Taluen retrouve son âme et son tukusipan
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Taluen retrouve son âme et son tukusipan

A. S.-M.

La modernité au service de la tradition. Derrière sa console, Aïma anime les cérémonies en tenue traditionnelle. (ASM)

Aïmawalé Opoya perce le centre du ciel de case, dernière touche avant de l'installer. (ASM)

(Arnaud Saint-Maxent)

Lundi, le village wayana de Taluen, sur le Haut Maroni, a entamé l'inauguration de son nouveau tukusipan. Voisins et officiels avaient fait le déplacement pour fêter la renaissance du carbet communautaire.

La journée a débuté très tôt ce lundi à Taluen. À 4 heures du matin, avec les consignes aux habitants. C'est que le village wayana du Haut Maroni se prépare à un événement de taille. Aujourd'hui débutent les cérémonies d'inauguration du nouveau tukusipan. Le carbet communautaire sert aux rassemblements et à l'accueil des invités. Il est aussi, pour les Wayanas, « l'âme » du village. À mesure que la matinée avance, l'ambiance se fait de plus en plus festive. Chez Alupki Tasikale, le président de l'association Kalipo (lire ci-dessous), on se prépare dans la joie. Les femmes tatouent les hommes dans une ambiance de franche rigolade. On s'envoie des piques! Les hommes enfilent le kalimbé, les femmes la kamisa. Enfin, pas tous. Certains, surtout des jeunes, gardent les vêtements « occidentaux » . Ils suivront tout cela de loin, concernés mais pas forcément prêts à perpétuer la tradition.
- Un ciel de case en pigments naturels
Les enfants sont à la fête. En tenue bien avant les grands, ils s'amusent autour du tukusipan et les pétards n'en finissent plus d'exploser, la forêt renvoyant leurs échos. Un peu plus loin, devant sa maison, une des rares à posséder encore un toit en feuille de waï, Aïmawalé Opoya, que tout le monde ici appelle Aïma, finit de préparer le ciel de case, le maluwana. Son grand- père a fondé le village il y a trente ans et, sans tourner le dos à la modernité, il tient plus que tout à perpétuer la tradition. « Mon grand-père m'a appris à réaliser les ciels de case, raconte Aïma, mais il les faisait à la peinture. Je l'ai vu une fois en faire un avec des pigments naturels et il a fallu que je retrouve la technique. Aujourd'hui, c'est mon activité principale. »
Aïmawalé Opoya perce le centre du ciel de case, dernière touche avant de l'installer. (ASM)
Aïmawalé Opoya perce le centre du ciel de case, dernière touche avant de l'installer. (ASM)
- Hoco, singe et cachiri
Les cérémonies débutent réellement vers 11 heures, après l'arrivée en hélicoptère d'une délégation du Conseil régional qu'accompagne la députée Chantal Berthelot. Comme tout le monde ici, ils sont accueillis à bras ouverts... et au cachiri. La veille, une délégation du Parc amazonien de Guyane était arrivée par le fleuve, emmenant plusieurs autorités avec elle. Sous le tukusipan, les discours, traduits en wayana se font brefs. Tous saluent le symbole mais aussi le savoir-faire et l'abnégation des porteurs du projet. Chants et danses sont offerts aux habitants et invités et après un repas à base d'hoco et de singe, le moment arrive enfin où le ciel de case va être installé. Le tukusipan sera alors placé sous la protection des esprits.
- Que la fête continue!
C'est une véritable prouesse technique et acrobatique qui se déroule dans la joie et la tension. Une fois le maluwana installé, l'échafaudage dressé au centre de l'édifice est évacué tandis qu'à l'extérieur se prépare le dernier moment symbolique de la journée. Geste inaugural, on coupe, non pas un bandeau tricolore, mais le bout des feuilles qui pendent encore, on taille le bas du tukusipan. Demain, on placera une poterie au sommet extérieur de l'édifice. Les festivités se poursuivront sur plusieurs jours, jusqu'à ce que le cachiri préparé pour l'occasion soit épuisé.
