À Montpellier, le vidé du Carnaval antillais annulé
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À Montpellier, le vidé du Carnaval antillais annulé

Alix Wilkie
Jean-Daniel Eugénie lors du Carnaval Antillais à Montpellier
Jean-Daniel Eugénie lors du Carnaval Antillais à Montpellier • DR

Le Carnaval antillais de Montpellier, prévu samedi 22 février, n’aura pas lieu. La municipalité a décidé d’annuler le défilé, invoquant des problèmes de sécurité et une sous-estimation du nombre de participants. Une décision qui suscite l’incompréhension et la colère des organisateurs, ainsi que des milliers de participants attendus. Quelques festivités sont maintenues.

Depuis plus de 15 ans, la vie culturelle montpelliéraine s’est enrichie grâce à un événement annuel : le Carnaval Antillais. Si au départ, cette initiative ne rassemblait que peu de personnes, elle est devenue aujourd’hui un symbole de partage et de diversité, attirant des participants de toute la France, y compris des Outre-mer.

« Dans notre association, nous avons énormément d’étudiants en première année, loin de leur pays. J’en ai vu pleurer en apprenant l’annulation. Parce que ce n’est pas juste une parade, c’est un lien avec nos racines », confie Nidia Nandor, coorganisatrice du Carnaval antillais et présidente de l’association Karakwela. « On vit notre culture ici, parce qu’on ne peut pas rentrer chez nous comme on veut. Un billet d’avion, ce n’est pas donné. Ce n’est pas juste une fête annulée, c’est un repère qu’on nous retire. »

La mairie pointe des risques de sécurité

Pour justifier son annulation, la mairie met en avant des problèmes d’encadrement et de gestion de foule. « Les organisateurs ne sont pas sérieux et ont menti sur la jauge », a déclaré Sébastien Cote, adjoint à la sécurité, dans les colonnes de Midi Libre. Selon lui, la précédente édition avait rassemblé plus de 11 000 personnes, alors que la demande officielle cette année mentionnait seulement 3 000 à 4 000 participants. Une estimation jugée « irresponsable », qui aurait empêché la mise en place d’un dispositif de sécurité adapté. 

La mairie rappelle que l’an dernier, les forces de l’ordre avaient été débordées, des incidents avaient éclaté, et des retards avaient bloqué la circulation. Nicolas Perez, affirme « L’événement devait rassembler 10 000 personnes dans une zone d’activité mal desservie par les transports, un samedi.

Sans solution pour gérer la dispersion du public, les participants auraient dû repartir à pied, ce qui posait un réel problème de sécurité. » 

Un « faux prétexte » pour les organisateurs

Du côté des organisateurs, la pilule ne passe pas. Dans une pétition lancée par La Wif, coorganisatrice de l’évènement, il est mentionné que : « La mairie justifie cette suppression en affirmant que ‘le Carnaval Antillais ne fait pas partie de la tradition de Montpellier’ ». Un argument contesté par la mairie, d’autant qu’elle ne connaît pas l’origine de cette citation.

Et parmi les déçus, le public évidement, mais aussi les groupes participants devant annuler leur voyage. « Sur 10 groupes j’en ai annulé trois. On ne peut pas faire huit ou neuf heures de bus pour rien », déplore Nidia Nandor. Un groupe représente environ 40 à 50 personnes, sans compter les accompagnateurs. « Il y a énormément de déçus. » Face à cette décision, les soutiens se multiplient. Une pétition pour le maintien
du défilé a réuni plus de 8 000
signatures. 

Des festivités maintenues en partie

Malgré l’annulation du défilé, des soirées caribéennes auront bien lieu au Parc des Expositions de Pérols.  « Ils vont faire un show avec une scène et des artistes. Ça ne sera pas un vidé à proprement parler, comme on a l’habitude de le faire, mais il y aura quand même un événement pour remplacer », explique Jade une habituée du Carnaval. La mairie, de son côté, affirme rester « ouverte » à un retour du carnaval en 2026, sous réserve d’un dossier « plus sérieux ». 

Jean-Daniel Eugénie : "Le Carnaval de Montpellier, c'est celui qui se rapproche le plus du carnaval de Martinique "

Vous vivez en France depuis plus de dix ans, comment avez-vous découvert le carnaval
de Montpellier ?

Quand je suis arrivé à Montpellier en 2012 pour mes études en 3D, j’ai rapidement rejoint l’association Karakwela, qui organisait le carnaval. Ce qui est unique ici, c’est que c’est un carnaval fait par et pour les Antillais. À Bordeaux, Toulouse ou Paris, les carnavals sont organisés par les villes et intègrent des groupes antillais, mais ce n’est pas la même ambiance. Montpellier, c’est celui qui se rapproche le plus du carnaval de Martinique.

Vous êtes-ils déjà arrivé de parader à Montpellier ?

Pendant un temps, j’étais musicien dans un groupe à pied. Aujourd’hui je suis là pour accompagner, aider les nouveaux et soutenir l’événement. Le jour du défilé, je suis un carnavalier comme les autres ! Je danse, je profite, et surtout, je le vis avec mes enfants.

Justement, transmettez-vous la culture martiniquaise à vos enfants ?

Oui, c’est une évidence. Il n’y a pas une journée sans un peu de Martinique dans notre maison. Ma compagne danse dans un groupe de danse traditionnelle tous les vendredis, c’est ancré dans notre rythme de vie. Mes enfants grandissent en baignant dans cette culture. C’est un lien essentiel pour nous.

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