Raymond Maufrais, disparu en Guyane en 1950, enfin déclaré mort
Le tribunal de Cayenne a étudié la demande de déclaration de décès de cet explorateur disparu sur le chemin des Emérillons il y a près de 75 ans
L'explorateur Raymond Maufrais, disparu en 1950 dans la forêt guyanaise, et dont le corps n'a jamais été retrouvé, a été reconnu officiellement mort par le tribunal judiciaire de Cayenne.
Sa disparition avait été rendue célèbre par son père Edgar. Persuadé que son fils était encore en vie, il était parti à sa recherche pendant près de douze ans à travers la Guyane, le Brésil et le Suriname.
La découverte sur le chemin des Émerillons, entre Maripasoula et Camopi, des carnets abandonnés par Raymond Maufrais avait permis la publication des notes du jeune intrépide, et l'entretien un certain mystère...
"On parachève quelque chose de symbolique"
100 ans après la naissance du disparu, l'Association des amis d'Edgar et Raymond Maufrais (AAERM) a porté devant le tribunal de Cayenne une demande de déclaration judiciaire de décès. L'audience s'est déroulée ce 18 mars, en chambre civile. La demande de l'association était appuyée par les réquisitions du Parquet qui allaient dans son sens.
"On parachève quelque chose de symbolique", a indiqué la présidente d'audience, Naïma Sajie, avant de prononcer son verdict : "Dans le mystère de la forêt, on a perdu quelqu'un d'exceptionnel. Je suis ravie de clore ce chapitre et cette magnifique histoire qui est à la fois un drame et qui évoque la quête désespérée d'un père." Le décès a été déclaré au 13 janvier 1950, date de la dernière note écrite dans son carnet de route. La décision sera formalisée le 25 mars prochain... avec comme conséquence, l'ajout d'une date de décès sur l'acte de naissance de Raymond Maufrais, à Toulon, dans le Var.
Le tribunal s'est appuyée sur l'article 88 du Code civil, qui permet de déclarer officiellement décédé tout Français "disparu dans des circonstances de nature à mettre sa vie en danger lorsque son corps n'a pu être retrouvé".
La thèse impossible de la survie
Ce décès, les parents du jeune explorateur avaient toujours refusé d'y croire. C'est l'une des raisons pour lesquelles il n'avait jamais été officialisé. Toutes ces années plus tard, l'association AAERM, dont le but affirmé est de perpétuer le souvenir des Maufrais, a pu porter cette requête symbolique.
Elle a appuyé sa demande sur des documents et des déclarations de l'époque qui affirment que Raymond Maufrais n'avait pas pu survivre. Le préfet de l'époque, mais aussi le procureur, le général de gendarmerie et les locaux de Camopi étaient tous presque unanimes sur l'issue fatale. Les longues recherches menées par les autorités sont aussi détaillées dans la requête au tribunal.
"Mettre un point final à cette histoire"
Geoffroi Crunelle, président depuis 1991 de l'association, "n'a jamais cru personnellement à la survie de Raymond Maufrais". Pour lui, cette requête est une manière de "mettre un point final à cette histoire et sur le prétendu 'Mystère Maufrais' [...] Il n'y a vraiment que son père, qui a écouté des gens qui racontaient n'importe quoi. C'était une quête de quelqu'un qui ne voulait pas accepter la vérité."
"Bien qu'on prononce aujourd'hui une date de décès, le mystère reste quand même entier sur la façon dont il a disparu", estime Monika Borowitch, représentante locale de l'association présente au procès.
Aucun bien ou héritage particulier ne venait compliquer la demande de déclaration de décès.
À l'occasion des 100 ans de la naissance de Raymond Maufrais, Lucas Landais a publié aux éditions Albin Michel "Je reviens dans six mois", une BD sur cette fameuse disparition. D'autres livres et même un film ("La vie pure", 2015) ont été inspirés par cette aventure.
Un événement devrait avoir lieu en octobre au cinéma Eldorado de Cayenne pour commémorer les 100 ans de Raymond Maufrais.
France-Guyane prépare un dossier complet sur le sujet pour une prochaine édition.
Les circonstances de la disparition de Raymond Maufrais
Geoffroi Crunelle dans ses écrits au tribunal sur les circonstances de la disparition de Raymond Maufrais : "D'après le carnet de route de Raymond Maufrais, il est arrivé à Degrad Claude, sur le Petit-Tamouri le 1er janvier 1950, très affaibli et malade. Le 13 janvier, n'ayant pas la force de construire un radeau, il décide de rejoindre le village de Bienvenue, situé sur le Camopi, à 90 km de là. On ne retrouvera qu'une seule trace de sa survie, un abri sur une berge du Petit-Tamouri, à 3 jours environ de nage et de marche de Dégrad Claude. Selon les affirmations du préfet Robert Vignon, des Amérindiens qui ont retrouvé ses bagages, de Bernard Quris, procureur de la République de l'époque, du commandant de la gendarmerie René Ricatte en 1964 et des personnes conaissant bien la foret guyanaise, Raymond Maufrais n'a pu survivre, et tous l'ont considéré comme mort, soit noyé, soit de faim et de faiblesse sur une berge. Dans les deux cas, son corps aurait été dévoré par des poissons carnivores ou des caïmans, ou bien par des félins et des charognards. Bien qu'une information contre X pour homicide involontaire ait été ouverte le 10 juillet 1950, un réquisitoire de non-lieu a été délivré par le procureur de la République le 16 mars 1951."

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