Monsieur et Madame Tout-le-monde ansanm kont le sida
Audrey VIRASSAMY
France-Guyane
03.06.2009
Face à la caméra, Janel explique ce que signifie pour lui le slogan « Nou pli fô » . (AV)
En début de semaine, un casting a eu lieu pour la nouvelle campagne de prévention contre le sida. Des Guyanais de tous âges se sont succédé pour dire face à la caméra ce qu'ils pensent de la maladie et du slogan Nou pli fô. Le tournage est prévu ce mois-ci dans les rues de Cayenne.
Des personnes qui entrent et qui sortent d'une même pièce dans un hôtel. Certaines sont seules, d'autres non. Ne cherchez pas plus loin, toutes ces personnes sont là pour des raisons sexuelles. Dimanche et lundi, un casting était organisé pour la prochaine campagne télé sur le sida. Après le succès des tee-shirts, et du tube Nou pli fô, l'INPES (Institut national de prévention et d'éducation pour la santé) poursuit sur sa lancée avec le slogan qui fait fureur. Et cette fois-ci, ce sont des Guyanais, de tous horizons et toutes ethnies confondues, qui vont dire, face à la caméra, ce que ça veut dire, pour eux, « être plus fort » .
« Nous avons commencé par démarcher les associations culturelles, les troupes de théâtre, Sida info service, Entraides... explique Marité, directrice de casting. Et puis nous avons fait un casting sauvage dans la rue parce que ce que nous cherchons, ce sont des hommes, des femmes, des enfants, des familles, des jeunes, des moins jeunes et de toutes les ethnies de Guyane pour nos films. » Les films en questions, deux modules de 55 secondes chacun, mettront en avant des scènes de vie quotidienne. On verra par exemple une vendeuse chinoise dans un magasin, une famille bushinenge, un Créole dans un bar... Des gens qu'on peut croiser dans la rue, des gens qui parleront du sida.
« Les films seront tournés un peu comme un micro-trottoir puisque chaque personne dira ce que ça veut dire pour elle « nou pli fô » , expose le réalisateur César Vayssié. Cependant, ce ne sera pas un micro-trottoir puisqu'il y aura une véritable volonté de mise en scène, pour sortir du cadre de l'image télévisuelle. »
Pour incarner Monsieur et Madame Tout-le-monde à l'écran, ils se sont présentés en nombre dimanche et lundi derniers. Accueillis dans une première salle par Marika, l'assistante casting, ils remplissent une feuille de renseignements. Après avoir griffonné leurs mensurations, leur origine ethnique, la couleur de leurs yeux, leur numéro de sécurité sociale, ils patientent pour faire un essai face caméra. Chaque personne retenue obtiendra 400 euros par jour de tournage et 500 euros de droit à l'image. Un dernier chiffre qui tombe à 97 euros s'il s'agit de figuration. « Les gens ont répondu parce qu'il y a un moyen de se faire de l'argent facilement, reconnaît le réalisateur, mais aussi, et surtout, pour faire passer un message. Nous ne sommes pas là pour vendre un produit, mais pour diffuser une idée. » Et ce n'est pas Janel, 34 ans, qui viendrait le contredire. Dans une autre pièce, il fait son essai, face à un César Vayssié armé d'une petite caméra numérique. « Nou pli fô, ça veut dire qu'on est solidaire » lâche-t-il. Il rejoue la scène à plusieurs reprises. Change de ton, met sa casquette, l'enlève, pose pour une photo. Puis Caroline, l'assistante-réalisatrice lui tend une poignée de main : « On vous rappellera autour du 8 juin. » Plus loin, Janel tient à préciser sa démarche : « Je suis Haïtien et je vis en Guyane depuis quatre ans. Je ne connais personne qui est touché par la maladie, mais j'ai déjà écrit là dessus parce que c'est un sujet qui m'intéresse. Alors, faire passer le message à la télé, c'est une suite logique pour moi, pour continuer à sensibiliser les gens. »
S'il est retenu, Janel va tourner les 16 et 17 juin prochains. « Nous allons tourner au centre de Cayenne, indique le réalisateur, place des Palmistes, sur le marché... Il faut que ce soient des lieux de rencontre et des lieux reconnaissables. » La même opération sera également réalisée aux Antilles. Toujours ce mois-ci, d'autres actions de sensibilisation seront faites par l'INPES. Il s'agira cette fois de témoignages audio de personnes atteintes par la maladie.
Pour passer à l'écran, certains sont venus seuls, d'autres en famille
Après l'étape de la paperasse, les participants au casting attendent pour faire un essai face à la caméra.