Les termites du presbytère menacent l’église de Mana
L’ancien logement du curé, attenant à l’église classée et rénovée, est rongé par les termites et les abeilles. Les devis s’élèvent à 840 000 euros.
Le curé traverse le plancher
Le bâtiment deviendra, bien plus tard, le presbytère. Jusqu’à ce jour de 2005 où le père Michel Gerarduzzi est passé à travers le plancher du grenier. Le bâtiment est pourri. Le curé a déménagé dans un bâtiment voisin. Anne- Marie Javouhey, si elle revenait, aurait du mal à se réinstaller dans sa chambre. Son balcon, qui donnait sur le fleuve, a été muré. Surtout, sa chambre, comme tout le reste, menace de tomber en ruine. Le lavabo est rempli de sciure tombée du plafond, les termites faisant leur implacable ouvrage. Le lino est arraché, les planches tombent. En marchant, on a cette bizarre impression de se déplacer sur du carton-pâte : les guêpes ont investi les lieux. Ça et là, les alvéoles de leur nid surgissent du plancher. Tout le bâtiment est à l’avenant. Au grenier, d’où il est tombé il y a cinq ans, le père Gérarduzzi guide nos pas. « Attention, ne mettez pas vos pieds ici. Méfiezvous des abeilles aussi. Les pompiers n’ont jamais réussi à les déloger. Les planches tombent, vous voyez… » Il soupire : « On ne peut pas laisser ça comme ça. »
Le presbytère, même sans charme, a une valeur patrimoniale et spirituelle. « C’est quand même elle qui a fondé Javouhey. Elle est bienheureuse. Un jour, elle sera canonisée. Pour Mana, ce sera un événement… Avec son rayonnement spirituel, il faut qu’on fasse quelque chose. » D’autant que l’église, rénovée en 2007 pour plus d’un million d’euros, pourrait être le prochain festin des termites et des guêpes. Depuis l’étage du presbytère, on surplombe le coeur. En jetant un oeil à travers les croisillons en bois, le contraste est saisissant. L’église Saint-Joseph s’ouvre au regard, avec son bleu unique et son plafond étoilé qui font sa réputation. Qui lui ont valu aussi d’être classée au monument historique en 1987. Mais sauver le presbytère coûtera cher. Il y a deux ans, l’évêque Emmanuel Lafont a reçu un premier devis de 541 667 euros. Une somme pour un évêché qui tourne avec une secrétaire, une économe, une cuisinière et une femme de ménage à temps partiel. La note gonfle, pour rendre les lieux habitables. Elle arrive aujourd’hui à 840 000 euros. L’État a déjà promis 425 000 euros, la Région 100 000 et la mairie 10 000. Les fidèles ont versé « environ 25 000 euros », précise Jacques Bertholle, conseiller de l’évêque. Le Vatican est prêt à payer aussi, mais ce pourrait être au détriment de la rénovation des églises. Jacques Bertholle poursuit les discussions avec les financeurs. Il se veut confiant. Peut-être parce qu’Anne-Marie Javouhey aimait répéter : « Gardonsnous d’aller plus vite que la Providence, qui veut être secondée et non devancée… L’expérience m’a appris que l’oeuvre de Dieu se fait lentement. » Il faudra juste aller plus vite que les termites.

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