Abolition : le Temps des mémoires à l’Hôtel de la Marine de Paris
La Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage (FME) a lancé le Temps des mémoires ce samedi 27 avril, jour du 276ᵉ anniversaire de la signature du décret d’abolition de l’esclavage. L'événement a eu lieu à l’Hôtel de la Marine. Un moment de mémoire consacré aux résistances et au marronnage.
L’institution et les professionnels de la fondation chargés de la mémoire de l’esclavage en France ont pris l’initiative d'organiser une exposition sous la galerie extérieure du bâtiment, intitulée « C’est notre histoire – esclavage et abolitions : une histoire de France », visible depuis la place de la Concorde, très fréquentée par les touristes et les Parisiens.
Tout au long du week-end, plusieurs festivités ont été organisées autour du Temps des mémoires. Ces événements visent à faire dialoguer mémoire et histoire pour sensibiliser les passants, sans pour autant les banaliser.
Deux autres moments forts ont eu lieu dans ce lieu chargé d’histoire, l’ancien ministère des colonies, qui témoigne de son rôle dans la propagande de la conquête coloniale et de la colonisation, en écho à l’exposition extérieure.
Une programmation a été mise en place pour explorer les héritages de cette histoire coloniale dans le parcours muséal de l’Hôtel de la Marine. « En ce jour du 27 avril, nous sommes à l’Hôtel de la Marine et sommes très fiers du programme que nous proposons, avec des conteurs et une historienne de l’art. C’est une visite décoloniale de ce lieu extrêmement symbolique où le décret d’abolition de l’esclavage par Victor Schœlcher a été préparé. Transformer ce lieu en partenaire avec le Centre des Monuments Nationaux à l’Hôtel de la Marine est très important. Nous sommes donc fiers de proposer ce programme », explique la directrice de la FME, Aïssata Seck.
Pour la première fois, les conteurs et comédiens guadeloupéens, Louis Yao et Joël Djo Toussaint, accompagnés des sonneurs de conques de lambi, ont résonné dans la galerie des glaces et les salons dorés de l’Hôtel de la Marine avec une médiation poétique en créole et musique aux sons des percussions et des conques de lambi.
« C’est magnifique et symbolique pour nous dans ce lieu. C’est super », entonne la directrice de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, Aïssata Seck, devant sa responsable événementielle, Armelle Chatelier, émue aux larmes.
« C’était un défi qu’il fallait relever. Il y a beaucoup d’émotion dans ce lieu historique », déclare Armelle, visiblement émue. Pour Yao et Joël, les sonneurs de conques, c’est une mission. « Notre mission est de ne pas oublier et de porter l’histoire à la connaissance des gens, sans relâche, de la faire entendre. Nous sommes là pour maintenir cette mémoire vivante et contredire cette image. Nous sommes libres, pourtant, nous sommes toujours sous le joug colonial ».
Dans une salle faisant face à la rue Royale et à quelques pas du bureau de Victor Schœlcher, l’étudiante en histoire de l’art, Nancy Ba, a investi le lieu pour décrypter les tapisseries, notamment les deux Taureaux et le chameau datant de 1795 de François Desportes, deux pièces majeures de la collection de l’Hôtel de la Marine, issues de la tenture des Nouvelles Indes.
Ces tapisseries font partie d’une commande de huit tapisseries de la manufacture royale des Gobelins, avec « Les Chasseurs des Indes, le Cheval rayé, le cheval pommelé, les pécheurs, les combats d’animaux, Le roi porté par deux marins », des modèles réalisés par François Desportes. Les visiteurs, très curieux et avides d’apprendre, ont apprécié l’explication de ces tapisseries représentant la faune, la flore, les plantes, les fruits et les populations. Les idées autour des Indes restent très exotiques et fantasmées. « Le rôle d’une institution comme la nôtre est déjà d’expliquer, de faire de la pédagogie », avance Aïssata Seck.
La prise en compte de l’histoire coloniale et esclavagiste de la France a retenu l’attention des visiteurs, comme en témoignent leur présence et leurs réactions attentives dans les couloirs de l’Hôtel de la Marine, sur la place de la Concorde à Paris. « Il est significatif d’accueillir, d’organiser et de participer au Temps des mémoires, avec une exposition qui donne directement sur la place de la Concorde, une intervention pour décrypter les tentures montrant l’esclavage de manière trop idéalisée et nécessitant une explication, ainsi que ces sonneurs de conques qui offrent un moment festif pour nous », déclare l’administrateur de l’Hôtel de la Marine, Bruno Cordeau.

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