C'est un pur hasard. Manoel Ferreira Moura, surnommé Manoelzinho, a été arrêté vendredi dernier, soit un mois tout pile après la fusillade de Dorlin du 27 juin où deux soldats français, Stéphane Moralia et Sébastien Pissot, ont été tués. L'arrestation a été menée vendredi dernier par la police brésilienne, dans un hôtel de Macapá. Pour l'heure Manoelzinho a avoué son implication dans le meurtre des deux militaires. La boucle semble bouclée. Mais il y a encore beaucoup de monde à interpeller. Manoelzinho, c'est ce jeune homme de 25 ans, au visage enfantin, qui est soupçonné d'être à la tête d'une bande d'une brutalité sans borne. Outre les deux soldats du 9e Rima, cette bande aurait tué une dizaine de personnes rien qu'en Guyane. Et encore, ce sont les meurtres dont la justice est certaine. « On finira par en avoir beaucoup plus. On en a découvert au fur et à mesure de l'enquête » , soupire un gendarme. Car la bande faisait régner la terreur à Dorlin où elle rackettait les garimpeiros, brutalisant et même tuant tous ceux qui leur tenaient tête. Beaucoup de cadavres sont enterrés à Dorlin. Il faudra les exhumer et les identifier. S'il n'en est pas nécessairement l'auteur, Manoelzinho est considéré comme le commanditaire par la justice. Une information judiciaire a été ouverte à Fort-de-France qui devra faire le tri dans cette histoire. Pourtant, Manoelzinho ne sera jugé nulle part sur le territoire français. « Ça, c'est sûr, expliquait-on hier du côté de la préfecture, il ne sera pas extradé. Il n'y a pas d'accord ratifié. Mais la ministre de la Justice s'est assurée auprès de l'État brésilien qu'il sera poursuivi pour les mêmes charges qui lui sont imputées en France et aussi pour le meurtre commis au Suriname. » Car Manoelzinho aurait aussi tué outre-Maroni. Au total, ils étaient une trentaine à composer son gang. Les recherches des gendarmes se sont concentrées sur un petit groupe de huit personnes passé à cinq. Ces bandits, avant de quitter Dorlin, auraient emporté de l'or avec eux. Plusieurs sources parlent d'une centaine de kilos. Les gendarmes ne confirment pas. La consule brésilienne en Guyane, Ana Beltrame, confirmait hier que Manoel Ferreira Moura ne serait pas extradé. « La loi brésilienne et la Constitution interdisent d'extrader des nationaux. C'est comme en France. Mais la loi et la nationalité ne protègent pas les criminels. Il sera jugé au Brésil pour les crimes et délits commis contre les ressortissants français. Et s'il est condamné, il purgera sa peine au Brésil. » « PERSONNE QUI NE COÛTE PAS CHER »
C'est dans un hôtel de Macapá où il était arrivé dans un 4x4 conduit par on ne sait qui que Manoelzinho a été arrêté vendredi matin par les polices fédérales et de l'Amapá. Le véhicule tout terrain venait d'Oiapoque où était arrivé Manoelzinho mercredi soir ou jeudi matin, selon la diplomate. Il était accompagné de sa compagne qui serait « une prostituée surnommée Baratinha » , explique la consule du Brésil, Ana Beltrame, et d'un homme dont le petit nom est Brabo. « Baratinha a plusieurs sens, précise la diplomate. C'est le diminutif d'une personne qui ne coûte pas cher mais cela peut aussi désigner une personne au caractère facile et c'est également le nom donné aux cafards. » Pour Brabo, la traduction est plus inquiétante. « C'est une personne fâchée ou qui se fâche facilement. » Au moment de leur arrestation, les trois fuyards n'avaient pas d'arme de guerre sur eux ni d'or. Ils avaient deux pistolets et un peu d'argent. « Suffisamment pour voyager tous les trois. » Pour la consule Ana Beltrame, il est probable que le trio, s'il avait de l'or sur lui, l'ait vendu à Oiapoque, dès son arrivée. À Macapá, il y a aussi des comptoirs pour revendre de l'or. « Mais ils sont très contrôlés. » Quant aux fusils d'assaut, ils auraient été enterrés. La police brésilienne les cherche. La diplomate pense qu'ils ont été enterrés en Guyane. Arrivé au Brésil, l'objectif de Manoelzinho était de rejoindre l'état de Maranhao dont il est originaire. La police brésilienne ne le lui en a pas laissé le loisir. Il a été enfermé dans un centre de rétention fédérale, tout comme son camarade Brabo. « C'est un endroit surveillé et qui n'a rien à voir avec les centre de rétention administrative français. Baratinha, elle, a été laissée libre mais doit se tenir à la disposition des enquêteurs brésiliens. « La police n'a rien contre elle. » Reste les autres membres de la bande. On ignore où ils se trouvent et combien ils sont exactement. Les gendarmes les recherchent toujours. - Les gendarmes « pas frustrés » mais quand même un peu déçus
Déçus, les gendarmes, de ne pas avoir interpellé Manoelzinho ? Un peu, même s'ils ne le disent pas franchement. « Nous ne sommes pas du tout frustrés mais nous aurions préféré l'arrêter nous-mêmes, explique un officier de la gendarmerie. Nous l'aurions mérité. » Et ce militaire redoute les critiques qui ne manqueront pas d'arriver. « Honnêtement, on a mis tout ce qu'on avait comme moyens, continue-t-il. On n'a pas facilité la vie de Manoelzinho. Au pire, on l'a ralenti dans sa progression. »
Fuyant Dorlin après la fusillade du 27 juin avec une partie de sa clique, le jeune Brésilien a tenté de rejoindre le Suriname. Voyant qu'il lui serait impossible de franchir le Maroni sans être interpellé chez nos voisins par les policiers déployés, il a rebroussé chemin, progressé dans la forêt et fini à Oiapoque, la semaine dernière. Les 150 gendarmes et militaires ont fait ce qu'ils ont pu, recevant quantité de renseignements contradictoires qu'il fallait vérifier avant d'engager la moindre opération.
On pourra toujours dire que le GIGN (Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale) venu de l'Hexagone, et ce malgré ses qualités, n'était pas le mieux placé pour arrêter un fugitif en forêt tropicale. Les gendarmes expliquent qu'ils craignaient que la bande à Manoelzinho prennent des otages, ce qui est une des grandes spécialités du GIGN. Pour ce qui est des légionnaires du 3e REI ou les marsouins du 9e Rima qui connaissent bien la forêt guyanaise, ils ne pouvaient pas en tant que militaires être engagés dans une mission judiciaire, comme l'expliquait leur chef, le général Bernard Metz dans nos colonnes (notre édition de mardi).
Finalement, ce n'est pas en forêt mais en pleine ville que le fuyard a été arrêté, par la police brésilienne, pas par les forces de l'ordre françaises. « C'est plus facile de retrouver et d'interpeller quelqu'un en zone urbaine qu'en forêt » , plaide notre officier de gendarmerie. Un autre explique que la police brésilienne avait « eu le temps de se préparer. Les familles des fuyards restées au Brésil avaient été cuisinées. Et puis la police brésilienne bénéficiait de toutes les informations de la gendarmerie française. Elle n'avait plus qu'à attendre. »
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