collaboration avec Firmine m'enchante, je me souviens combien elle m'avait incité alors que je n'étais qu'un auteur de romans, à écrire pour le théâtre. J'ai découvert en la côtoyant pour cette mise en scène, son abnégation et son professionnalisme quand elle travaille et s'engage pour un projet. Je comprends mieux le succès qui l'entoure. De plus, il y a beaucoup de correspondance entre Firmine et Olympe : ce sont des femmes, des mères, des engagées ainsi elle a pu rentrer intensément dans ce costume » .

ILS ONT DIT

« Toute mon âme dans cette création »

Edmony Krater : musicien-compositeur d'Olympe

Guadeloupéen autodidacte, j'ai travaillé au conservatoire de Montauban pendant plus de 25 ans. J'y ai enseigné le tambour-ka. J'ai été un des premiers à passer un diplôme d' État au Conservatoire de Lyon, et à cette époque le directeur du conservatoire de Montauban, Jean-Marc Andrieu m'a permis d'y faire mes preuves avec cet instrument. Plus tard, ma rencontre avec le poète Félix Castan et la conférencière Béatrice Daël, deux passionnés qui avaient travaillé sur Olympe de Gouges m'ont fait la découvrir dès les années 80. Il y eut une première tentative de la jouer, il y a quelques années, en vain. J'étais alors programmateur du Festival de la ville où j'ai pu inviter quelques artistes guadeloupéens comme les danseuses Chantal Loïal ou Léna Blou pour un spectacle « D'une rive à l'autre ». C'est ainsi que j'ai rencontré ensuite à Paris, Firmine Richard et Franck Salin, ce qui a permis le départ de notre challenge, qui aujourd'hui a pris forme face à un public chaleureux.

J'ai pu écrire cette composition originale durant trois mois

en me plongeant avec toute mon âme dans cette création

où je transcris et mixe nos mélodies originales

et cette musique qui se rapproche de l'époque d'Olympe.

La mélancolie de la pièce ne gomme en rien l'espoir que nous laisse cette citoyenne française engagée pour la justice.

« Un parcours classique »

Eugénie Ursch : violoncelliste

J'ai un parcours classique, quand Edmony Krater m'a demandé

de participer à cette aventure, j'ai accepté avec plaisir et intérêt.

On a pu travailler à assembler des fragments classiques au tanbou-ka et au boula-guèl (ce chant particulier à la Guadeloupe qui s'exerce

avec des onomatopées, et accompagne les partitions du gwo-ka).

Pour ma part j'ai découvert tout cela lors de notre voyage en Guadeloupe. Et avec la Kalenga (rythme traditionnel) qui amène cette mélancolie dans le générique de fin, j'ai pu apprécier véritablement une culture riche et multiple. Olympe nous a permis cela pour

une fusion exceptionnelle. Amener ma musique classique ailleurs m'enchante pleinement. J'ai même participé à un « déboulé »

en Guadeloupe, ce qui m'a rappelé les Bandas pendant lesquels

des groupes jouent dans la rue dans ma région d'origine,

et tout ça m'a ramenée à des souvenirs de jeunesse heureuse.

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