"La Goélette, Golden Harvest 1S169", diner-spectacle sur les migrations
"La Goélette, Golden Harvest 1S169" va être jouée pour la première samedi et dimanche à Saint-Laurent du Maroni. Une exploration onirique des migrations sur le territoire.
Prenez un géographe spécialiste des migrations en Guyane, Frédéric Piantoni, maître de conférences en géographie à l'Université de Reims Champagne-Ardennes, une metteuse en scène et dramaturge, Ewa Kraska, ajoutez y des comédiens saint-laurentais, Alicia Monti, Kimmy Amiemba et Devano Battheo et un musicien d'hexagone, Sacha Gattino. Mélangez le tout d'une résidence d'écriture du camp de la transportation en 2021 jusqu'au bateau-restaurant la Goélette d'Andrea Cavalier. Et vous obtenez un projet un peu fou, défendu avec passion par ses animateurs, "La Goélette, Golden Harvest 1S169", spectacle-diner en sept actes et autant de plats, qui va être joué pour la première fois à la Goélette, samedi 4 et dimanche 5 mai, sur réservation auprès du restaurant.
Créé à partir des témoignages de 25 migrants en Guyane, cette pièce raconte la création d'un menu, à destination des 60 chefs d'une chaîne de super-marchés de Guyane qui ont privatisé un restaurant pour fêter l'ouverture d'une nouvelle grande surface. "L'ensemble de mes projets sont spectacles créés en rencontrant les gens", détaille Ewa Kraska, qui a l'habitude d'explorer l'intime dans ses oeuvres. Alors, à partir de vies de migrants en Guyane, son comparse, qui travaille depuis 20 ans sur les flux migratoires en Guyane et avait "l'impression d'avoir été au bout des démarches scientifiques" ont imaginé une oeuvre hybride, fondée tant sur les vécus des interviewés que "de leur imaginaire, de la façon dont ils se racontent".
Et pour la première de ce nouveau spectacle, la Goélette, le restaurant-bateau bien connu des saint-laurentais les plus aisés, s'est imposé comme "un endroit pour que les personnages se rencontrent", raconte la dramaturge. Ce bateau "donne des contraintes, le bruit, l'entrée et la sortie de clients. Il fait tout de suite rêver aussi", soupire l'autrice. Et son statut de restaurant a permis d'y intégrer l'aspect diner du spectacle. "C'est aussi une métaphore", reprend Fréderic Piantoni, "puisque beaucoup de gens arrivés en Guyane dans les années 1950, 1960, venaient encore en bateau".
Enfin, s'enthousiasme le chercheur, ce bateau "tout de guingois mais toujours là se recompose en permanence", tout comme une Guyane "complètement mondialisée, dont les habitants sont toujours en circulation, encore aujourd'hui". Et le maitre de conférence de prendre l'exemple de l'arrivée de syriens, qui ont succédé aux haïtiens dans les mouvements migratoires du territoire, après tant d'autres.
"La Goélette, Golden Harvest 1S169" est ainsi, aussi, une façon "d'interroger" les questionnements autours des migrations sur le territoire, "montrer que ça n'est pas un sujet, que le sujet ce sont les parcours, qui crééent de la richesse, construisent des valeurs et des projets localement".
"On nous a dit très rapidement que la Goélette n'est pas le lieu des guyanais, plus un lieu des métros et de ceux avec des moyens", admet volontiers Ewa Kraska quand on soulève la question. Pour elle, ce choix est certes un risque, mais demeure " un passage incontournable, pour pouvoir ensuite l'emmener dans d'autres lieux dans différents quartiers, en Guyane et ailleurs". Car l'équipe créatrice ne compte pas s'arrêter à deux représentations.
Après Saint-Laurent du Maroni, "La Goélette, Golden Harvest 1S169" ira voguer à partir de janvier prochain à l'entonnoir de Kourou, à l'Encre de Cayenne, sans doute aussi à la biennale de Macouria en juin 2025 et, si les étoiles en guident les voiles, sur les places de marché de Guyane et sur ses fleuves, ne serait-ce que pour "voir comment elle est reçue, hors de notre prisme de théatralité européenne", sourit Frédéric Piantoni.

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