« Taluen est redevenu un vrai village wayana »
Soutenue financièrement et logistiquement par la mairie de Maripa-Soula et le Parc amazonien, l'association Kalipo a porté la construction du tukusipan de Taluen. Entretien avec Alupki Tasikale, président de Kalipo.
- Taluen avait perdu son tukusipan il y a dix ans dans un incendie, comment est née l'idée de le reconstruire, dix ans plus tard ?
Je me disais qu'un village sans tukusipan, ça ne valait pas la peine. J'avais créé mon association, j'en ai parlé avec Aïma et le capitaine du village et on a décidé de s'y mettre. Ce n'était pas facile car on ne savait pas comment s'y prendre, il a fallu retrouver les techniques traditionnelles auprès des anciens. Nous avons débuté les travaux il y a quatorze mois. J'avais organisé une petite fête pour tresser les feuilles et j'avais invité les jeunes de 18-20 ans. Ils ont appris et certains se sont investis dans le projet. Je suis fier de cette réalisation. Le travail était difficile mais beaucoup de monde s'est déplacé et je suis heureux. Aujourd'hui, Taluen est redevenu un vrai village wayana.
- À présent que le tukusipan a été inauguré, quel est l'avenir de l'association Kalipo ?
J'ai créé cette association il y a trois ans pour préserver la culture et le savoir-faire wayana, je vais continuer dans cet élan. J'ai envie de mettre en place un atelier pour apprendre aux jeunes le tressage, la poterie et la sculpture. Une fois les festivités terminées, je vais monter tout cela avec des élèves à partir de 9 ans mais aussi des adultes. Je suis intervenant en langue maternelle, donc j'apprends aussi aux jeunes à écrire en wayana, car ils ne savent écrire qu'en français.
- Comment expliquez-vous que ces traditions se soient si rapidement perdues ?
Moi, à 9 ans, j'ai commencé à apprendre avec mon père et mon grand frère. Aujourd'hui, il n'y a plus de transmission entre les parents et les enfants. C'est peut-être en partie à cause de l'école. Les jeunes voient aussi des modèles à extérieur et ils ne veulent plus suivre la tradition. Il y a aussi les évangélistes qui ont tué notre culture en disant qu'on ne devait plus vivre de manière traditionnelle. C'est depuis les années 50, mais aujourd'hui c'est très fort. Malheureusement, beaucoup d'habitants les ont suivis et ils ne sont pas là aujourd'hui.
Repères
- Opoya avant Taluen. Créé il y a trente ans, le village de Taluen a d'abord porté le nom d'Opoya, du nom de son fondateur fuyant le village de Twenke situé sur l'autre rive de la Litanie, en zone inondable. À eux deux, ces villages comptent aujourd'hui environ 350 habitants.
- Un arrêté contre les vols. Un arrêté préfectoral interdit désormais l'accostage de pirogues à Taluen entre 19 heures et 5 heures. Une mesure prise suite aux nombreux vols perpétrés par des orpailleurs illégaux. Elle permet aux gendarmes de contrôler plus facilement les pirogues de nuit.
- Un poste de contrôle à Twenké. Dans le cadre de la lutte contre l'orpaillage illégal, les autorités françaises et surinamaises se sont mises d'accord pour installer un poste de contrôle sur le village de Twenké. Il sera tenu par les militaires surinamais. Le terrain a été débroussaillé, on attend maintenant qu'il soit aménagé.
- Noël avant l'heure. À l'approche de Noël, le Conseil régional a offert de nombreux cadeaux aux enfants. L'initiative a été très appréciée des plus jeunes, moins de certains adultes pour qui Noël est une fête extérieure, ou qui auraient préféré des fournitures scolaires.
- Les populations autochtones à la Région. En juin 2011, une grande assemblée des populations autochtones de Guyane sera organisée au Conseil régional. Rodolphe Alexandre espère un gros investissement des populations amérindiennes dans cette assemblée.
(Arnaud Saint-Maxent)
(Arnaud Saint-Maxent)
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